La « catastrophe originelle »

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · Le Journal des Arts

Le 14 janvier 2014 - 690 mots

En Allemagne, les commémorations de la Première Guerre mondiale, moins importantes que de l’autre côté du Rhin, sont très décentralisées dans les Länder et les communes.

On célèbre rarement les défaites militaires, et c’est le cas en Allemagne, où ni le 11 Novembre ni le 8 Mai ne sont fériés. Qui plus est, la Vergangenheitsbewältigung, le « travail sur la mémoire », se focalise principalement sur le nazisme et la Seconde Guerre mondiale, qui ont largement éclipsé la « catastrophe originelle » de la Première Guerre mondiale dans la mémoire collective. Les commémorations du centenaire de 1914 y sont donc de moindre importance qu’en France, Grande-Bretagne, voire qu’aux États-Unis, et sont essentiellement décentralisées dans les Länder et les communes. Au niveau fédéral, la Bundeskunsthalle de Bonn propose une exposition intitulée « 1914. Les avant-gardes en guerre ».

Dans les Länder, la géographie est un facteur déterminant pour l’intensité des manifestations organisées, précise Jochen Schmidt, directeur du Centre de formation politique du Land de Mecklembourg-Poméranie antérieure : « Les Länder les plus proches du front de la Première Guerre mondiale sont les plus actifs dans la commémoration de celle-ci », affirme-t-il. Parmi les rares projets de ce Land éloigné du front, au nord-est de l’Allemagne sur la mer Baltique, une exposition itinérante organisée en collaboration avec le Musée d’histoire culturelle de Rostock examinera les impacts de la guerre dans l’hinterland. Et en effet, ce sont dans les Länder situés aux frontières françaises et belges, en Rhénanie-du-Nord - Westphalie, Bade-Wurtemberg et Rhénanie-Palatinat que le programme est le plus riche. Les trois Länder ont chacun mis en place un site Web dédié (1) recensant de nombreux événements. On y trouve aussi bien des expositions abordant les conséquences de la guerre sur les villes ou les régions concernées que des expositions thématiques, par exemple sur l’art et la psychiatrie au début du XXe siècle au Musée Leopold-Hoesch de Düren.

Plusieurs Länder se penchent sur le rôle de la propagande dans la guerre, à l’instar du Musée des arts décoratifs et appliqués de Hambourg. En Bavière, dans la ville d’Ingolstadt, située à 80 kilomètres de Munich, le Musée bavarois de l’armée, un des plus grands musées d’histoire militaire en Europe, organise une exposition intitulée « Cent ans de la Première Guerre mondiale : 1914-2014 ». Dans la même ville, le Musée allemand de l’histoire de la médecine dévoilera au public des radios de soldats blessés pendant le conflit. À Dresde, les Collections nationales explorent la représentation artistique des événements, avec une exposition d’Otto Dix, autour du triptyque intitulé La Guerre, des études préparatoires de cette œuvre réalisée entre 1929 et 1932, ainsi que des esquisses réalisées sur le front.

Un Centenaire éclipé par 1939-1945
À Berlin, l’exposition phare débutera le 5 juin prochain au Musée historique allemand. Le déroulement et les conséquences de la guerre y seront examinés dans une quinzaine de lieux, parmi lesquels Berlin, Bruxelles et Verdun. La Fondation pour le patrimoine culturel de Prusse organise par ailleurs une année dédiée au centenaire de la Première Guerre mondiale, sans vouloir faire concurrence au Musée historique allemand, précise Hermann Parzinger, président de la Fondation. Des aspects moins connus seront abordés, tels que les chants militaires, ou bien encore les livres d’enfant de l’époque. Les archives secrètes de l’État de Prusse seront également accessibles au public.

La Neue Nationalgalerie présentera à partir du 5 avril une exposition consacrée au peintre américain Marsden Hartley, qui a vécu en Europe de 1913 à 1915 et s’était lié à un soldat allemand pendant la guerre. « Les Américains nous ont contactés dès 2009 pour connaître nos projets », déclare Michael Eissenhauer, directeur général des Musées de Berlin. La collaboration internationale s’est effectuée essentiellement par une politique active de prêts de la part des musées berlinois. « En Allemagne, la conscience de la Première Guerre mondiale a été complètement occultée par les crimes de la Seconde Guerre. À l’étranger, on parle de “Grande Guerre”. » Du point de vue de l’historien de l’art, conclut-il, la période est fascinante. Les artistes se sont faits les porte-parole du désir de changement, d’accélération et de modernisation de la société, même si pour en arriver là il fallait en découdre et passer par la guerre.

(1) site transfrontalier pour le Bade-Wurtemberg, en français : www.dreilaendermuseum.eu/fr/Reseau-Musees

Les articles du dossier : Le Centenaire de la Grande Guerre

  • La Grande Guerre, cent ans après ></a></li>
    <li>De Verdun à l’Australie  <a href=></a></li>

	<li>Une Mission en ordre de bataille  <a href=></a></li>
	<li>Les musées sur le front <a href=></a></li>
	<li>Les lieux de mémoire se préparent <a href=></a></li>
	<li>L’archéologie monte en ligne <a href=></a></li>
	<li>L’œil du Tigre  <a href=></a></li>
	<li>À la guerre comme à la guerre  <a href=></a></li>	
	
</ul>
</div>
</p></div></body></html>

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°405 du 17 janvier 2014, avec le titre suivant : La « catastrophe originelle »

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque