Samedi 24 février 2018

Vaste programme pour le Prado

Le musée madrilène accélère son extension et sa métamorphose

Le Journal des Arts

Le 13 février 2009

Le Prado poursuit son plan de rénovation muséographique, sous l’égide de son directeur Fernando Checa. L’été dernier, le musée madrilène avait mis en valeur la sculpture classique, avec six nouvelles salles de marbres antiques. Aujourd’hui, mille mètres carrés de surface d’exposition, gagnés sur les combles, viennent d’être consacrés à la peinture européenne du XVIIIe siècle, donnant enfin une véritable cohérence à cette période.

MADRID (de notre correspondant) - Le Prado s’enrichit de dix nouvelles salles – huit de peintures, une de dessins, une de sculptures –, dans la partie nord du palais Juan de Villanueva. Dessinées par l’Espagnol Gustavo Torner, qui a opté pour l’éclairage zénithal et pour de nouvelles couleurs aux murs, elles présentent des œuvres longtemps inaccessibles au public. Plusieurs parcours sont proposés, par écoles – française, italienne, allemande et anglaise – et par genres. Une section est consacrée à la sculpture, une autre aux œuvres graphiques. Ces dernières, disposées dans l’unique salle à plan circulaire du musée, seront présentées par rotation, pour des raisons de conservation. La peinture européenne du XVIIIe siècle est pour la première fois accrochée de façon cohérente. Panneaux, cartels et brochures forment un ensemble d’informations renouvelé, plus riche et complet que dans les autres départements du Prado.

Un projet ambitieux
Cet agrandissement constitue le premier signe tangible de la réalisation du programme élaboré par la direction du musée et sanctionné par une loi, approuvée en avril dernier. Ce plan d’extension des espaces d’exposition et de réorganisation des collections semblait être au point mort depuis quelques années. Un accord avec l’Archevêché – qui a finalement cédé au Prado le cloître de Los Jeronimos – vient de débloquer une situation aggravée par la succession de trois directeurs différents entre 1991 et 1996.

Le projet de Fernando Checa prévoit de nombreuses interventions architecturales. La réfection des toitures du palais Juan de Villanueva, l’édifice principal, sera poursuivie. Le Casón del Buen Retiro restera consacré à la peinture espagnole du XIXe siècle, mais il sera temporairement fermé pour complète restructuration afin d’augmenter l’espace d’exposition. De même, le Musée de l’Armée doit être réaménagé pour redéployer les collections par thèmes. Un nouveau bâtiment, qui accueillira les expositions temporaires, le laboratoire de restauration et d’autres services, sera construit dans l’enceinte du cloître de Los Jeronimos et relié par un souterrain au palais de Villanueva. Enfin, les activités administratives, commerciales et de service, seront transférées dans le palais d’Aldeasa, libérant ainsi totalement Villanueva pour les collections permanentes.

Une présentation pédagogique
Variées en raison de leur provenances diverses – collections royales, dons et, à partir du XIXe siècle, acquisitions –, les collections seront présentées chronologiquement, dans un esprit pédagogique. Les séries importantes de Vélasquez, Ru­bens et Goya seront particulièrement mises en valeur. Au rez-de-chaussée, seront exposées la peinture médiévale espagnole et flamande, celle de la Renaissance et les sculptures, de la Re­naissance au Classicisme. Le premier étage réserve une place majeure au XVIIe siècle espagnol, mais aussi à Rubens. Fernando Checa cherchera surtout à replacer la peinture espagnole dans le contexte européen, et à donner une vision générale de l’histoire de l’Espagne et du Prado.

Au cours de cette ambitieuse transformation du musée madrilène, dont on ignore encore la durée totale, d’importantes expositions sont prévues. La première, “Philippe II, prince de la Re­naissance”, se tiendra du 14 oc­tobre à janvier 1999. En 1999, à l’occasion du quatrième centenaire de la naissance de Vélas­quez, une grande rétrospective présentera l’activité italienne et espagnole du peintre de Séville, tandis qu’une exposition parallèle montrera la peinture officielle, avec Rubens et Van Dyck. Sui­vront, en 2000, “Caravage”, organisée en collaboration avec Rome, et “Charles Quint”.

Deux corollaires à ce programme ambitieux ne manqueront pas de susciter quelques polémiques. D’une part, des toiles de la seconde moitié du XVIIe siècle seront données en dépôt à l’Église, en échange de la cession du cloître de Los Jeronimos au musée. D’autre part, le Prado “prélèvera à titre définitif” des peintures et sculptures du XIXe siècle, actuellement réparties dans différents offices et musées de province.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°54 du 13 février 1998, avec le titre suivant : Vaste programme pour le Prado

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