François Bayrou, UDF Union pour la démocratie française

« Donner le goût de la culture »

Le Journal des Arts

Le 2 août 2007

Quel doit être selon vous le rôle du ministère de la Culture ? Quel budget souhaitez-vous lui accorder ? Sous quelles formes l’État doit-il soutenir la création contemporaine ? Comment concevez-vous le rôle de l’artiste dans la société ?
Une condition préalable : le ministère de la Culture ne peut pas être jumelé avec un autre, et le ministre de la Culture sera un ministre de plein exercice. Il doit en revanche évoluer et être réformé : il doit redevenir un ministère de missions et pas seulement un ministère de gestion. Redonnons-lui l’esprit de Malraux et de Vilar ! Concernant le budget de la Culture, je propose qu’au même titre que ceux de la Recherche et de l’Éducation nationale, il soit considéré comme un secteur prioritaire et fasse l’objet d’une programmation pluriannuelle de ses moyens, pour échapper aux aléas budgétaires et aux alternances politiques. Enfin, le rôle de l’État me semble primordial pour soutenir les artistes, la création, les lieux de création et de diffusion, les associations. Si la culture garde aujourd’hui une telle vitalité dans notre pays, c’est parce que nous avons une politique nationale et locale en faveur de la création et de l’expression culturelle.

Les différents plans de relance de l’éducation artistique se sont jusqu’à présent soldés par des échecs. Comment améliorer le dialogue avec le ministère de l’Éducation nationale afin de développer l’enseignement artistique à l’école ?
L’éducation artistique et culturelle est l’un des plus grands enjeux culturels : l’école est le
premier accès à la culture, le moment où l’on en donne le goût à l’élève. Et ce goût restera toute la vie. Il faut certainement améliorer les liens institutionnels entre le ministère de la Culture et celui de l’Éducation, par exemple dans le cadre d’une structure interministérielle. Il faut surtout faire venir les artistes à l’école, comme les intermittents du spectacle, en permettant que les heures passées soient prises en compte dans le calcul de leurs droits.

L’État doit-il faire appel au secteur privé pour financer son action en faveur de la culture ?
Notre politique culturelle finance principalement les structures. Elle doit aussi financer les personnes. Compte tenu de l’état de nos finances publiques, nous devons trouver les moyens de renouveler les financements de la culture. Une orientation est possible : les crédits publics pour le soutien aux talents, le mécénat pour les grandes institutions culturelles, en développant le mécénat des PME et des particuliers.

Êtes-vous favorable à des avantages fiscaux pour encourager la culture ? Si oui, lesquels ? Pensez-vous que les œuvres d’art doivent être prises en compte dans l’assiette de l’ISF ?
Je suis favorable aux mesures fiscales qui peuvent favoriser la création artistique et le marché de l’art français, par exemple en facilitant fiscalement l’achat d’œuvres d’artistes vivants. Dans cette logique, je suis pour le maintien de l’exonération des œuvres d’art de l’ISF. L’élargissement de son assiette aux œuvres d’art ne ferait qu’appauvrir le patrimoine français en provoquant la fuite des œuvres à l’étranger. En outre, cela inciterait les collectionneurs à ne plus prêter leurs œuvres pour les expositions.

Comment remédier à l’échec de la démocratisation culturelle ?
L’école, d’abord. L’école doit assurer cette mission essentielle pour réduire la fracture culturelle entre ceux qui ont l’avantage de baigner dans un environnement familial privilégié, et ceux qui n’ont pas cette chance. Cette éducation artistique ne doit plus être le parent pauvre de l’enseignement. J’ai parlé du rôle des artistes à l’école. Il faudra aussi former les enseignants.
Enfin, nous devons donner à tous le goût de la culture : l’accès aux œuvres, notamment au spectacle vivant, peut être élargi. Nous sommes le pays où les créations sont les plus nombreuses, et où ces créations touchent le moins de personnes.

Quelle est votre position sur les grands travaux de musées en cours (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée [Mucem] à Marseille, île Seguin…) ? Souhaitez-vous encourager un projet en particulier ?
La politique des grands travaux est nécessaire, car elle permet de doter notre pays d’équipements culturels, de musées, prestigieux qui attirent de nombreux touristes et contribuent ainsi au rayonnement de la France dans le monde. Néanmoins, j’ai deux réserves : ces grands établissements sont trop souvent situés à Paris, alors que la fracture culturelle est souvent aussi une fracture territoriale. Il faut par ailleurs être attentif aux coûts que représentent le fonctionnement et l’entretien de ces grands établissements pour le budget du ministère de la Culture. Cela restreint d’autant les marges de manœuvre du ministère pour les actions de soutien à la création, aux arts plastiques, aux patrimoines, qui sont tout aussi essentielles.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°257 du 13 avril 2007, avec le titre suivant : François Bayrou, UDF Union pour la démocratie française

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