Vendredi 25 septembre 2020

Un musée pour les best-sellers

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 15 mai 2014 - 951 mots

« Boîte à bijou », le Mauritshuis qui rouvre ses portes aux Pays-Bas peut compter sur ses chefs-d’œuvre popularisés par la littérature et le cinéma pour attirer les visiteurs.

Le 27 juin, La Haye rouvre sa « boîte à bijoux », le Musée du Mauritshuis. Petit par la taille mais grand par sa collection, le Cabinet royal de peintures créé en 1822 vient de s’offrir un lifting attendu. Un chantier de rénovation et d’extension de deux ans devenu incontournable pour valoriser ses trésors et accueillir dans des conditions optimales un public de plus en plus nombreux. Il faut dire qu’au cours de la dernière décennie, le musée a nettement gagné en notoriété et en visibilité grâce à l’engouement des romanciers pour ses collections. En 2000, le monde entier découvre ainsi La Jeune Fille à la perle de Johannes Vermeer, à travers le roman éponyme de Tracy Chevalier, traduit en trente-six langues et vendu à plus de trois millions d’exemplaires. Ce dernier imagine la vie de Griet, servante dans la maison du peintre, que le maître initie aux secrets d’atelier et qui devient son modèle. Roman historique situé au Siècle d’or avec, en filigrane, un amour impossible ; le livre contenait tous les ingrédients d’un film à succès. Ce fut le cas trois ans plus tard, quand il fut adapté sur grand écran par Peter Webber avec Colin Firth aux pinceaux et, bien sûr, Scarlett Johansson pour porter la précieuse boucle d’oreille. Dès lors le tableau est devenu l’un des plus célèbres au monde, au point d’être rebaptisé « la Joconde du Nord ».

Une jeune fille à la perle en tournée internationale
« Le succès du livre, et surtout du film, a eu un impact très positif sur le musée ; depuis, le public vient essentiellement pour voir la Jeune Fille à la perle », reconnaît Emilie Gordenker, directrice du Mauritshuis. Cette popularité se manifeste dans la fréquentation du musée qui a augmenté régulièrement jusqu’à atteindre environ 260 000 visiteurs, et les responsables de l’établissement pensent même dépasser les 300 000 personnes après travaux. « Pendant la tournée internationale de nos chefs-d’œuvre, nous avons ressenti un intérêt fort et constant dans tous les pays où nous sommes passés, explique sa directrice. Cela devrait nous permettre de faire venir à La Haye un public plus important et plus international qui, jusqu’à présent, visitait presque exclusivement les musées d’Amsterdam. » Au cours des deux dernières années, le musée a effectivement pu mesurer sa popularité à l’étranger et, surtout, le statut d’icône de la Jeune Fille à la perle. Partout où elle passe, les foules se déplacent en masse : près de 1,2 million de personnes sont venues l’admirer au Japon, à Tokyo puis à Kobe, en six mois à peine. Pour drainer un public-fleuve, les organisateurs avaient mis en place une active campagne marketing qui exploitait notamment le filon cinématographique ; l’actrice Emi Takei, célébrité locale, a ainsi endossé le costume de la jeune fille pour faire des apparitions publiques très remarquées.

Le périple du tableau s’est ensuite poursuivi aux États-Unis et enfin en Italie, où il achève actuellement sa tournée à guichets fermés. Une véritable « Vermeermania » qui a permis à l’organisateur de l’exposition au Palazzo Fava à Bologne de vendre 100 000 billets avant l’ouverture de l’événement qui, en deux mois, a déjà attiré plus de 200 000 personnes dans un espace d’exposition de dimension pourtant modeste. Indéniablement, le public vient pour elle, le musée assume d’ailleurs son rôle d’ambassadrice puisqu’elle sert de support de communication. Elle figure bien sûr sur les affiches et sur une kyrielle de produits dérivés mais elle est aussi mise en avant dans le titre de l’exposition : à Bologne la manifestation s’intitule ainsi : « La Jeune Fille à la perle, le mythe du Siècle d’or, de Vermeer à Rembrandt, les chefs-d’œuvre du Mauritshuis ». Preuve supplémentaire de son pouvoir d’attraction, l’œuvre est exposée seule dans une salle qui lui est dédiée afin de canaliser la foule qui se presse autour d’elle.

La belle bientôt détrônée par la bête ?
Mais contre toute attente, la star devra peut-être bientôt partager la vedette avec une œuvre jusqu’ici confidentielle. Depuis l’automne 2013, Le Chardonneret, petit tableau de Carel Fabritius, alimente les passions. Lui aussi a été propulsé héros d’un roman best-seller ; celui du pavé éponyme de près de 800 pages signé par l’Américaine Donna Tartt qui rencontre un succès phénoménal aux États-Unis. Édité en janvier chez Plon, le livre vient d’être récompensé par le prix Pulitzer. Le livre raconte l’histoire d’un jeune homme qui réchappe d’un attentat dans un musée et sauve le tableau. Un souffle romanesque qui rend encore plus intrigante une œuvre déjà chargée de mystère. Le Chardonneret est en effet l’un des rares tableaux de Fabritius à avoir survécu à l’explosion de la poudrière de Delft qui, en 1654, a coûté la vie à l’artiste et anéanti son atelier. Présent à la Frick Collection de New York au moment de la sortie du roman, le tableau a créé le buzz. Plus de 200 000 personnes se sont pressées au musée en l’espace de trois mois, soit presque autant que la fréquentation annuelle de ce lieu intimiste, générant des files d’attente sans précédent. Interrogés par les médias américains, les visiteurs expliquaient avoir bravé le froid hivernal pour voir, sans doute pour la seule fois de leur vie, le célèbre oiseau. Et l’engouement pour le volatile ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin puisque les producteurs des films à succès Hunger Games ont acheté les droits du livre, ce qui devrait à coup sûr décupler l’écho du roman. Heureux hasard du calendrier pour le Mauritshuis qui n’aurait pu espérer plus belle coïncidence pour sa réouverture. 

Réouverture du Mauritshuis

Le 27 juin. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le jeudi jusqu’à 20 h. Le musée sera ouvert le lundi jusqu’au 1er novembre. Tarif : 14 €.
www.mauritshuis.nl

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°669 du 1 juin 2014, avec le titre suivant : Un musée pour les best-sellers

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