Mardi 18 décembre 2018

Toutankhamon

...l’or pour l’éternité

L'ŒIL

Le 1 mai 2004 - 1308 mots

Le musée des Antiquités classiques de Bâle crée l’événement en présentant cent vingt pièces issues des tombes de la vallée des Rois, dont une cinquantaine qui proviennent de celle du pharaon Toutankhamon (vers 1333-1324 av. J.-C.). Des œuvres étincelantes qui n’avaient pas quitté le musée du Caire depuis plus de vingt ans et qui ne seront plus visibles en Europe avant longtemps.

L’engouement et la fascination qu’exerce aujourd’hui l’évocation de Toutankhamon s’expliquent d’abord par l’histoire de la découverte de son tombeau dans la vallée des Rois en 1922 et par la richesse du trésor que les archéologues y ont trouvé, le seul à avoir été entièrement préservé du pillage. Toutankhamon (vers 1333-1324 av. J.-C.) ne règne que neuf ans, meurt entre seize et dix-huit ans sans laisser l’empreinte d’un grand roi. Cette exposition rassemble d’une part une cinquantaine de pièces majeures de sa sépulture – dont certaines n’ont jamais quitté le musée égyptien du Caire où elles sont conservées –, d’autre part un ensemble d’objets provenant d’autres tombes, notamment celle de Touya et Youya (ill. 13), les beaux-parents d’Aménophis III, mise à jour en 1905, et celles d’Aménophis II (vers 1428-1397 av. J.-C., ill. 12, 14) et de Thoutmôsis IV (vers 1397-1387 av. J.-C.), fils d’Aménophis II et père d’Aménophis III. Les précédentes manifestations consacrées à Toutankhamon – à Paris en 1967, à Londres en 1972, en Allemagne en 1980-1981 – se concentraient uniquement sur son trésor funéraire. L’idée de cette exposition conçue par André Wiese – conservateur de la section d’égyptologie du musée des Antiquités classiques de Bâle et Collection Ludwig – est d’élargir le propos en replaçant la tombe du jeune roi dans le contexte des rituels funéraires de l’Égypte du Nouvel Empire et de montrer comment était aménagée une tombe royale, ce qui la distingue de celle d’un autre dignitaire. Le parcours se termine d’ailleurs par une reconstitution de la chambre funéraire de Toutankhamon. Une tombe royale renferme des éléments très divers : la partie funéraire elle-même, comprenant le sarcophage, les cercueils, les coffres à canopes, la momie, les amulettes, les statuettes de divinités et de rois (ill. 9, 5), des objets magiques et des objets de culte. Mais aussi des objets usuels, des meubles (ill. 10), des insignes de pouvoir, des armes, des vêtements et des textiles, des bijoux et des ustensiles de toilette (ill. 7). Enfin, la nourriture, les huiles à onction, destinées à la vie quotidienne du défunt qui ne doit manquer de rien dans l’au-delà.

Voyage dans le monde souterrain
Toutes les œuvres présentées dans l’exposition ont été exhumées de tombes royales de la XVIIIe dynastie (vers 1550-1291 av. J.-C.), période de grande prospérité en Égypte ; une dynastie dont il existe, comme pour celle qui la précède, de nombreux témoignages : sculptures, papyrus, tombes peintes constituent autant d’informations sur la vie quotidienne de l’Égypte pharaonique. À partir de Thoutmôsis Ier, tous les rois du Nouvel Empire sont enterrés au nord-ouest de Thèbes, au pied de la montagne d’El-Gourna, au plus profond de la falaise. Ces tombes sont décorées de peintures le plus souvent inspirées du Livre de l’Amdouat (Livre de la salle cachée), qui guide le défunt vers l’au-delà et décrit le voyage nocturne du dieu Soleil dans le monde souterrain. Durant l’Ancien Empire, les Égyptiens croient en un ailleurs céleste, tandis que les croyances du Nouvel Empire sont tournées vers la promesse d’un au-delà souterrain, comme en témoignent les décors peints et le mobilier funéraire royal de cette époque.

