Mercredi 28 octobre 2020

La Biennale des antiquaires gagne en prestige

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 4 septembre 2012 - 887 mots

La prestigieuse foire parisienne s’étoffe sous les verrières du Grand Palais qui rouvre pour l’occasion son Salon d’honneur. Le décor très attendu est signé Karl Lagerfeld.

Six mois avant son lancement, la XXVIe Biennale des antiquaires de Paris faisait déjà beaucoup parler d’elle. D’abord pour sa scénographie, confiée cette fois-ci au créateur Karl Lagerfeld, avec la promesse d’un décor magique inspiré de ce que fut Paris au tournant des XIXe et XXe siècles. Mais aussi, parce que la Biennale a pris du poids en sélectionnant quelque quarante exposants supplémentaires par rapport à l’édition précédente.

C’est donc une biennale plus consistante qui s’offre aux visiteurs. L’occupation des espaces sous les mezzanines a permis d’élargir des axes de circulation dans la nef. La fluidité est aussi assurée par un intelligent fractionnement du secteur de la haute joaillerie en trois pôles éloignés, ce qui évitera des scènes d’attroupement comme par le passé. Dix joailliers (trois de plus qu’en 2010) sont présents. Pour Chaumet et Boucheron, il s’agit d’un retour. La vraie découverte se fera chez le Hongkongais Wallace Chan qui est le premier joaillier chinois à exposer à la Biennale. Du côté des antiquaires, la foire profite de la réouverture du Salon d’honneur, pour gagner 650 m2 d’espace supplémentaire mis à la disposition d’une trentaine d’exposants, quasi tous nouveaux à la Biennale. Parmi eux, plusieurs marchands avaient été remarqués lors du « Tremplin » organisé à la Biennale 2010, promouvant de jeunes antiquaires à l’avenir prometteur : Ana Chiclana (Madrid) pour les tableaux anciens,  Alexis Bordes pour les tableaux et dessins anciens et XIXe siècle, Alexis Renard (Paris) pour l’art islamique et indien et Éric Pouillot (Paris) pour l’art asiatique. Quand d’autres ex « Tremplin » ont eu les honneurs de la nef : la galerie Mathivet (Paris) pour les arts décoratifs, Yannick Durand de la galerie 1492 (Paris) pour l’art précolombien, Jean-Baptiste Auffret de la galerie Malaquais (Paris) pour la sculpture et David Ghezelbash (Paris) pour l’archéologie méditerranéenne. L’accès au Salon d’honneur se fait depuis un escalier au fond de la nef (dans l’axe de l’entrée) du Grand Palais ou bien indépendamment depuis l’extérieur, en passant par la place Perrin qui donne sur l’avenue Eisenhower. Isolés à l’étage et donc moins bien desservis que les exposants de la nef, les marchands du Salon d’Honneur risquent de ne pas connaître le même flux que leurs confrères d’en bas. Du reste, cet espace d’exposition que certains surnomment déjà le « purgatoire de la Biennale » est-t-il d’égale qualité de contenu avec celui de la nef principale ? Il faudra juger sur place.

Une sélection française
Il est clair que les ténors de la Biennale ont pris place sous la verrière. L’Art déco, notamment avec la galerie Vallois (Paris), et le mobilier XVIIIe  siècle représenté par plusieurs grandes enseignes parisiennes, y jouent toujours un beau rôle. Il faut noter que les trois-quarts des participants sont français, ce qui trouble quelques détracteurs de la foire parisienne qui objectent que toutes les grandes foires internationales se doivent d’avoir une sélection internationale. En réalité, ce qui compte davantage c’est de faire venir les collectionneurs internationaux. Et comme l’on n’attire pas des mouches avec du vinaigre, il est essentiel de réunir de rares et beaux objets d’art. « En France, nous avons les meilleurs antiquaires dans de nombreuses spécialités. Je ne vois pas pourquoi l’on s’en priverait », répète Christian Deydier, président du Syndicat national des antiquaires.

Il semble que beaucoup d’exposants ont des pépites à montrer. Un extraordinaire ensemble de textiles, provenant d’Asie centrale et datant des VIIe et VIIIe siècles à la galerie Deydier (Paris), un chef-d’œuvre de Zao Wou-Ki, un autre de Serge Poliakoff et un tableau monumental de Georges Mathieu à la galerie Applicat-Prazan (Paris), une exposition consacrée à l’art de la dynastie Song chez Antoine Barrère (Paris), de précieuses pièces d’art islamique à la galerie Kevorkian (Paris) en écho à la réouverture des salles du Musée du Louvre, entre autres choses. Les arts premiers sont néanmoins dominés par les marchands Belges, avec les participations des Bruxellois Didier Claes qui montre un superbe fétiche à clous Kongo de la collection James T. Hooper, et Bernard de Grunne qui expose une exceptionnelle statue Fang de l’ancienne collection Paul Guillaume. Notons encore que la Biennale s’offre une plus grande ouverture sur l’art contemporain, avec l’arrivée de la galerie JGM (Paris) et la Carpenters Workshop (Paris) pour le design. Enfin, parmi les absents de cette année, remarquons Yves Macaux (Bruxelles) pour les arts décoratifs européens, Philippe Perrin (Paris) pour le mobilier français XVIIIe ainsi que, pour la deuxième fois consécutive, la galerie L’Arc-en-Seine (Paris) pour l’Art déco. Tous ont déclaré forfait, faute d’œuvres à présenter. Pourtant, ils fréquentent d’autres salons internationaux dont celui de Maastricht. « Sur les autres foires, comme à Maastricht, nous pouvons sortir des pièces du stock de la galerie, explique Rafael Ortiz de la galerie L’Arc-en-Seine. Ce que nous ne nous permettons pas de faire à la Biennale où seuls l’exceptionnel et l’inédit ont leur place ».

Légendes photos

XXVIe Biennale des Antiquaires (haut) - Soirée du vernissage (bas) - Grand Palais - Paris - 2012 - © photo Ludosane

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°374 du 7 septembre 2012, avec le titre suivant : La Biennale des antiquaires gagne en prestige

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