Mercredi 23 janvier 2019

Dominique Ponnau : Les Journées européennes du patrimoine mettent en valeur notre héritage spirituel

Entretien avec Dominique Ponnau

Le Journal des Arts

Le 12 septembre 2003 - 921 mots

De la chapelle Notre-Dame-du-Haut édifiée par Le Corbusier à Ronchamp (Haute-Saône) aux synagogues alsaciennes, en passant par les abbayes cisterciennes du Languedoc-Roussillon, un vent spirituel souffle sur les prochaines Journées européennes du patrimoine des 20 et 21 septembre. Placées sous le thème du \"Patrimoine spirituel\", celles-ci invitent à la découverte des lieux qui ont abrité l’expression des grands courants de la pensée religieuse, philosophique et morale. Elles rendent également hommage à l’action de Prosper Mérimée, dont est célébré cette année le bicentenaire de la naissance.

Directeur honoraire de l’École du Louvre et conservateur général du patrimoine, Dominique Ponnau est président du Comité national du patrimoine cultuel, créé en juin 2002 par le ministre de la Culture. Dans la perspective des Journées européennes du patrimoine consacrées cette année au patrimoine spirituel, il met en lumière dans cet entretien la diversité de ces vestiges et présente les pistes de réflexion suivies par son comité.

Comment peut-on définir le “patrimoine spirituel” ?
Le patrimoine spirituel recouvre un champ très vaste. Qu’est-ce-qui relève du spirituel, et donc de l’esprit ? Un beau paysage relève-t-il de l’esprit ? J’ai envie de répondre oui. Bien sûr, lorsque l’on évoque ce patrimoine, on pense immédiatement au domaine où l’homme a le plus couramment exprimé sa quête du sens, celui du religieux. De l’abbaye cistercienne de Sénanque jusqu’aux temples des bords du Gange, il existe un lien très fort entre le patrimoine religieux et l’approche par l’homme de son propre mystère. Mais, au-delà des édifices cultuels, tous les lieux où s’exprime la mémoire d’une civilisation, d’un pays, appartiennent au “patrimoine spirituel”. C’est le cas, en France, d’Oradour-sur-Glane, de la Chapelle expiatoire, du mur des Fédérés, à Paris. Je pense également au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, qui  réunit de manière harmonieuse des mémoires en apparence opposées, celles du carmel de Louise de France et de la Commune de Louise Michel.

Vous êtes le président du Comité du patrimoine cultuel créé en juin 2002 par le ministre de la Culture et de la Communication. Quelles sont les missions de ce comité et quel bilan dressez-vous de sa première année d’existence ?
Succédant à la Commission pour la sauvegarde et l’enrichissement du patrimoine cultuel constituée en 1980, le Comité du patrimoine cultuel rassemble des représentants de l’administration et des communautés religieuses existant en France. Véritable force de proposition, il est chargé de conseiller le ministre sur les problèmes spécifiques liés au patrimoine cultuel : sa conservation et sa transmission, son enrichissement par la création artistique, l’éducation à sa connaissance et à sa compréhension... Le bilan que l’on peut tirer de sa première année d’existence me semble important : des locaux ont été trouvés, des moyens de fonctionnement ont été dégagés et onze groupes de travail ont été constitués, qui, pour certains, sont déjà opérationnels. Parmi les thèmes étudiés figurent la restauration des édifices religieux (ou d’origine religieuse) non protégés, la création contemporaine dans les lieux de culte, la connaissance et la promotion des archives religieuses ou des fonds de musique religieuse...

Compte tenu de la baisse des pratiques religieuses observées en France, certaines églises se retrouvent peu voire pas employées. Envisagez-vous une nouvelle affectation de ces lieux de culte ?
Le maillage architectural du paysage français est composé de milliers d’églises. Or il y a aujourd’hui toujours autant de clochers mais beaucoup moins de pratiquants et de ministres du culte. En outre, l’entretien de ces édifices, qui est à la charge des pouvoirs publics, pèse lourd. Il est donc compréhensible que l’on s’interroge sur l’affectation de certaines églises. Toutefois, il faut rester très prudent quant à l’éventualité d’une désaffectation de ces lieux. Je recommanderais pour ma part qu’il y en ait le moins possible, voire aucune. En effet, il me semble que, même dans les communes les plus désertées, les édiles et la population restent attachés au fait qu’une église demeure une église, et qu’elle ne devienne pas un lieu de spectacle (ce qui n’exclut pas la tenue de concerts ou d’expositions en accord avec l’esprit des lieux). Ce serait blesser la mémoire collective que d’avoir un raisonnement arithmétique et comptable dans cette affaire. En outre, il n’appartient pas aux pouvoirs publics de déterminer ce qui est cultuel et ce qui ne l’est pas – selon la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, les édifices affectés au culte relèvent de la domanialité publique, tandis que leur usage est mis à la disposition de l’Église. À mes yeux, c’est en premier lieu à la communauté chrétienne de rendre accessible ce patrimoine car, si son usage lui est dévolu, il appartient à la collectivité tout entière. Il est essentiel que les édiles ne craignent pas le caractère cultuel de ces édifices, et que les ministres du culte n’ignorent pas leur dimension culturelle. Cette dimension passe par l’intelligibilité de l’architecture et des œuvres présentes dans les édifices religieux. En effet, bien souvent, nous n’avons plus les clefs nous permettant de comprendre ce patrimoine. Un effort de pédagogie doit donc être fait.

Assiste-t-on, grâce à la tenue d’expositions ou de concerts et à la multiplication des créations contemporaines, à un renouveau culturel des lieux de culte ?
Oui. Il s’agit d’un renouveau extraordinaire. De plus en plus d’artistes (plasticiens, architectes, maîtres verriers, sculpteurs, musiciens…) s’intéressent au patrimoine cultuel et s’interrogent sur le mystère religieux. L’État joue un rôle important dans ce domaine en soutenant la création contemporaine, notamment dans le secteur du vitrail. En outre, les ministres du culte se montrent de plus en plus sensibles à ces questions. C’est encourageant.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°176 du 12 septembre 2003, avec le titre suivant : Dominique Ponnau : Les Journées européennes du patrimoine mettent en valeur notre héritage spirituel

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