Jeudi 19 septembre 2019

Remaniement

Filippetti reconduite

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 8 avril 2014 - 531 mots

La reconduction de la nouvelle élue de Metz apparaît comme un choix par défaut.

PARIS - C’est une demi-surprise. À l’automne dernier, de nombreux commentateurs donnaient Aurélie Filippetti partante de la Rue de Valois à l’occasion du remaniement qui s’annonçait après les élections municipales, avec ou sans point de chute dans le nouveau gouvernement. Les uns et les autres étaient bien en peine de formuler des griefs précis, lui reprochant surtout de ne pas assez incarner la fonction, de ne pas avoir le verbe aussi flamboyant que certains de ses prédécesseurs. En décembre, il n’y avait que 14 % de Français à « souhaiter lui voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir », selon le baromètre TNS Sofres-Figaro Magazine. Soit une chute de plus de 9 points par rapport à son arrivée au ministère.

Depuis, le contexte a changé. François Hollande a décidé de changer de Premier ministre tout en conservant les principaux ministres de l’équipe précédente, du moins ceux qui n’ont pas trop démérité à ses yeux. De ce point de vue, Aurélie Filippetti n’a pas commis de gaffes qui lui auraient aliéné l’opinion publique. Elle a bravement assumé la baisse de son budget et l’annulation de plusieurs projets de ses prédécesseurs sans provoquer une marée de protestation dans le monde culturel. Elle a su contenir l’agitation des intermittents du spectacle. Sa « cote d’avenir » TNS Sofres a remonté de 4 points en mars, tandis que, selon le baromètre Ipsos-Le Point, 27 % des Français avaient en février un jugement favorable de son action (contre 29 % de jugement défavorable et 44 % sans opinion), un chiffre stable depuis son arrivée.

La victoire à Metz d’Aurélie Filipetti, en deuxième position sur la liste PS du maire sortant, Dominique Gros, qui n’était pas acquise, a également pesé, compte tenu de la défaite électorale de la majorité aux municipales.

Deux lois en préparation
Et puis par qui aurait-elle pu être remplacée ? François Hollande ayant fait le choix de « politiques », il s’interdisait de faire venir une personnalité de la société civile culturelle, plus pourvoyeuse de nouvelles figures que le monde politique. Aurélie Filippetti a dû plaider sa cause en mettant en avant les deux grandes lois sur le patrimoine et la création qui doivent passer devant le Parlement avant la fin de l’année et qui pourraient être portées au crédit du gouvernement. Et c’est elle qui est la mieux armée pour affronter les nuages noirs qui s’annoncent. Ainsi qu’elle le rappelait dans un communiqué diffusé par l’AFP, tout ministère, a fortiori celui de la culture, a besoin de stabilité pour poursuivre les efforts entrepris et ne pas perdre de précieux mois avec l’arrivée d’une nouvelle équipe. Le dossier des intermittents n’est pas réglé, les syndicats vont faire pression sur la ministre pour qu’elle ne ratifie pas l’accord des partenaires sociaux, avec d’autant plus de virulence que l’image droitière de Manuel Valls va les désinhiber. Mais cette perturbation n’est rien par rapport à la tempête qui se prépare : le ministère de la Culture va vraisemblablement devoir participer lui aussi aux 50 milliards d’économie dans les dépenses publiques, prévues dans le pacte de compétitivité.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°411 du 11 avril 2014, avec le titre suivant : Filippetti reconduite

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