Restitutions

Du « Führermuseum » au Louvre

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 15 février 2018 - 407 mots

PARIS

À l’occasion de la restitution d’une œuvre spoliée, la ministre de la Culture a visité le nouvel espace pérenne du Louvre consacré aux œuvres « MNR ».

Le 12 février, la ministre de la Culture a restitué le « MNR 386 » aux ayants droit d’Henry et Herta Bromberg : ce couple de Juifs allemands, émigré en France avant de fuir aux États-Unis en 1938, avait été spolié de ce triptyque de la Crucifixion datant du XVIe siècle. Cette œuvre, attribuée à l’atelier de Joachim Patinir, avait été acquise pour le « Führermuseum », le musée que Hitler projetait à Linz (Autriche). Renvoyé en France en 1949, ce triptyque avait été confié au Louvre puis déposé au Musée Crozatier du Puy-en-Velay (Haute-Loire). Ce sont désormais 112 œuvres estampillées « MNR » – attribuées aux musées nationaux après guerre mais inscrites sur les inventaires de la récupération car soupçonnées d’avoir été spoliées par le régime nazi ou vendues sous la contrainte – qui ont été restituées par l’État français depuis 1951.

« Nous n’allons pas relâcher les efforts », a déclaré Françoise Nyssen, se plaçant dans le sillage de ses prédécesseurs dont l’administration fut proactive dans le processus des restitutions. C’était là l’occasion pour la ministre de visiter les deux salles consacrées aux MNR, ouvertes dans une relative discrétion à la fin de l’année 2017 au deuxième étage du Musée du Louvre. Le département des Peintures a réuni, pour la première fois de manière pérenne, une sélection de tableaux marqués MNR (le Louvre en abrite 296 dont 76 toujours disséminés au sein du parcours). Un espace qui présente 31 œuvres de toutes époques et de toutes écoles. On aperçoit ici un grand Portrait des demoiselles Duval de Jacques Augustin Pajou que le ministre des Affaires étrangères de Hitler avait réservé pour décorer son château de Tentschach (Autriche). Là, une petite Réunion galante de Dirck Hals qui était destinée au Führermuseum de Linz.

Ces œuvres, dont la provenance est encore incertaine, « demeurent en attente d’une restitution (potentielle) à leurs propriétaires légitimes », comme l’indique le cartel. Si cet espace a vocation à favoriser la recherche des ayants droit – le visiteur est invité à consulter le site Rose-Valland, qui numérise et documente l’ensemble des MNR –, elle a aussi une dimension pédagogique et mémorielle. Pourtant, nombreux se sont étonnés que le panneau d’introduction ne fasse aucune mention du terme « juif-ve-s » alors qu’il s’agissait de la grande majorité des personnes spoliées. Un nouveau panneau de salle est venu pallier cette lacune.

INFORMATIONS

31 tableaux MNR (Musées nationaux Récupération),
Musée du Louvre, aile richelieu, salle 16 (prochainement renommée 804).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°495 du 16 février 2018, avec le titre suivant : Du « Führermuseum » au Louvre

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