Samedi 17 février 2018

Renaissance

Un Raphaël découvert ?

Le Journal des Arts

Le 28 septembre 2007

La découverte du monogramme « RAPH. V. » sur une toile en très mauvais état à Gubbio divise les experts sur son attribution à Raphaël.

GUBBIO (Ombrie) - Une toile inconnue de Raphaël vient d’être présentée au public à Gubbio, en Ombrie. Il s’agit d’un tableau exécuté par l’artiste au tout début du XVIe siècle pour la confrérie du Corpus Christi de Gubbio.
Il y a trois ans, commençait la restauration d’une toile en très mauvais état, retrouvée à Gubbio dans l’église de Santa Maria al Corso lors du déménagement du siège de la confrérie. Insérée dans un cadre en stuc du XVIIIe siècle, elle avait été décadrée et identifiée comme un étendard entièrement repeint sur ses deux faces entre 1550 et 1600. Le sujet est en rapport avec le nom de la confrérie, puisqu’il s’agit d’un Christ nu en pied, appuyé à la croix. De son flanc jaillit du sang qui est recueilli par un évêque agenouillé à sa gauche, vraisemblablement Ubaldo, le saint patron de Gubbio. À droite, également à genoux, se trouve saint François, désignant les stigmates. Au second plan, trois anges tiennent une tenture sur laquelle se détache la silhouette du Christ. À l’arrière-plan, on aperçoit des portions de paysage.
Les premiers tests réalisés sur la face restée cachée ont aussitôt révélé une matière picturale de grande qualité. Le motif décoratif sur la chape de saint Ubaldo représente deux oiseaux face à face avec des lettres entrelacées qu’un paléographe a identifiées comme formant l’inscription « RAPH. V. », autrement dit « Raphael Urbinas ». L’analyse picturale, réflectographique et stratigraphique, a montré qu’en dépit de son mauvais état de conservation le tableau présente des analogies remarquables avec des œuvres de jeunesse de Raphaël, en particulier L’Étendard de la Sainte Trinité (Pinacothèque municipale de Città di Castello) et les éléments épars du retable de saint Nicolas de Tolentino pour l’église San’Agostino à Città di Castello (1500-1501), considéré comme la première œuvre signée de Raphaël. Jusqu’ici, Città di Castello apparaissait comme la principale ville d’accueil de l’artiste, mais la découverte d’une œuvre à Gubbio ouvre d’intéressantes perspectives de recherches.
Gubbio était chère à la famille des Montefeltro, qui y fit bâtir un palais ducal et alla jusqu’à baptiser l’un de ses fils « Guidubaldo », du nom du saint patron de cette ville. Certains documents administratifs rédigés en Ombrie font état de Gubbio comme d’une ville où Raphaël « pouvait être payé ». Par ailleurs, le père de l’artiste, Giovanni Santi, ainsi que son élève, Evangelista da Pian di Meleto, et Raphaël lui-même étaient tous trois membres d’une confrérie du Corpus Christi à Urbino.
La restauration de l’œuvre est toujours en cours. L’autre face de l’étendard, non signée, pourrait être de la main du mystérieux Evangelista da Pian di Meleto, collaborateur régulier du jeune Raphaël. Giordana Benazzi, responsable des travaux de restauration, et le diocèse de Gubbio ont choisi de présenter cette œuvre au moment où se déroule l’exposition consacrée aux jeunes années de l’artiste à la National Gallery de Londres, et ce afin d’enrichir les recherches sur cette période. Ce tableau pourrait remettre en question l’importance de sa formation chez le Pérugin. Il présente des couleurs vives, des juxtapositions de rouge et de vert typiques du style du père de l’artiste et de Timoteo Viti. Cette œuvre, probablement exécutée entre 1498 et 1502, pourrait être la plus ancienne toile signée de Raphaël conservée à ce jour.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°204 du 3 décembre 2004, avec le titre suivant : Un Raphaël découvert ?

Tous les articles dans Patrimoine

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque