Histoire de l’art et psychanalyse

Le Journal des Arts

Le 15 décembre 2000 - 399 mots

Dans les premières pages de L’Interprétation des rêves (1900), Freud définit deux mécanismes essentiels dans la formation de l’inconscient qui seraient donc à l’œuvre dans le symptôme et dans le rêve : le déplacement et la condensation, qui sont autant des formes de libération que de déguisement.

Il ouvrait ainsi une voie nouvelle à l’interprétation des images en général, même si la part consciente, intentionnelle de la création artistique, ne doit pas être négligée.

Dans l’interprétation qu’il donne de La Vierge à l’Enfant et sainte Anne, de Léonard, Freud n’est préoccupé que par la psychologie du peintre et n’apporte que peu de choses à la connaissance du tableau. Une véritable tentative d’élaborer une théorie psychanalytique de l’art se trouve en fait dans son livre sur le Witz ou “mot d’esprit” (1905) où la question de la valeur, si essentielle pour l’analyse des œuvres d’art, se trouve posée.

Peu de tentatives ont été faites pour expliquer des œuvres d’art plastique à partir du modèle freudien immédiat : à partir des années trente, Ernst Kris publie quelques essais sur l’expressivité et le comique où il se montre à la fois le dépositaire de l’école de Vienne, où il a été l’élève de von Schlosser, et de la pensée de Freud. Cette préoccupation se lit encore dans L’Art et l’illusion, dédié à Kris, où Gombrich étudie notamment le comique et la codification propres aux bandes dessinées. Anton Ehrenzweig dans son livre L’Ordre caché de l’art (1967) s’est intéressé à la façon dont l’œuvre d’art structure un ordre fantasmatique souterrain dans le tableau.

Plus récemment, il convient de signaler des études sur l’art qui, comme celle de Rosalind Krauss (L’Inconscient optique, 1993), intègrent dans la pluralité de leurs modèles théoriques des concepts de la psychanalyse freudienne ou lacanienne. Le reproche majeur que l’on peut faire à l’interprétation psychanalytique des œuvres d’art, que ce soit à la lumière de Freud ou de Lacan, c’est qu’elle se contente le plus souvent de mettre l’accent sur une seule cause d’ordre psychique qui fournirait l’explication de telle ou telle œuvre, en laissant de côté aussi bien les conditions sociales dans lesquelles elle a été produite, que son histoire ou, plus généralement, que l’histoire des formes elles-mêmes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°117 du 15 décembre 2000, avec le titre suivant : Histoire de l’art et psychanalyse

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