Samedi 14 décembre 2019

Espagne - Tout public

Un financement encore trop dépendant des subventions des Régions et communes

Le Journal des Arts

Le 19 septembre 2011 - 770 mots

De l’autre côté des Pyrénées, le financement des musées, des centres d’arts et du patrimoine est en majorité public et fortement décentralisé.

Ce sont donc les dix-sept communautés autonomes (régions) et les municipalités espagnoles qui se chargent de la conservation du patrimoine et financent les musées et centres d’art. De son côté, l’État central s’occupe des musées d’État (dont le Prado et le Reina-Sofía), du patrimoine dit « national » (les biens publics mis à disposition de la famille royale) et de la coordination de la conservation du patrimoine historique. Dans le détail, il existe beaucoup de formules de financement mixte, c’est-à-dire provenant des différents niveaux d’administration, explique-t-on au ministère de la Culture.

Vers un financement mixte
En raison de la crise économique et financière, la culture a souffert de coupes budgétaires : le budget de l’État central en la matière s’est contracté de 8 % en 2011, par rapport à 2010. « Ces deux dernières années, le financement public s’est réduit de 30 %, et ce sera aussi le cas en 2012 », indique le directeur du Prado, Miguel Zugaza. « Pour certains musées et centres d’art, on parle même de réductions de 50 % à 80 % », témoigne Elena Vozmediano, présidente de l’Institut d’art contemporain (IAC), une association qui regroupe 400 professionnels reconnus du monde de la culture en Espagne (artistes, galeristes, directeurs de musées, commissaires, etc.).

La situation oblige donc les institutions à chercher d’autres ressources. Le Prado a un peu d’avance dans ce domaine : depuis 2003, le musée dispose d’une autonomie de gestion qui lui a permis de « doubler [son] budget, de 20 à 40 millions d’euros, explique Miguel Zugaza. Ce statut, comparable à celui du Louvre, [les] a aidés à tirer parti de [leur] capacité à générer des revenus via les entrées, les publications et la captation de financements privés ». Résultat : le Prado s’autofinance aujourd’hui à hauteur de 50 % de son budget total, contre 10 % pour le Reina-Sofía. Mais ce dernier vient juste d’obtenir le même statut et espère prochainement porter la part de ses ressources propres à un taux situé « entre 30 % et 35 % », indique son directeur, Manuel Borja-Villel.

« Le Prado montre le chemin à suivre, confirme-t-on au ministère de la Culture. Il y a un effort pour aller vers d’autres sources de financement même si, aujourd’hui encore, en moyenne 80 % du financement des musées reste public. » Comment expliquer cette difficulté à attirer des ressources privées ? Sont souvent pointés du doigt un dégrèvement fiscal insuffisant (35 % pour les sociétés contre 60 % en France) et l’absence de TVA culturelle. « Les responsables politiques défendent actuellement un modèle mixte de financement, mais se contredisent en ne mettant pas en place les bases légales et fiscales nécessaires », dénonce Elena Vozmediano.

Autre explication : « les entreprises mettent leur argent dans leur propre fondation, ce qui est autant de moins pour les institutions culturelles existantes », rapporte Manuel Borja-Villel, soulignant là une « particularité espagnole ». Par exemple, la caisse d’épargne catalane, La Caixa, dispose d’un réseau de centres socioculturels, les CaixaForum, ouverts gratuitement au public. « Cette année, 64 millions d’euros sont consacrés au développement de programmes culturels », explique Ignasi Miró, directeur de la culture à La Caixa. De par leur statut juridique, les caisses d’épargne espagnoles doivent consacrer une partie de leurs bénéfices à leur « Obra Social », c’est-à-dire des actions sociales et culturelles. Mais cette situation est en train de changer sous le coup de la crise : d’une part les ressources consacrées à ces œuvres se sont réduites (environ – 30 % entre 2009 et 2010 dans le domaine de la culture) ; d’autre part les caisses d’épargne, très fragilisées par la crise immobilière, sont actuellement obligées de se transformer en banques commerciales classiques.

Vers un financement mixte
L’éclatement de la bulle immobilière espagnole, à l’été 2007, a aussi eu un impact sur les musées et les centres d’art en Espagne. « Beaucoup d’édifices ont été construits sans penser aux collections : le contenant sans le contenu en somme », explique Manuel Borja-Villel. « Chaque région voulait son Guggenheim », résume un observateur averti, faisant allusion au musée de Bilbao, dans le Pays basque espagnol. « Mais maintenant que les ressources manquent, comment faire vivre ces lieux dont dépend le dynamisme de la création culturelle en Espagne ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°353 du 23 septembre 2011, avec le titre suivant : Espagne - Tout public

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