L’actualité vue par

Bassem Terkawi, porte-parole de l’agence de développement du tourisme à Abou Dhabi

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 20 juillet 2007

Le 6 mars a été signé à Abou Dhabi par le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, et le président de l’Autorité du tourisme d’Abou Dhabi, Cheikh Sultan ben Tahnoun Al-Nahyane, le contrat pour le Louvre-Abou Dhabi (1). En marge de la signature, Bassem Terkawi, porte-parole de la Tourism Development & Investment Company, une société émiratie d’économie mixte chargée du développement touristique d’Abou Dhabi, a répondu à nos questions concernant les ambitions de la capitale des Émirats arabes unis (EAU), les projets de l’île de Saadiyat et le Louvre-Abou Dhabi.

Combien de visiteurs attendez-vous à terme dans les différents musées de l’île de Saadiyat ?
L’objectif de l’émirat est d’attirer annuellement 3 millions de touristes à Abou Dhabi à l’horizon 2015. Actuellement, nous en recevons 800 000 chaque année. Ces chiffres ne prennent en compte que les personnes qui descendent dans les hôtels.

Mais il ne s’agit pas seulement de touristes, puisque de nombreuses foires et congrès sont organisés ici…
Non, il s’agit des étrangers en général qui viennent à Abou Dhabi. Nous pensons que ces gens iront visiter l’île de Saadiyat, qui attirera aussi ceux qui visitent des régions voisines. Nous sommes sûrs que ces personnes seront intéressées pour venir découvrir cet ensemble. Entre Abou Dhabi et Dubaï, environ 20 millions de touristes visiteront les Émirats arabes unis vers 2015.

Les musées de l’île de Saadiyat seront-ils aussi ouverts aux populations locales ?
Oui, il n’y aura aucune restriction. Notre objectif est d’instruire la population locale, de lui enseigner le monde des arts. Nous visons en priorité les locaux, ensuite les résidents, et enfin les touristes.

Qu’entendez-vous par « locaux » ?
Ces sont les Émiratis. Les résidents, ce sont les personnes de différentes nationalités qui vivent aux EAU et qui représentent environ 75 % de la population locale. Abou Dhabi et les EAU sont des régions très cosmopolites. À Abou Dhabi, plus de cent nationalités sont représentées, et ce, au sein de toutes les classes sociales.

Quels types de restrictions avez-vous imposées concernant les œuvres qui seront exposées au Louvre-Abou Dhabi ?
En principe, il n’y a pas de restriction d’aucune sorte sur ce qui sera montré. Le contrat qui a été signé aujourd’hui [le 6 mars, NDLR] ne comporte aucune mention de restrictions. Nous nous sommes mis d’accord sur un cadre pour gérer le Louvre-Abou Dhabi. Nous sommes actuellement au tout début du projet et nous ne pouvons pas dire dans le détail ce qui sera présenté. Ce sera à la structure gestionnaire de formuler quels types d’œuvres seront exposées ici.

Dans le contrat, il est précisé que les œuvres viendront aussi de musées régionaux français. En avez-vous conscience ?
Oui, les collections qui seront montrées ne proviendront pas uniquement du Louvre, mais aussi d’autres musées. Mais pour l’instant, je ne peux pas me prononcer sur le pourcentage d’œuvres qui viendront effectivement du Musée du Louvre.

Avez-vous établi une liste des œuvres que vous souhaitez voir exposer à Abou Dhabi ?
Non. Ce sera à la structure qui sera en charge du musée de décider des œuvres qui seront présentées. Nous n’avons pas formulé de demandes spécifiques concernant certaines pièces que nous voudrions ici. Il y aura un accord mutuel entre les deux parties sur les œuvres exposées. Les pièces seront montrées par rotation et changeront tous les trois mois.

Le Louvre-Abou Dhabi va aussi se constituer une collection propre. Qui en décidera ?
Abou Dhabi décidera des acquisitions avec l’aide d’experts issus du monde des musées, ce dès 2008.

Votre budget d’acquisition, de l’ordre de 40 millions par an, paraît astronomique…
Ce chiffre de 40 millions correspond seulement au budget annuel que nous dépenserons pour acheter des collections avec l’aide des gens du Louvre. Par ailleurs, nous n’aurons aucune restriction. Si nous décidons une année de dépenser davantage, cela sera parfait.

Quel type d’œuvres allez-vous acquérir ?
Des œuvres de toutes les spécialités : arts décoratifs, mobilier, tableaux, objets archéologiques… Tous les différents départements du futur musée constitueront des collections propres.

Comment les gens réagissent-ils ici à ce projet ?
Les gens sont très excités ! Tout le monde est content, et fier que nous créions ce lieu de destination.

Comment pouvez-vous dire cela alors que rien n’a filtré dans les médias locaux avant le jour de la signature du contrat du Louvre-Abou Dhabi ?
Nous avons eu des retours de différentes personnes qui sont engagées dans la communauté locale. À diverses occasions, nous avons fait des annonces sur le projet de district culturel sur l’île de Saadiyat, notamment quand nous avons dévoilé les projets architecturaux des différents musées. Nous avons eu beaucoup de retours à ce moment-là. Si vous regardez l’île de Saadiyat dans son ensemble, elle ne s’articule pas seulement autour du Louvre et du Guggenheim. Nous avons aussi en projet un Musée maritime, le Musée national Cheik-Zayed, le centre de spectacles. C’est une destination globale. Les gens pensent que c’est un ensemble qui va améliorer l’instruction de la communauté locale sur l’art et la culture. Une autre façon de tester l’intérêt des gens est de mesurer le nombre de personnes qui souhaitent faire partie de ce projet d’une manière ou d’une autre, en travaillant avec nous, en donnant des idées pour construire ces projets…

Envisagez-vous des liens avec les musées du Qatar ?
Pour le moment, non. Nous sommes très occupés à construire notre quartier culturel. C’est un projet à long terme. Éventuellement, nous demanderons de l’aide à différentes institutions internationales. Le Qatar, mais aussi n’importe quel autre pays, pourraient être impliqués, nous aider en nous donnant des idées. Mais rien n’a été formulé pour l’instant.

Dans le musée national, y aura-t-il des départements consacrés à la culture des différentes communautés qui sont représentées à Abou Dhabi ?
Le Musée national Cheikh-Zayed est censé montrer l’histoire des EAU, en se concentrant sur l’héritage de Cheikh Zayed (2). Les Émiratis possèdent un grand nombre de biens culturels que ne connaît pas le reste du monde. C’est ce que nous essaierons de montrer, mais en restant toujours centrés sur l’action de Cheikh Zayed, d’où le nom du musée. Notre pays a l’ambition de montrer l’art venant d’ailleurs, mais aussi d’exposer sa propre culture. Il s’agira vraiment d’un endroit dédié aux échanges culturels.

Vous allez aussi lancer une biennale à Abou Dhabi, alors qu’il en existe déjà une dans l’émirat voisin de Charjah. Votre but est-il de lui faire concurrence ?
La biennale est une composante majeure du quartier culturel de l’île Saadiyat. Nous l’avons pensée comme une entité structurante de l’ensemble. Nous voulons qu’elle devienne l’une des meilleures au monde. Nous souhaitons beaucoup de succès aux projets similaires [existants] ailleurs dans le monde, mais nous voulons que le nôtre soit l’un des tout premiers.

Aura-t-elle lieu simultanément à la Biennale de Charjah ?
Ce sera une biennale permanente. Les détails seront connus ultérieurement parce que nous travaillons projet après projet. Nous nous sommes d’abord concentrés sur le Guggenheim, nous lançons aujourd’hui le Louvre-Abou Dhabi, et ensuite nous travaillerons sur les autres musées. Tout ne sera pas construit en un jour.

Quel musée ouvrira le premier  ?
Nous allons commencer avec le Guggenheim-Abou Dhabi en 2008, qui sera achevé en 2013. Le Louvre-Abou Dhabi sera terminé avant, en 2012. Le chantier du Guggenheim sera lancé le premier parce que la structure de l’architecture de Frank Gehry est plus longue à bâtir

Notes

(1) lire p. 3 et le JdA no 249

(2) Cheikh Zayed (vers 1918-2004) a été le fondateur (en 1971) et le dirigeant de la fédération des Émirat arabes unis.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°255 du 16 mars 2007, avec le titre suivant : Bassem Terkawi, porte-parole de l’agence de développement du tourisme à Abou Dhabi

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