Fondation

La chasse aux sorcières continue

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007

Après l’avoir exclue du Conseil artistique des musées nationaux, le ministère de la Culture tente d’évincer Françoise Cachin de FRAME, en violation des statuts de la fondation.

Jusqu’au bout de son règne, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, aura traqué les opposants au Louvre-Abou Dhabi, exerçant une entrave peu commune à la liberté d’opinion. Parmi ses victimes : Françoise Cachin, qui paye aujourd’hui encore sa tribune publiée dans Le Monde en décembre 2006. Après l’avoir exclue du Conseil artistique des musées nationaux, tout comme son confrère Michel Laclotte (lire le JdA no 256, 30 mars 2007, p. 3), le ministère tente à présent d’écarter l’ancienne directrice des Musées de France du réseau « French Regional American Museum Exchange » (FRAME), dont elle est cofondatrice et coprésidente. Créée en 1999, cette fondation américaine, financée à 90 % par des fonds privés, réunit une vingtaine de musées américains et français situés en régions (comme les Musées des beaux-arts de Lyon, Toulouse, Rennes ou Dijon) afin, notamment, de pouvoir organiser des expositions en relation avec des musées américains. Le 25 avril, Françoise Cachin a reçu un courrier de Francine Mariani-Ducray, directrice des Musées de France, l’informant tout simplement que, sur décision du ministre de la Culture, elle la remplaçait à la coprésidence de FRAME. En réponse, l’intéressée a rappelé à la DMF que le ministre n’a « aucun pouvoir pour mettre fin à [sa] fonction de membre exécutif de direction de FRAME ». « Il s’agit d’une pure violation des statuts de la fondation », nous a expliqué Françoise Cachin, ajoutant que ces mesures n’avaient aucune valeur – en effet, toute modification de statut doit être approuvée par l’ensemble des membres de FRAME, soit, en France, des conservateurs qui ont pour tutelle des collectivités territoriales, et non le ministère. Mais déjà, la DMF a organisé le 3 mai, dans ses locaux, une réunion FRAME sans y convoquer Françoise Cachin. Seuls trois directeurs des douze établissements français de FRAME s’y sont rendus. « Cette logique de chasse aux sorcières, cette volonté de vouloir liquider un certain nombre de personnes avant de mettre la clef sous la porte, entre les deux tours de l’élection présidentielle, est profondément choquante, nous a déclaré l’un des conservateurs membres de FRAME. Nous entendons bien réaffirmer très prochainement au ministère l’esprit d’indépendance et de paritarisme inhérent à la fondation ». L’invitation de Francine Mariani-Ducray à une nouvelle réunion le 3 juin – à laquelle Françoise Cachin n’est toujours pas conviée – devrait leur en offrir l’occasion.

De son côté, l’académicien et historien de l’art Pierre Rosenberg a démissionné du Conseil artistique des musées nationaux, pour marquer, selon le quotidien Libération, sa réprobation vis-à-vis de l’éviction de Michel Laclotte. Le ministère de la Culture perd ainsi un membre essentiel du Conseil artistique, qui plus est l’un des rares historiens de l’art favorables au projet d’Abou Dhabi. Si les pressions et jeu des chaises musicales n’ont jamais épargné le monde de la culture, les méthodes en vogue Rue de Valois sous Donnedieu de Vabres relèvent véritablement du dérapage politique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°259 du 11 mai 2007, avec le titre suivant : La chasse aux sorcières continue

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