Dimanche 21 octobre 2018

Esprit du lieu

Collection Billarant - Le Silo

Par Alexis Jakubowicz · L'ŒIL

Le 19 mars 2013 - 447 mots

C’est la France, oui, mais le Vexin. Le Vexin certes, mais du Val-d’Oise ; et du Val-d’Oise, disons le val de Viosne, en deçà du pays de Thelle et des coteaux de la cuesta. C’est là que gît Marines, qui pourtant loin des océans arbore sur son blason un trois-mâts conquérant. Ici les pays se chevauchent comme dans le sol la craie blanche campanienne, le calcaire du montien, l’argile de l’yprésien et les sables du cuisien. Longtemps, ces mille terres ont fait porter leurs grains aux moulins de Paris par le train et de Rouen par la Seine.

De Chars, d’Us, de Santeuil, du Perchay, de Cormeilles ou du Rosnel, on décharge quarante ans de récoltes au silo de Marines. « Notre-Dame des céréales » peut recevoir à marée haute 44 480 quintaux de graines. À la fin du XXe siècle, il y a bourrage au pied de l’élévateur, de fausses manœuvres dans le mélangeur et des camions chargés qui bouchonnent sur la route de Bréançon. Bientôt, l’absence de séchoir à maïs fait la fortune des magasins voisins.

En 2003, plus un quintal dans les cellules : les remorques désertent le pont à bascule et les pigeons viennent roucouler dans le béton coulé par les génies agraires en 1963. Avec son gris de grilles et son triste pylône électrique devant, le silo doit devenir une relique de campagne. Mais les pigeons l’ignorent, le bail est précaire. Des repreneurs se font connaître depuis Nantes pour y stocker du grain, mais de beauté cette fois.

Cultivateurs, les Billarant, un couple de collectionneurs, le sont à leur façon. Ils font pousser depuis trente ans une collection exceptionnelle dont 2011 a été la moisson. Pour eux, l’architecte Xavier Prédine-Hug dégage la chaire bétonnée du silo, fouille dans l’épure du bâtiment pour n’en garder que la géométrie. Le parallélépipède rectangle de 50 m de long et 19 m de large devient une chapelle pour l’art construit de Carl Andre, Sol Lewitt et Donald Judd. Jean-Philippe et Françoise Billarant se nourrissent de Beacon (New York), où la Dia Art Foundation tient sur 28 000 m2 une collection d’art minimal et conceptuel de référence.

La comparaison les flatte, mais ils ne jurent que par la modestie. C’est d’ailleurs leur vertu qui réchauffe les pèlerins venus sur rendez-vous visiter leur frigo. Ils ne font pas de manières, se relayent près de l’interrupteur des néons de Morellet, commentent le parcours sans un mot par-dessus l’autre. Soudain Jean-Philippe Billarant s’interrompt. Le fil d’une œuvre de Fred Sandback s’est rompu. Il ira le changer comme on change une ampoule.

Où ?

Le Silo, route de Bréançon, Marines (95).

Comment ?

Visite sur rendez-vous. Tél. 01 42 25 22 64, lesilo@billarant.comr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°656 du 1 avril 2013, avec le titre suivant : Collection Billarant - Le Silo

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