Une villa au pays d’Arcadie

Les länder de l’ex-RDA veulent mettre en valeur leurs richesses culturelles

Le Journal des Arts

Le 10 septembre 2008

Abandonnée dans les années quatre-vingt, la restauration de la villa Luisium vient d’être menée à terme grâce aux efforts conjugués de l’État allemand et du Land de Saxe-Anhalt. Cette opération s’inscrit dans la politique de mise en valeur de leur patrimoine par les régions de l’ex-RDA.

DESSAU - Au XVIIIe siècle, le prince Léopold III, Friedrich Franz von Anhalt-Dessau, avait édifié sur les basses terres de l’Elbe, à l’est de Dessau, un véritable “royaume du jardin” dont la villa Luisium n’était pas le moindre ornement. Construite entre 1774 et 1778 par l’architecte anglophile Friedrich Wilheim von Erdmannsdorff pour Luise, l’épouse de Léopold, elle vient de rouvrir ses portes. Cette demeure toute simple, qui s’inscrit dans un cube de 12 mètres de côté, est située dans un paysage arcadien agrémenté de ruines et de folies, en surplomb d’un lac. La princesse pouvait aller s’y reposer, échappant ainsi au défilé incessant des visiteurs venus admirer la résidence beaucoup plus imposante de son époux, véritable “œuvre d’art totale” près de Wörlitz. Récemment, les recherches entreprises pour la restauration de la villa ont révélé combien Luise – fille du margrave de Brandenburg-Schwedt et nièce de Frédéric le Grand – s’était personnellement impliquée dans la décoration. Soigneusement restaurée par des artisans berlinois, celle-ci comprend des peintures allégoriques des vertus féminines, ainsi que certains spécimens de fruits, de légumes et de fleurs que la princesse cultivait dans ses jardins. D’autres salles sont d’inspiration italienne. Des grotesques largement empruntés aux Loges de Raphaël au Vatican, 1772-1777 d’Ottaviani – ouvrage dont Friedrich Franz possédait quatre exemplaires –, encadrent des panneaux inspirés des Antiquités étrusques… par d’Hancarville (1766-1776). Des gravures sépia d’après Angelika Kaufmann rappellent la première rencontre de l’artiste avec la princesse à Londres, en 1775. Elles devaient se revoir lors du Grand Tour de Luise en Italie, en 1795-1796, quand elle fit l’acquisition du Cupidon et Psyché par Kaufmann pour la villa Luisium. Le tableau appartient aujourd’hui à la collection du Kunsthaus de Zurich, et le musée souhaitait le prêter pour la réouverture. Malheureusement, son format s’est révélé trop grand : pour le faire entrer dans la villa, il aurait fallu rouler la toile.

La fin de l’abandon
En 1918-1919, le gouvernement d’Anhalt et la famille Anhalt ont créé une fondation pour la sauvegarde de la propriété princière, qui s’étendait alors sur plus de 4 000 hectares. Les bâtiments ont été peu endommagés par la guerre mais, en 1975, la villa Luisium a dû être fermée au public en raison d’importantes infiltrations d’eau par le toit. Les travaux de restauration ont avancé lentement, puis furent abandonnés au milieu des années quatre-vingt. Après la réunification, la Kulturstiftung Dessau Wörlitz a été constituée afin de poursuivre les objectifs de la première fondation, mais à une échelle très réduite : en effet, le domaine de Wörlitz Oranienbaum et la villa Luisium ne représentent plus que 165 hectares. Deux directeurs ouest-allemands se sont succédé en coup de vent à la tête de la fondation, mais l’actuel directeur Thomas Weiss, arrivé de Bavière en 1994, a réussi à mettre en œuvre une stratégie originale permettant la restauration des éléments les plus importants et le réaménagement du parc, de nouveaux programmes de recherche, l’organisation de séminaires internationaux et d’expositions sur différents thèmes, comme la magnifique collection Wörlitz de porcelaine Wedgwood. Thomas Weiss est aussi à l’origine du Festival international du jardin qui a lieu chaque année à Oranienbaum – le prochain aura pour thème l’Angleterre.

La restauration de la villa Luisium est la dernière opération en date du projet lancé par les nouveaux gouvernements fédéraux pour mettre en valeur leurs richesses culturelles, inaccessibles pendant de longues années au tourisme international et marginalisées par la prépondérance de l’industrie lourde. Le Land de Saxe-Anhalt et le gouvernement fédéral de Bonn ont chacun financé pour moitié ce projet de 4,6 millions de deutschemarks (15,4 millions de francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°67 du 25 septembre 1998, avec le titre suivant : Une villa au pays d’Arcadie

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