Mercredi 17 octobre 2018

Art contemporain

Un nouveau lieu privé pour Bruxelles

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 18 juillet 2007 - 721 mots

Après avoir collectionné pendant trente ans en silence, Walter Vanhaerents dévoile son ensemble dans un espace à sa mesure

 BRUXELLES - Voilà trente ans que Walter Vanhaerents collectionne en toute discrétion. Au point que, sorti du sérail, peu de gens connaissaient son nom. « J’ai toujours eu besoin de recul pour collectionner, confie l’intéressé. J’aime qu’on me laisse regarder les choses tranquillement. J’aime faire mes propres choix, et non qu’un galeriste m’appelle en me disant qu’il a une pièce pour moi. C’est bien de faire une collection en silence. » Constructeur et entrepreneur immobilier de père en fils, Vanhaerents a d’abord emprunté des travées classiques, de Jacques Lipchitz à Lucio Fontana en passant par les inévitables vaches sacrées belges, Magritte et Delvaux. À la fin des années 1970, il découvre l’œuvre de Warhol, dont il achètera les œuvres jusqu’en 1986. Il adhérera aussi aux fils spirituels de l’Américain, Jeff Koons en tête. Côté belge, son regard se porte sur Wim Delvoye, Jan Fabre, Francis Alÿs et Jan de Cock. Un choix on ne peut plus éclectique ! « Je n’exclus rien, je ne cherche pas une ligne rigoureuse qui diminuerait la curiosité et la sensibilité », précise l’amateur. De 1988 à 1992, il finance une galerie, « Bruges la Morte », à Bruges, où il exposera notamment Juan Muñoz et Franz West. Cet interlude n’en fait pas pour autant un collectionneur marchand.
Bien que viscéralement secret, Vanhaerents songe dès la fin des années 1980 à créer un musée privé, d’abord à Bruges avant de prospecter du côté de Gand et d’Anvers. C’est finalement à Bruxelles qu’il achètera en 2000 un ancien lieu de stockage pour appareils sanitaires. Depuis mars, il y a installé une partie de sa collection, dont l’accrochage serait renouvelé tous les deux ans. « Un collectionneur accède à un statut particulier quand il ouvre un espace, admet Vanhaerents. Un livre doit se lire, une œuvre doit se voir. L’art ne doit pas être caché pendant des années dans des caisses. »

Nauman en maître
Si le collectionneur est low profile [modeste], son lieu, déployé sur trois étages, atteste en revanche d’une certaine ambition. Le goût pop et post-pop de Vanhaerents se confirme dès la première salle avec une pièce de Tom Sachs et trois sculptures de Takashi Murakami. Une certaine idée du chaos, incarnée notamment par deux sculptures de David Altmejd, sert aussi de fil conducteur à son accrochage. « J’ai eu du mal à laisser le désordre entrer dans ma vie car je suis perfectionniste, indique le collectionneur. Mais au moment où j’ouvre une caisse contenant une œuvre, je laisse entrer le chaos chez moi. » Dans le parcours dessiné par ses soins, certains artistes sont plus saillants que d’autres, comme Tom Friedman, Mark Handforth, Ugo Rondinone, Urs Fischer et surtout Bruce Nauman. Ce dernier trône au premier étage avec Four Part Large Animals. Cette pièce en suspension entame un dialogue étrange avec un cercle de chiens éclopés de Yoshimoto Nara. Ailleurs, c’est l’artiste Francesco Vezzoli qui rend hommage au maître américain en revisitant plusieurs de ses œuvres. Rondinone se réfère lui aussi à Nauman avec l’installation If There Were Anywhere But Desert, représentant un clown endormi. Un clown toutefois plus mélancolique que torturé. C’est cette facette désenchantée et poétique de Rondinone que découvre une série de photographies accrochées sur des palissades. Les clichés retracent le parcours d’une femme dans la forêt, tandis qu’une voix chevrotante chantonne : « Plus de liaison, plus de trahison ! »
Une sculpture de Katharina Fritsch représentant un marchand d’art avec un sabot, le pied du diable, fait sourire. Ou rire jaune puisque Vanhaerents a eu du fil à retordre avec certains galeristes, plus
attentifs aux méga-collectionneurs qu’aux anonymes. Le collectionneur n’a ainsi pu acquérir le tableau Eston de Daniel Richter chez David Zwirner qu’après un désistement de Bernard Arnault. « Je suis très souvent en deuxième ou troisième position, déplore-
t-il. J’ai voulu acheter un tableau de Jules de Balincourt, mais je n’y suis pas parvenu car la galerie a préféré la vendre à Saatchi. Il faut du coup chercher d’autres artistes, essayer d’être là avant les gros collectionneurs. » La nouvelle de l’ouverture de son espace s’étant répandue comme une traînée de poudre, nul doute que les galeristes lui feront désormais les yeux doux.

VANHAERENTS ARTCOLLECTION,

29, rue Anneessens, Bruxelles, tél. 32 2 511 50 77, www.vanhaerentsartcollec tion.com Ouvert deux samedis par mois sur rendez-vous, fermé en juillet-août.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°263 du 6 juillet 2007, avec le titre suivant : Un nouveau lieu privé pour Bruxelles

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