Après les fouilles de Victor Loret en 1898 – découvertes des tombes de Thoutmôsis II, d’Aménophis II et de Maïherperi – et de Theodore M. Davis entre 1903 et 1912 – tombes de Thoutmôsis IV, de Youya et Touya, d’Horemheb –, on considérait qu’il n’y avait plus rien à trouver dans la vallée des Rois. Alors que l’égyptologue Howard Carter et son mécène Lord Carnarvon s’apprêtent à renoncer à leurs recherches, le second décide de financer une dernière saison de fouilles, certains indices trouvés avant eux par Théodore M. Davis laissant penser que la tombe de Toutankhamon pouvait encore être découverte. C’est en contrebas de la tombe de Ramsès VI qu’ils décèlent le 4 novembre 1922 l’entrée d’une autre tombe et la première marche d’un escalier taillé dans la roche, entièrement recouvert de gravats. « Ce devait être notre dernier automne dans la vallée. Nous y avions passé six saisons pleines […] sans rien trouver […]. Nous nous tenions presque pour vaincus et nous préparions à quitter la vallée pour aller tenter notre chance ailleurs. Et ce jour-là, à peine avions-nous donné le premier coup de pioche que nous faisions une découverte qui surpassait nos rêves les plus fous », raconte Howard Carter dans son rapport officiel. La tombe a certes été visitée par des voleurs – des passages ont été rebouchés – mais elle n’a pas été pillée. Du fait de l’exiguïté de l’endroit, les objets sont amoncelés, entassés dans les différentes pièces qui composent la sépulture (un couloir, puis l’antichambre, la chambre funéraire, la chambre du trésor et une annexe). Dix années ont été nécessaires à l’extraction et à l’étude de son contenu, à le répertorier et le déplacer. L’analyse du trésor de la tombe de Toutankhamon constitue le point de départ des recherches sur le mobilier funéraire du Nouvel Empire. Le pharaon a été enterré dans une tombe exiguë conçue pour un membre d’une famille royale et transformée pour devenir une sépulture de roi, au milieu d’objets qui ne lui étaient sans doute pas tous destinés. La chambre mortuaire est ornée d’une décoration qui évoque la course du soleil, le voyage de Toutankhamon dans le monde souterrain. La majorité des objets découverts sont en or, le trésor s’avérant d’une richesse disproportionnée pour un jeune homme qui n’était pas un grand roi. Quoi qu’il en soit, les éléments trouvés correspondent à d’autres découvertes faites précédemment – à l’époque amarnienne, précédant le règne de Toutankhamon – ou plus tard, dans d’autres tombes royales. Dans la sépulture de Toutankhamon, l’or est omniprésent, symbole du soleil qui doit illuminer le roi pour le rendre à la vie. Les trésors déposés dans les tombes garantissent une vie après la mort, une tombe royale sous le Nouvel Empire est envisagée comme la reproduction du monde de l’au-delà. L’or n’est pas utilisé pour sa valeur et sa rareté, mais parce qu’aux yeux des Égyptiens, il est « la chair des dieux ». Malgré leur splendeur, les objets n’ont pas été créés dans un but de contemplation, mais d’accompagnement du défunt, les artistes étant d’abord des artisans au service de celui-ci.

Si le célèbre masque mortuaire du pharaon n’a pu être déplacé – il ne quitte plus le territoire égyptien –, le parcours de l’exposition bâloise présente nombre de chefs-d’œuvre, parmi lesquels un pectoral de Toutankhamon (ill. 8) le roi entre les divinités Ptah et Sekhmet et le diadème royal de Toutankhamon (ill. 4) qui était placé sur la tête de la momie, seule couronne découverte dans la sépulture. Sans oublier son cercueil à viscère (ill. 1), en or incrusté de verre et de pierres semi-précieuses. Issus de la tombe de Touya et Youya, le masque en cartonnage de la momie de Touya (ill. 16), recouvert d’or, ainsi que le coffret à bijoux de Touya (ill. 15), en bois doré et incrusté de faïence bleue, figurent parmi les pièces les plus marquantes de l’exposition. Tout comme le trône de la princesse Satamon (ill. 17), en bois foncé incrusté de feuilles d’or, retrouvé dans cette même sépulture.

L'exposition

L’exposition « Toutankhamon, l’or de l’au-delà » est ouverte du 7 avril au 3 octobre, tous les jours de 9 h à 19 h. Prix d’entrée : 28 FS (env. 17,5 euros). Réservations et visites guidées : tél. 41 800 22 00 33, www.tutankhamon.ch BÂLE, musée des Antiquités classiques, St. Alban-Graben 5, tél. 41 61 271 22 02, www.antikenmuseumbasel.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°558 du 1 mai 2004, avec le titre suivant : Toutankhamon

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