Dimanche 18 février 2018

La Belgique en quatre points et quelques kilomètres

Des expositions d’art moderne et contemporain pendant Art Brussels

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2007

La Belgique est depuis de nombreuses années une plate-forme incontournable dans le domaine de l’art moderne et contemporain. Tandis qu’à proximité de Bruxelles le MAC’s du Grand-Hornu poursuit son développement avec un accrochage sur le thème de la mémoire, le Centre de la photographie de Charleroi consacre une exposition à Man Ray. Un peu plus loin, le SMAK de Gand et le Muhka d’Anvers continuent d’exercer un rôle déterminant. Alors que le premier inaugure une rétrospective de Cai Guo-Quiang, le second jette son dévolu sur la scène russe.

Grand-Hornu, deuxième épisode
Installé dans le site industriel spectaculaire du Grand-Hornu, le Musée des arts contemporains de la communauté française (MAC’s) est la petite dernière des institutions belges dédiées à l’art contemporain (lire le JdA n° 153, 30 août 2002). Après “L’herbier et le nuage”, le directeur du lieu, Laurent Busine, continue de proposer une approche singulière de la création contemporaine avec “Le beau corps de la mémoire”. La manifestation réunit des artistes de différentes générations autour d’un thème ancestral, source de nombreuses œuvres, sacrées ou commémoratives. Un petit reliquaire de saint Jean-Baptiste, réalisé par Rodin, relie d’ailleurs l’ensemble des propositions à la “haute époque” de l’art moderne. Car pour le reste, si les artistes invités sont de générations différentes, leurs œuvres ont été produites ces vingt dernières années : installations de Marie-José Burki, Franz West, Giulio Paolini ou aquarelles récentes de Günter Forg. Sous quelle forme se matérialise la mémoire ? Telle est le leitmotiv de cette exposition dont les œuvres explorent les formes du reliquaire, de l’archive mais aussi de la forêt et de l’arbre. Païen, ce dernier “corps de la mémoire” est illustré par deux ensembles importants de photographies de Rodney Graham comme de Joachim Koester.

Un mois d’avril riche au SMAK
Créé en 1975, le musée gantois d’art contemporain a été le premier musée d’art contemporain de Belgique. Rebaptisé “SMAK” (Stedelijk Museum voor Actuele Kunst) en 1999, lors de l’ouverture de son nouveau bâtiment, il semble aujourd’hui être à un tournant de son histoire. Son fondateur, Jan Hoet, est sur le départ, et le musée est encore à la recherche d’un nouveau directeur... D’ici là, l’institution poursuit ses activités avec un dynamisme évident. Au mois d’avril, pas moins de quatre expositions se chevauchent : Leo Copers et ses objets surprenants, une rétrospective du très belge et non moins drôle Jacques Charlier, une présentation de son compatriote Koen Theys et une intervention de Cai Quo-Quiang. Sous le titre d’une “Histoire arbitraire”, l’artiste chinois propose un point de vue rétrospectif sur son travail. Auparavant présenté au Musée d’art contemporain de Lyon (lire le JdA n° 137, 23 novembre 2001), le parcours prend la forme d’une rivière à remonter ou à descendre au gré des œuvres.

Du nouveau à l’Est pour le Muhka
Comme à son habitude, le programme du Muhka, Musée d’art contemporain d’Anvers, combine collections permanentes – l’accrochage fait actuellement la part belle à l’art belge – et cartes blanches à de jeunes artistes. Si Gert Robijns a choisi de poursuivre le parasitage de la collection en multipliant les interventions dans les salles, Wilhelm Sasnal revisite la mémoire collective de la Pologne à travers la peinture et la vidéo, tandis que Bojan Fajfric présente sa Table de conférence, réminiscence des tensions internationales. Dans le même temps, le Muhka propose une manifestation consacrée à la création contemporaine en Russie. Une vingtaine d’artistes parmi lesquels Oleg Kulik, mais aussi Sergey Bratkov, Vladimir Kupriyanov, Anatoli Osmolovski, Konstantin Zvezdochotov ou encore le collectif Factory of Found Clothes, sont invités dans le cadre d’”Horizon de réalités”. Par l’éclectisme des formes et des propositions, les commissaires de l’exposition souhaitent aborder ou traduire le contexte historico-politique de l’ancienne URSS. Quelle est la place de l’artiste dans un système aussi brusquement converti au libéralisme ? Quel rôle prend-il dans un territoire bouleversé en une dizaine d’années ? Et surtout, quoi de nouveau à l’Est ? Voici quelques-unes des interrogations que ne manqueront pas de soulever les œuvres présentées.

Les à-côtés de Man Ray
Comment aborder l’œuvre de Man Ray aujourd’hui ? Sous le titre de “Man Ray intime”, le Musée de la photographie de Charleroi revient sur le travail de l’artiste en exposant ses essais et ses chutes. Si ces images-là ne furent pas retenues par le photographe, elles donnent aujourd’hui plusieurs indications sur son processus de production. Sélectionné au sein d’un ensemble privé, le corpus entend jeter un nouvel éclairage sur le compagnon de Marcel Duchamp et montrer des aspects parfois cachés de l’œuvre d’un des plus grands artistes du XXe siècle.

- LE BEAU CORPS DE LA MÉMOIRE, jusqu’au 29 juin, Musée des arts contemporains, Site du Grand-Hornu, 82 rue Sainte-Louise, Hornu, Belgique, tlj sauf lundi 10h-18h, tél. 32 65 65 21 21, www.mac-s.be. - JACQUES CHARLIER, LEO COPERS, jusqu’au 13 avril ; KOEN TEYS, jusqu’au 18 mai ; CAI GUO-QUIANG, jusqu’au 1er juin, SMAK, Citadel Park, Gand, tél. 32 9 221 17 03, tlj sauf lundi 10h-18h, www.smak.be - WILHELM SASNAL, BOJAN FAJFRIC, GERT ROBIJNS, jusqu’au 18 mai, HORIZONS DE LA RÉALITÉ, jusqu’au 1er juin, Muhka, Leuvenstraat 32, Anvers, tél. 32 3 238 59 60, tlj sauf lundi 10h-17h, www. muhka.be. - MAN RAY INTIME, Musée de la photographie de Charleroi, 11 avenue Paul-Pastur, Charleroi, tél. 32 71 43 58 10, tlj sauf lundi, 10h-18h, www.musee.photo.infonie.be.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°168 du 4 avril 2003, avec le titre suivant : La Belgique en quatre points et quelques kilomètres

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