Santander

Un grand musée pour la grotte d’Altamira

Il présentera une reconstitution des célèbres fresques du Magdalénien

Le Journal des Arts

Le 1 juillet 1994

Le Musée des grottes d’Altamira va être agrandi et complété par une salle d’exposition et un centre de recherches. Altamira est, avec Lascaux, l’une des plus belles grottes ornées de la préhistoire. Haut lieu du patrimoine culturel international, la grotte est presque inaccessible. Les reproductions des fresques de bisons du Magdalénien, découvertes en 1879, pourront être présentées à un large public.

SANTANDER - Le comité du Musée de la grotte d’Altamira – qui réunit des représentants du ministère de la Culture, du gouvernement de la province de Cantabrique et de la municipalité de Santillana del Mar – vient d’approuver le projet présenté par un architecte de Santander, Juan Navarro Baldeweg, qui a pour ambition d’améliorer les conditions de conservation des fresques de la voûte dans la grotte.

Le centre de recherches scientifiques sera agrandi. Un budget de 800 millions de pesetas – soit environ 26,5 millions de francs – est prévu pour la construction de l’ensemble des bâtiments, qui occuperont 4 300 m2 sur une superficie totale de 80 000 m2, et dont 1 000 m2 seront consacrés à la présentation des copies des fresques. Le directeur du musée, M. Lasheras précise : "Nous allons commencer les travaux au début de l’année prochaine, mais il est difficile d’établir un calendrier précis avant d’avoir résolu les problèmes administratifs concernant plusieurs terrains proches de la grotte, et éliminé les risques d’éboulement que pourraient entraîner les vibrations des machines." Juan Navarro Baldeweg souhaite intégrer le nouveau musée dans le paysage, et envisage un réaménagement qui permettrait aux visiteurs de se trouver dans un cadre proche de celui que connaissait le peintre de la grotte d’Altamira, il y a 15 000 ans. Ce futur musée devrait accueillir 250 000 visiteurs par an.

Six mois d’attente
Dès le début des années 60, le musée d’Altamira présentait aux visiteurs les animaux peints du célèbre plafond de la grotte. Quelques bisons avaient été reproduits en grandeur nature sur un support modelé à partir des courbes de niveaux des murs. Ceci pour répondre à la demande de visiteurs, car la grotte est pratiquement inaccessible depuis 1979. Les demandes se font par écrit et l’attente varie de six mois à un an. Le directeur justifie ces délais : "Le nombre de visiteurs varie en fonction des différences climatiques. De juin à octobre, on admet 35 personnes par jour, de janvier à avril, 25, et en mai, 10. Des capteurs, mis en place le mois dernier, vont permettre de recueillir de nouvelles données sur l’état de conservation des fresques et de préciser s’il faut réduire ou non les visites". Ces analyses se poursuivront sur une période de deux ans.

Madame Matilde Muzquiz, peintre et professeur de photographie à l’Académie des beaux-arts de Madrid, espère être désignée pour réaliser une copie conforme des peintures de la voûte, dont elle étudie les fresques originales depuis des années. Elle déduit de ses recherches, menées dans le cadre du Centre supérieur de recherches scientifiques, que les vingt grands bisons polychromes sont dus à un seul artiste. Son hypothèse est acceptée par les historiens, spécialistes de la préhistoire.

Elle déclare : "On ne peut parler à leur égard ni de plusieurs exécutants, ni de périodes successives, ni d’une école. Mme Muzquiz a décomposé les diverses phases du travail accompli : "La télévision espagnole a consacré une émission à la grotte d’Altamira et a fait une réplique de la caverne. J’ai alors dessiné les célèbres bisons comme j’estimais que l’avait fait leur créateur. J’ai ainsi eu la possibilité de mettre ma théorie en pratique." Et elle précise : "Contrairement à ceux qui pensent que l’homme d’Altamira a peint couché sur le dos, j’ai pu affirmer qu’il a travaillé à genoux : c’est la position qui offre le plus de liberté de mouvements dans cet espace." Mme Matilde Muzquiz tient pour "magistrale" la façon dont un homme d’il y a 15 000 ans a su résoudre les problèmes posés par l’irrégularité des surfaces et profiter du relief pour rendre ses sujets en trois dimensions.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°5 du 1 juillet 1994, avec le titre suivant : Un grand musée pour la grotte d’Altamira

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