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Une muséographie profondément transformée

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 27 février 2020 - 697 mots

AMIENS

Les travaux ont permis de rendre de nouveau accessibles les salles du premier étage fermées depuis dix ans et de redéployer la collection de peintures. L’art contemporain en profite pour faire son entrée.

Amiens. Si les couleurs originelles retrouvées du Musée de Picardie vont surprendre les visiteurs, dès le 1er mars, à l’intérieur de ses murs, une petite révolution s’est également produite durant les trois années de fermeture de l’institution. Sous la houlette de Laure Dalon, directrice des musées d’Amiens, l’équipe scientifique a mené une réflexion pointue sur les collections et leur histoire.

Le visiteur bénéficie désormais, dans l’ensemble du musée, de cartels détaillés enrichissant le discours sur les œuvres présentées, un travail à la fois de fourmi et de titan pour les deux conservateurs (l’un spécialiste d’archéologie, l’autre du Moyen Âge) qui épaulent la conservatrice. Arrivée à la tête des musées d’Amiens en février 2017, Laure Dalon connaissait déjà bien les collections amiénoises pour avoir été conservatrice en charge des collections beaux-arts au musée de 2009 à 2012.

La jeune femme a dû concevoir un parcours cohérent à partir de noyaux forts mais éclectiques, et un accrochage à même d’attirer et de séduire un visiteur contemporain avec un très riche fonds de peintures d’histoire du XIXe, le plus souvent de format monumental. Et surtout, révéler la richesse des collections de peintures du premier étage, fermé au public depuis une décennie.

Ce premier étage est une vraie découverte : au fil des grandes galeries et des salons d’angle si chers à la définition du palais des arts du XIXe siècle, la conservatrice a aménagé des séquences thématiques au sein d’un parcours chronologique clair. Sur 2 000 m2, la peinture du XVe siècle à nos jours se déroule à travers 600 toiles (dont 200 ressorties des réserves), avec des visages connus ou anonymes guidant le visiteur dans son parcours. À la préciosité des Puys d’Amiens (voir ill.), œuvres commandées aux XVIe et XVIIe siècles pour la cathédrale Notre-Dame, répond la sobriété du Portrait du pasteur Herman Langelius par Franz Hals (vers 1660). L’extravagance des Chasses exotiques de Louis XV, ensemble de panneaux décoratifs conçus dans les années 1730 pour la Petite Galerie du roi à Versailles, tranche avec la touche virtuose de Fragonard et sa Tête de vieillard (vers 1766).

Une mise en scène du « Radeau de la Méduse »

Au milieu du parcours, Le Radeau de la Méduse : pas l’original, bien sûr, mais une copie de belle facture commandée par l’État, inquiet de l’état de conservation de l’œuvre de Géricault en 1859. Sortie des réserves et restaurée, la toile monumentale aux dimensions de l’originale impressionne et sert les jeux de regards élaborés par la directrice. Les corps nus entrelacés font écho à L’enlèvement des Sabines, puissante toile d’Émile Bernard (1926). Également mis en regard dans le parcours, Les deuillants à Étaples de Francis Tattegrain (vers 1885) résonne de manière poignante avec le naufrage de la Méduse.

En rez-de-chaussée, les salles médiévales et celle consacrée à la sculpture ont peu bougé. La statuaire médiévale a été enrichie d’éléments lapidaires de la cathédrale, qui fête cette année ses 800 ans. Un fragment du jubé, daté des années 1300, est venu enrichir les collections du musée en 2019.

L’art contemporain s’immisce dans le musée

Au registre des sculptures, un nouvel entrant : la statue en bois restaurée L’homme sur sa bouée, du sculpteur allemand Stephan Balkenhol, a été sorti de la Somme où il était installé depuis 1993. Cette intrusion du contemporain dans une salle consacrée à la sculpture de salon du XIXe siècle réjouit et esquisse l’un des chemins que souhaite prendre la directrice. À l’été prochain, un poste de conservateur d’art contemporain enrichira son équipe.

Avec le musée retourné vers l’arrière, la rotonde de Sol Lewitt, commandée en 1989, est devenue le point d’entrée du bâtiment : un fil contemporain que Laure Dalon compte bien tirer dans sa programmation.

Enfin, pour l’ouverture, le musée accueille une nouvelle célébrité : la Vénus de Renancourt, statuette gravettienne mise au jour à Amiens en 2019, sort des laboratoires de l’Institut national des recherches archéologiques préventives (Inrap) durant quelques mois avant d’y retourner pour la fin des études menées actuellement par l’institut.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°540 du 28 février 2020, avec le titre suivant : Une muséographie profondément transformée

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