Chronique

Des jeux en marche

Par Emmanuel Fessy · Le Journal des Arts

Le 5 juillet 2017 - 561 mots

SPORT. Les 11 et 12 juillet, nous saurons si Paris accueillera les Jeux olympiques, puisqu’une session extraordinaire du Comité international olympique (CIO) devrait valider le principe d’une double attribution : 2024 pour notre capitale, 2028 pour Los Angeles.

Ainsi, après deux échecs en 2008 et 2012, Paris hébergerait les J.O. à nouveau, après ceux de 1924. La victoire semble si acquise que les rares opposants se font peu entendre. Oubliées les villes, comme Boston, Budapest, Hambourg ou Rome qui ont retiré leurs candidatures pour éviter « qu’un rêve se transforme en cauchemar », comme l’a déclaré la maire de la capitale italienne. Comment, en effet, s’opposer à un événement qui capte sur des écrans des milliards de spectateurs dans le monde et promet d’accroître l’attractivité d’une ville ? Sur cette question aussi, les abstentionnistes sont légion et le groupement d’intérêt public (GIP) « Paris 2024 » devrait en tenir compte, leur offrir plus de garanties et déverser un discours moins lénifiant sur le rêve olympique.

Les précédentes éditions, à Athènes, Pékin, Londres et Rio, se sont toutes soldées par une explosion des coûts. « Tokyo 2020 » envisage à présent une enveloppe allant de 9,6 à 11,3 milliards d’euros, contre 5,9 milliards en 2013 lors de sa candidature. Un doublement, bien dans la tradition des expériences précédentes. Avec un budget de 6,6 milliards d’euros, dont un quart financé par des fonds publics, Paris 2024 échappera-t-il à cette tendance en affirmant utiliser prioritairement sites et équipements déjà existants ? À la Mairie de Paris, à la Région Île-de-France de convaincre que leur engagement est justifié au regard des besoins en santé, éducation ou culture – même si les J.O. peuvent donner l’occasion d’audaces en architecture et design. Il faudra aussi faire la part entre coûts directs et investissements, d’autant que certains parmi ceux-ci seront difficilement réutilisables. Face à la déferlante des touristes, à la multiplication des déplacements, le GIP écarte d’un revers de main tout pic de pollution et assure crânement que ces jeux « deviendront référence en matière environnementale ». De quoi faire bondir ceux qui déplorent déjà la mutilation du jardin des Serres d’Auteuil au profit de l’extension du stade Roland-Garros !

« Made for sharing » (« Venez partager ») est le slogan retenu par le GIP qui, sans fard, affirme que « Paris est la capitale du sharing » et décline toute la vulgate des valeurs olympiques : esprit du sport, fraternité entre les peuples, éloge de la paix… C’est oublier que le CIO a trahi ces valeurs en se compromettant avec des dictatures, pas uniquement avec le régime nazi en 1936, mais aujourd’hui encore puisque Pékin sera la seule ville à accueillir des J.O. d’hiver (2022), quatorze ans après ceux d’été. C’est masquer la corruption qui a gangrené le CIO et le sport. Paris 2024 exalte la fête internationale du sport, mais les J.O sont avant tout une compétition effrénée entre athlètes et pays. Rien à voir avec l’esprit des biennales internationales d’art, même si Venise, par exemple, accueille des pavillons nationaux et décerne un Lion d’or – un palmarès bien différent du tableau des médailles, martelé quotidiennement. Enfin, autre effet collatéral, garantir la protection des J.O. devrait servir les thuriféraires de la surenchère sécuritaire et de la normalisation de l’État d’urgence dans le droit commun. Tout est en marche, reste alors aux opposants ou aux indifférents à mettre leur appartement sur Airbnb et profiter ainsi de quelques retombées de ces J.O.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°483 du 7 juillet 2017, avec le titre suivant : Des jeux en marche

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