Samedi 26 septembre 2020

Musée - Patrimoine

La création verrière a son musée

Un nouveau musée du verre dans le Nord

La collection d’œuvres en verre de Sars-Poterie débutée au XIXe siècle prend enfin place au MusVerre, un nouvel écrin qui lui est totalement dédié

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 11 octobre 2016 - 816 mots

À l’étroit dans une ancienne maison de maître, le musée du verre de Sars-Poterie, renommé le MusVerre, s’est doté d’un nouvel édifice. Le bâtiment bien intégré dans le paysage est un écrin pour une collection d’environ 4 000 pièces, dont 800 « bousillés » fabriqués par les ouvriers de l’usine d’origine pendant leur temps de pause.

Cinquante ans après les prémices de sa constitution, la collection de verre de Sars-Poterie s’installe au MusVerre. Ouvert le 1er octobre dans cette commune de l’Avesnois, le nouveau Musée du verre réunit pas moins de 3 600 pièces, dont quelque 500 sont mises en scène dans une exposition permanente. L’histoire de cette collection aujourd’hui conséquente ne tient pourtant qu’à un fil. Celui que tissa un certain Louis Mériaux (1924-1997), curé de son état, arrivé en 1958 à Sars-Poterie, bourg dont les deux verreries phares ont été définitivement arrêtées en 1937 à la suite de plusieurs crises économiques. Avant cette fermeture, y œuvrèrent, pendant 130 années, quelque 800 ouvriers, soit, à l’époque, peu ou prou… la moitié de la population de Sars-Poterie. Pendant leur temps de pause, ceux-ci ont l’autorisation du patron – Henri Imbert – de façonner pour leur plaisir des objets en verre personnels, appelés les « bousillés », qu’ils offrent à leur famille ou aux amis.

En 1962, Louis Mériaux réussit à rassembler les fonds pour acquérir la maison de l’ancien patron des deux verreries, une demeure bourgeoise du XIXe siècle baptisée château Imbert, puis en 1967, convainc la population de prêter des « bousillés » pour les exposer. L’expérience se réitérera l’année d’après, puis la suivante. Une collection s’amorce, un musée du verre aussi. En 1976, Louis Mériaux installe, en outre, deux fours dans une grange et ouvre un atelier du verre, où d’anciens verriers viennent transmettre leurs savoir-faire et souffler des « néo-bousillés ». Ce dernier sera transféré, en 2001, dans un bâtiment de 1 200 m2 actuellement situé en contrebas du nouveau musée, où des artistes sont invités en résidence.

Des « bousillés » à la création contemporaine
En 1982, la collection connaît un tournant monumental. « Cette année-là, raconte Aude Cordonnier, directrice du Musverre, a eu lieu, à Sars-Poterie, un Symposium international du verre contemporain, le premier en Europe, un imposant colloque qui réunit 140 artistes verriers internationaux. On s’est alors rendu compte que le verre pouvait être un matériau de création autonome. Cela a complètement changé le destin de cette collection. » Celle-ci s’ouvre alors à la création contemporaine (123 artistes offrent illico une œuvre), un fonds qui ne cessera de grandir pour, aujourd’hui, dépasser allègrement le fonds dit « patrimonial ».

Nouveau tournant en 1994 : le département du Nord décide de prendre en charge le tandem musée et atelier du verre. Au château Imbert, les conditions de présentation et de conservation des œuvres ne sont pas optimales. Au fil du temps, germe l’idée de construire un nouveau musée. En 2004, un premier projet imaginé par l’architecte Christian Menu sera finalement abandonné. Cinq ans plus tard, un nouveau concours d’architecture est lancé, dont sortira lauréat Raphaël Voinchet, de l’agence W-Architectures (Toulouse/Tarbes/Paris), avec un bâtiment de 3 400 m2. La surface de l’exposition permanente affiche 1 000 m2, contre 300 m2 dans l’ancien « musée ». Coût des travaux : 14,9 millions d’euros (TTC), dont 2,25 millions d’euros de l’État.

Une collection originale et hétéroclite

La collection du Musverre de Sars-Poterie est l’une des plus importantes en Europe. Elle se compose de 800 « bousillés » – « dont seule la moitié est “montrable” » , précise la directrice du lieu, Aude Cordonnier – et 750 œuvres d’art datant des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, provenant d’artistes du monde entier, auxquels s’ajoutent 2 000 objets usuels, pièces produites jadis par les deux verreries sarséennes. Dans les trois salles du rez-de-chaussée, se déploient, façon cabinet de curiosités, les trois facettes de la collection : d’abord, les bousillés (1802-1937) – guéridons, sucriers, palets de marelle, épis de faîtage, « encriers-revanche »…– ; ensuite, la production semi-industrielle, illustrée par trois objets seulement (un vase Art déco, un broc en verre soufflé multicouche et un vase en argenture au mercure) ; enfin, la création contemporaine : panorama d’œuvres d’artistes verriers internationaux du milieu des années 1980, dont le Slovaque Josef Tomecko, l’Américain Harvey Littleton ou le Néerlandais Willem Heesen. Au rez-de-jardin, dans la grande salle baignée de lumière naturelle, ainsi que dans quatre alcôves plus intimistes, le visiteur pourra admirer une sélection de pièces contemporaines, dont une œuvre étrange signée par la Polonaise Marta Klonowska et intitulée Philip IV en chasseur. Jusqu’au 26 février 2017, l’espace Grand Angle ou salle d’exposition temporaire accueille une installation de l’artiste belge Ann Veronica Janssens constituée de panneaux de verre irisé « Magic Mirrors » et « Gaufrettes ». Quelques œuvres, enfin, sont disposées en plein air, le long du chemin de pierres bleues qui relie le musée à l’atelier du verre.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°465 du 14 octobre 2016, avec le titre suivant : Un nouveau musée du verre dans le Nord

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