Mercredi 12 décembre 2018

Vénérable mais pauvre

La Royal Photographic Society en quête de fonds publics

Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2000 - 626 mots

Fondée en 1853, la Royal Photographic Society britannique est à un tournant de son histoire. Pour la première fois de son existence, elle doit bénéficier de subventions publiques condition sine qua non à sa survie et à la réalisation de ses projets, dont son déménagement à Devizes, dans le Wiltshire.

LONDRES (de notre correspondant) - “Nous sommes solvables, nous n’allons pas déposer le bilan au cours des douze prochains mois”, affirme Barry Lane, secrétaire général de la Royal Photographic Society (RPS). Depuis son déménagement à Bath en 1982, la RPS connaît pourtant de nombreux problèmes financiers. Plusieurs expositions déficitaires ont englouti les recettes provenant des cotisations de ses quelque 10 000 membres. Son déficit annuel, qui se chiffre à plusieurs centaines de milliers de francs depuis une vingtaine d’années, a entamé des réserves estimées à un demi-million de livres (environ 5 millions de francs). En 1998, une étude réalisée par un organisme indépendant a conclu qu’il n’était pas possible d’assurer la bonne santé financière d’un grand centre d’expositions sans financements publics, manne, dont la Society, fondée en 1853 par le photographe de la guerre de Crimée, Roger Fenton, n’a encore jamais bénéficié. Elle est pourtant une des pierres angulaires de la photographie. Sa collection comprend de nombreux témoignages de l’histoire de la technique, des expériences de Niépce et de Fox Talbot, aux épreuves de photographes contemporains, en passant par des classiques, tels des clichés de Steichen. Pour Barry Lane, “la collection de la Society retrace son histoire”. Mais il admet ne pas connaître la teneur réelle d’un fonds qui, après un examen récent d’un échantillon représentant 10 % des boîtes d’archives, est estimé à 300 000 pièces. Sans parler des albums, livres, lettres, notes, journaux et appareillages, contemporains de ces tirages.

Pour faire une place à ce trésor, le conseil d’administration a finalement décidé d’abandonner son bâtiment à Bath. La RPS souhaite faire de ses adhérents une priorité en décentralisant ses services, et trouver un partenaire pour reloger sa collection dans les meilleures conditions. La gestion d’un espace d’exposition propre n’étant pas viable, elle entend organiser une ou deux grandes expositions annuelles qui voyageraient dans tout le pays. Devizes, dans le Wiltshire, pourrait devenir le nouveau siège de la société “Cette décision s’inscrit dans un projet à long terme, lancé il y a plus de trois ans”, explique Barry Lane, nous ne quitterons pas Bath avant juillet 2001. Le conseil régional du Wiltshire a accepté d’être notre partenaire. Il nous propose 10 millions de livres (environ 110 millions de francs) afin de créer un centre de recherches ouvert au public.” Mais la décision la plus importante concerne le financement de la RPS qui a déposé un dossier au Heritage Lottery Fund (HLF), le fonds de la Loterie pour le Patrimoine, à la fin du mois de juin. Par cette démarche, la Society espère obtenir 100 000 livres pour mener à bien les études techniques nécessaires, accompagnées des plans architecturaux détaillés et des évaluations financières. “Cela nous permettra de savoir si le HLF est prêt, à long terme, à nous soutenir dans notre grand projet.” La réponse est attendue pour janvier.

“Nous continuerons d’assurer tous les services proposés à nos membres, le HLF nous a déjà accordé une allocation de 60 000 livres (environ 660 000 francs). Nous pourrons ainsi identifier, nettoyer, conditionner et cataloguer les pièces de notre collection avant de quitter Bath. Nous poursuivrons également nos efforts pour monter des expositions itinérantes, dans le cadre de notre projet”, rajoute Barry Lane. Si le HLF répond favorablement à sa demande et apporte son soutien, la RPS espère, au cours des trois prochaines années, pouvoir offrir à sa collection de nouveaux locaux où elle sera pour la première fois conservée, stockée et accessible dans de bonnes conditions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°114 du 3 novembre 2000, avec le titre suivant : Vénérable mais pauvre

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