Lundi 17 décembre 2018

Paris

Un foyer redoré

Le décor du foyer de l’Opéra-Comique a retrouvé son lustre grâce à une opération de mécénat

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 12 février 2013 - 804 mots

PARIS - Le 14 janvier, à la première de David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, sous la direction de William Christie, le public parisien a pu découvrir le foyer de l’Opéra-Comique, fraîchement restauré, au terme d’une année de travaux.

L’institution dirigée depuis 2007 par Jérôme Deschamps a bénéficié du mécénat du World Monuments Fund qui a financé les deux tiers de l’opération dont le coût total s’élève à un million d’euros – l’État a apporté le tiers restant. Dans le cadre de son « Programme de restauration de grands décors intérieurs européens », l’organisation privée vouée à la conservation du patrimoine historique avait choisi, il y a trois ans, de s’engager auprès de l’Opéra-Comique, la bien nommée « salle Favart », pour redonner son lustre au foyer de l’établissement classé monument historique depuis 1977.

Fumée de cigarettes
Nouvel écrin conçu par l’architecte Louis Bernier (1845-1919) pour abriter l’institution théâtrale créée sous le règne de Louis XIV, la salle Favart, troisième du nom, fut inaugurée en 1898. Démarrés en 1897, les travaux de décoration de son foyer, lieu de toutes les mondanités, ne furent achevés qu’en 1904. D’un style résolument éclectique, le foyer est décoré de peintures, marbres, lambris et stucs, bronzes et lustres dorés (lire l’encadré). Déjà restauré à quatre reprises au cours du XXe siècle, la salle se trouvait dans un relativement bon état de conservation, mais elle était très encrassée, en raison notamment de la consommation de cigarettes, jadis autorisée à l’intérieur.
 
Avant de lancer la restauration, placée sous la houlette de l’architecte en chef des Monuments historiques Pierre-Antoine Gatier, chaque élément du décor a été méticuleusement analysé pour définir le degré d’intervention. Les décors peints par Henri Gervex et Albert Maignan ont été nettoyés après l’enlèvement du repeint qui masquait la jonction des deux lés de toile marouflée du plafond. Les ornements en bronze doré ont été démontés et nettoyés en atelier pour révéler la subtilité de leur ciselure et le traitement des ors, mat ou brillant. Les marbres et lambris ont été nettoyés sur place ; l’opération la plus délicate, selon l’architecte, aura été le décrassement des lambris d’appui en acajou avec leur frise dorée au motif de feuilles d’acanthe. En outre, les lustres ont pu retrouver leur système d’éclairage originel. Pièces de soie naturelle confectionnées à Lyon, les rideaux des trois fenêtres du foyer seront installés courant juin tandis que le parquet de chêne sera, lui aussi, rénové d’ici l’été.

Doté d’un riche décor de bronzes et de pierres, l’avant-foyer, tout comme les rotondes attenantes, attendent de pouvoir bénéficier d’une même opération de mécénat… Pour l’heure, il faudrait surtout que le grand chantier lancé à l’Opéra-Comique depuis cinq ans puisse se poursuivre. La toiture vient d’être refaite et un ascenseur pour personnes à mobilité réduite a pu être installé. Mais des travaux indispensables, concernant notamment la ventilation et le système électrique de la salle Favart, attendent le feu vert – et les deniers – de l’État pour pouvoir démarrer. Ils ont été reportés à juillet 2015, date à laquelle l’institution fêtera son 300e  anniversaire.

Les décors, hymne à l’opéra-comique

Véritable ode à l’opéra-comique, les décors du foyer de la salle Favart déclinent les éléments emblématiques du genre : ses lettres initiales entrecroisées, la lyre et le masque, symbolisant l’union de la musique et du théâtre, ou encore le motif végétal, signe du mouvement et de la vitalité de son répertoire.

Exécutés selon la technique du marouflage, les décors peints des plafonds et murs sont l’œuvre de deux peintres ayant travaillé d’après les esquisses de Louis Bernier : Henri Gervex (1852-1929) et Albert Maignan (1845-1908). Le premier a peint pour les parois des deux extrémités Le Ballet comique de la Reine, évoquant la naissance de l’opéra français à la cour d’Henri III, et La Foire Saint-Laurent, création de l’Opéra-Comique au début du XVIIIe siècle. Le second a peint le plafond figurant Les Notes et les Rythmes ainsi que des scènes inspirées des refrains de célèbres opéras-comiques, Le Chalet (1834) d’Adolphe Adam, La Dame blanche (1825) de François-Adrien Boieldieu, Les Noces de Jeannette (1853) de Victor Massé et Zampa (1831) de Ferdinand Hérold. Installés au fur et à mesure des représentations, les bustes sculptés de marbre rendent hommage aux compositeurs qui ont marqué l’établissement, tels André Modeste Grétry, Étienne Nicolas Méhul, Fromental Halévy, Ambroise Thomas, Édouard Lalo ou Claude Debussy. Figures de librettistes, compositeurs et chanteurs, douze médaillons, moulages en stuc, staff et carton-pierre, décorent les corniches et les extrémités du plafond. Au-dessus des portes qui ouvrent sur les rotondes latérales, des allégories en bronze doré réalisées par Paul Gasq (1860-1944) et figurant La Musique et Le Chant ont été installées. Enfin, les deux lustres en bronze doré, décoré à la manière néopompéienne, laissent visibles la centaine d’ampoules indispensables à l’éclairage de ce lieu qui fut le premier théâtre européen pourvu d’électricité.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°385 du 15 février 2013, avec le titre suivant : Un foyer redoré

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