Mercredi 26 septembre 2018

Fais-moi rêver !

Le Journal des Arts

Le 3 décembre 1999 - 326 mots

Longtemps frappée d’anathème par la science soviétique, la psychanalyse revient en grâce en Russie avec l’ouverture à Saint-Pétersbourg du Musée des « Rêves de Sigmund Freud ».

SAINT-PÉTERSBOURG. Consacré aux rêves de Freud, ce musée un peu particulier marque le retour en grâce de la psychanalyse en Russie. Bannie à l’époque soviétique elle avait fait l’objet, il y a sept ans, d’un décret de Boris Eltsine pour “La renaissance et le développement de la psychanalyse en Russie”. Inauguré pour le centenaire de L’interprétation des rêves, cette nouvelle institution s’est installée dans les bâtiments de l’Institut est-européen de psychanalyse. Après avoir visité une petite avant-salle aux murs couverts de photos et de citations de Freud sur l’interprétation des rêves, les visiteurs entrent dans une pièce sombre, au fond de laquelle se trouve un grand panneau blanc. Portés par une musique discrète, ils vont alors de vitrine en vitrine, où statuettes, amulettes, photos, morceaux de miroir ou encore lettres de Freud semblent suspendus dans les airs. Certaines pièces, transparentes, laissent le regard des visiteurs les traverser afin de se poser sur d’autres objets, placés derrière. “Nous avons créé cet espace pour que, comme dans un rêve, on puisse voir beaucoup de choses à la fois. Chaque élément de l’exposition s’inscrit dans la logique générale”, explique Viktor Mazine, psychanalyste et directeur du musée. L’exposition montre comment nos rêves reflètent nos désirs inconscients, de manière détournée, symbolique. Elle illustre les principes de “transfert”, d’association d’images, de “refoulement”, à l’aide de photos d’objets venant des collections personnelles de Freud, qui possédait plus de 3 000 pièces anciennes : statuettes grecques et égyptiennes, amulettes... “Dans l’absolu, ce musée est destiné à une seule personne à la fois [car] son atmosphère doit plonger le visiteur dans son moi”, commente Viktor Mazine. Mais, selon lui, “aujourd’hui, les gens sont passifs. Ils n’aiment pas faire d’efforts, ils préfèrent les idées préfabriquées”. À chacun donc d’entrer comme il l’entend dans le monde caché de son inconscient.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°94 du 3 décembre 1999, avec le titre suivant : Fais-moi rêver !

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque