Après l’incendie, quel avenir pour le Frac Corse ?

Le Journal des Arts

Le 7 décembre 2001

Les deux tiers de la collection du Frac Corse, situé à Corte, sont partis en fumée, le 6 novembre dernier, lors d’un incendie qui a ravagé la totalité du bâtiment constituant les réserves. Ce sinistre, dont on ignore encore s’il est d’origine accidentelle ou criminelle, vient remettre douloureusement en lumière un sujet souvent occulté : le mauvais entretien des bâtiments abritant les Frac et leurs collections.

CORTE - Michelangelo Pistoletto, Dan Flavin, Richard Baquié... La liste est longue de ces artistes (lire le JdA n° 137, 23 novembre 2001) dont une ou plusieurs œuvres ont disparu dans l’incendie, permettant à la fois de mesurer l’immense richesse de ce fonds et l’étendue de sa perte. Constituée depuis 1986, par la Collectivité territoriale de Corse (CTC) en partenariat avec le ministère de la Culture, la collection du Frac Corse réunissait un ensemble d’œuvres majeures, issues des courants artistiques les plus marquants de la deuxième moitié du XXe siècle, comme ceux de l’Arte povera, ou de l’Art conceptuel. Outre son caractère muséal, elle réunissait également un bel ensemble d’œuvres des années 1980. Sur les 153 pièces constituant le fonds, les deux tiers ont ainsi été détruites dans l’incendie. Dénoncé depuis plusieurs années, l’état de vétusté du hangar qui abritait les œuvres pourrait être directement mis en cause, même si l’on ignore encore les causes réelles de l’accident. Les appels et cris d’alarme lancés de façon récurrente par de nombreux directeurs de Frac, de centres d’art, et d’institutions culturelles en général, sur les problèmes d’entretien de leur structure, résonnent d’un nouvel écho, qui saura, l’espère-t-on, émouvoir les pouvoirs publics en charge de leur bon fonctionnement. Si le Frac Corse n’a peut-être pas vocation à prendre valeur d’exemple, sa situation n’en demeure pas moins significative. La CTC et le ministère de la Culture, qui ont annoncé leur intention de soutenir l’action du Frac en allouant des aides spécifiques, ne feront sans doute pas l’économie d’une réflexion de fond sur leur engagement par rapport à ces structures. Si “à toute chose malheur est bon”, les plus optimistes voient dans ce sinistre une opportunité d’engager une discussion, sans cesse éludée, que l’urgence conduit enfin à mener. Les aménagements prévus pour le Frac depuis deux ans dans le plan de développement de la Corse pourraient ainsi bénéficier d’une impulsion nouvelle. Par ailleurs, un certain nombre de questions se posent : faut-il tenter, même de façon lacunaire, de reconstituer la collection dans un esprit proche de celui qui a présidé à ces débuts ? Les artistes, dont des œuvres ont disparu, seront-ils sollicités pour “refaire” une pièce lorsque cela est possible (retirage photo, vidéo) ? Un comité d’experts sera sans doute prochainement diligenté pour répondre à ces interrogations.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°138 du 7 décembre 2001, avec le titre suivant : Après l’incendie, quel avenir pour le Frac Corse ?

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