Mardi 10 décembre 2019

Bijoux de famille

La Royal Collection enrichie d’un legs ?

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 17 mai 2002 - 844 mots

Après le décès de la reine mère, ses trésors pourraient entrer dans la Royal Collection. Le système de donation actuel permet ainsi à la royauté de ne payer aucun impôt sur les successions tout en conservant les œuvres ensemble. Les peintures d’artistes modernes britanniques, tels Sickert, Augustus John, Nash ou Duncan Grant, Sargent, Gunn, Sorine, Sutherland et Laszlo, constituent une des parties les plus intéressantes de ce legs.

LONDRES (de notre correspondant) - La Royal Collection pourrait s’enrichir de chefs-d’œuvre signés Monet, Sisley, Sickert et Nash, après le décès de la reine mère. Bien que son testament ne soit pas rendu public avant des mois et que les hauts responsables de la Couronne ne souhaitent pas s’exprimer à ce sujet, une étude sur les conditions des legs ne laisse pas de mystère sur l’issue de la collection de tableaux de la reine mère. Certaines des œuvres d’art lui ayant appartenu ont même déjà été inventoriées par la Royal Collection – elle-même enregistrée comme fondation – à des fins administratives. Un legs serait ainsi exempt de taxe, alors que les dons à des particuliers sont habituellement soumis à un droit de 40 %. Il existe une exception à cette règle : le prince consort de l’ancienne reine peut exempter d’impôts des objets du souverain, mais seulement s’ils sont transmis aux souverains successifs, ce qui équivaudrait à un legs direct à la Royal Collection. Ainsi, si la reine mère laisse ses toiles à la Royal Collection, aucun impôt ne sera dû ; les œuvres resteront ensemble et seront conservées aussi longtemps que survivra la monarchie. Un legs de sa collection à des membres de la famille (hormis la reine) serait soumis à une forte imposition. Certains objets pourraient néanmoins avoir été légués à des particuliers pour des raisons personnelles.

L’art moderne britannique
Même si la reine mère a acquis quelques œuvres d’art pendant ses jeunes années, ce n’est qu’après son mariage avec George VI, en 1937, qu’elle a commencé à collectionner plus sérieusement. En 1939, elle a acheté La Seine à Saint-Cloud de Sisley et six ans plus tard Étude de rochers, la Creuse de Monet – les deux tableaux provenant de la galerie Wildenstein à Paris. Une autre pièce française importante fut Azalées et pensées d’Henri Fantin-Latour, qu’elle reçut en don de son amie Audrey Pleydell Bouverie, en 1968. Les œuvres de certains grands artistes modernes britanniques, hélas absents de la Royal Collection, restent l’intérêt principal du fonds. Parmi ces œuvres figurent Conversation at Aintree (Conversation à Aintree), Lady in a pink ballgown (Femme en robe du soir rose) et une étude pour Ennui de Sickert ; le portrait de George Bernard Shaw (When Homer nods – Quand Homère incline la tête) de Augustus John et un portrait commandé par la mère d’Elisabeth II ; une aquarelle du château de Windsor de John Piper ; Landscape of the Vernal Equinox (Paysage de l’équinoxe vernal) de Nash ; Still life with Matisse (Nature morte avec Matisse) de Duncan Grant ; Gold Jug (Le Pichet en or) de Sir William Nicholson ; A Fylde farm (Une ferme de la Fylde) de Lowry, ainsi que des portraits de la reine mère par Sargent, Gunn, Sorine, Sutherland et Laszlo. Outre les peintures, la reine possédait également des porcelaines, de l’argenterie, des œufs décoratifs de Fabergé, des horloges, des meubles et des bijoux. Certains ont essayé de deviner la valeur totale de sa collection qui serait estimée à des dizaines de millions de livres sterling. Le Monet, qui aurait été acheté pour la modeste somme de 2 000 livres de l’époque, est l’œuvre la plus précieuse. Il est, par ailleurs, prévu d’inclure deux des tableaux de la reine mère – le Monet et le Nash –, dans l’exposition qui ouvrira ce mois-ci à la Queen’s Gallery, agrandie, de Buckingham Palace, “Royal Treasures : A Golden Jubilee celebration” (“Trésors royaux : fête du cinquantième anniversaire”, du 22 mai au 12 janvier 2003). Seront également exposés un coffret du Gujarat autrefois dans une collection de Dresde, un bassin et une bouilloire du XVIIe siècle, trois boîtes à tabac du XVIIIe siècle, un bureau miniature en or, deux sets de fleurs de la maison Fabergé et deux vases de Sèvres. Ces prêts avaient été convenus avant la disparition de la reine mère, qui a toujours fait preuve de générosité. Le catalogue de l’exposition “Royal Treasures”, qui sortira à la fin du mois, indique une nouvelle évolution, puisque la peinture de Nash porte le numéro 100 000 dans l’inventaire de la Royal Collection et les autres prêts portent des numéros allant jusqu’à 100 014. Cette numérotation signifie probablement que ces objets seront les premiers à figurer dans l’inventaire informatisé. Un porte-parole de la Royal Collection a déclaré le mois dernier qu’il avait reçu “la charge de garder” la collection privée de la reine mère pendant une certaine période et que l’inventaire avait été effectué à des fins administratives. Avec la réouverture de la Queen’s Gallery, un espace approprié pour accueillir les principales œuvres de la collection, dans le cadre d’une exposition temporaire, est maintenant disponible.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°149 du 17 mai 2002, avec le titre suivant : Bijoux de famille

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