Vendredi 20 septembre 2019

Un nouveau rapport épingle les conditions de travail des ouvriers sur le chantier du Louvre Abou Dhabi

Par Ismène Bouatouch · lejournaldesarts.fr

Le 6 mai 2014 - 699 mots

ABOU DHABI (EMIRATS ARABES UNIS) [06.05.14] – Invité par les autorités d’Abou Dhabi, le Gulf Labor, un groupe d’artistes internationaux, a publié le 2 mai 2014 un rapport sur les conditions de vie et de travail des ouvriers sur l’île de Saadiyat. Le rapport met notamment en évidence un surendettement des ouvriers dû à des « frais de recrutement » que les salaires, bien trop bas, ne permettent pas de rembourser.

Le Gulf Labor, un collectif d’artistes qui lutte en faveur des droits des ouvriers immigrés engagés sur les chantiers des musées de l’île de Saadiyat, a publié un rapport le 2 mai 2014. Ce rapport fait suite à l’invitation en mars 2014 par le TDIC (Tourism and Development & Investment Company), une agence d’Etat, à visiter le Saadiyat Accomodation Village (SAV), un camp de travailleurs, ainsi que les chantiers des musées du Louvre et du Guggenheim.

Des ouvriers mis à l’écart de la société dont ils sont les bâtisseurs
Lors de sa visite du SAV le 17 mars 2014, le Gulf Labor a constaté que le camp des ouvriers était complètement isolé du reste de l’île, séparé de la route par deux kilomètres de chemins de terre. Les ouvriers se sont notamment plaints de la nourriture, qui les « met dans un état de somnolence », ainsi que de dégâts des eaux dans les salles de bains. Malgré tout, le Gulf Labor a noté la présence de nombreuses commodités rarement observées dans les autres camps de travailleurs des Emirats Arabes Unis : une salle avec télévision, un gymnase et une librairie.

Des salaires trop bas
Le salaire des ouvriers travaillant sur l’île de Saadiyat est compris entre 650 et 900 DEA (Dirham des Emirats Arabes Unis) par mois. Ces travailleurs gagnent donc entre 127 et 176 euros par mois pour des journées de 10 à 12 heures, six jours par semaine. Selon le Gulf Labor, les ouvriers œuvrant sur le chantier du Louvre Abou Dhabi auraient un salaire compris entre 750 et 800 DEA, soit entre 147 et 157 euros par mois. Le rapport mentionne qu’une hausse des salaires de 20 %, promise par la société de construction Arabtec en mai 2013 après un mouvement de grève, n’a jamais été concrétisée. Pour loger leurs employés au SAV, les sociétés doivent régler à la TDIC un montant compris entre 42 et 66 DEA par jour (entre 8 et 13 euros). Les entreprises versent alors 196 à 312 euros par mois à la TDIC, soit bien plus qu’elles ne payent leurs ouvriers.

Des ouvriers surendettés
Pour venir travailler à Abou Dhabi, les ouvriers sont obligés de passer par des intermédiaires. Appelés « agents », ceux-ci réclament des « frais de recrutement » qui, selon les témoignages, peuvent aller jusqu’à 2 700 euros. A cette somme s’ajoutent les montants du visa et du billet d’avion, censés être pris en charge par le nouvel employeur, mais que l’ouvrier se retrouve à payer dans la plupart des cas. Les immigrés se voient souvent dans l’obligation de mettre en gage des terres familiales en attendant de pouvoir rembourser leurs dettes. Un homme originaire du Bengladesh a confié au Gulf Labor qu’il n’était toujours pas parvenu à régler ses frais de recrutement en 3 ans, et qu’il s’apprêtait à perdre ses terres, ce qui est manifestement le cas pour de nombreux autres travailleurs.

Les recommandations du Gulf Labor
Le Gulf Labor a demandé aux entreprises de payer à chacun des ouvriers étrangers engagés sur le chantier du Guggenheim Abou Dhabi des « frais de relocalisation » qui leur permettraient de couvrir le coût de leurs visas et billets d’avion, ainsi que le montant de leurs « frais de recrutement ». « Les travailleurs qui construisent les plus luxueux bâtiments de la région devraient pouvoir offrir leurs services sans subir la pression d’une dette si élevée », a expliqué le groupe, qui estime que les « frais de relocalisation » devraient être de 2000 dollars (environ 1500 euros). Le Gulf Labor incite également la TDIC à instaurer sur l’île de Saadiyat un « salaire de subsistance », c'est-à-dire un salaire convenable pour un mode de vie décent et nécessaire à une plus grande autonomie des ouvriers.

Légende photo

Chantier du Louvre Abou Dhabi - mars 2014 - © photo TDIC

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