Samedi 24 février 2018

Un Caravage surprenant

La « Madone au serpent » comportait un dessin préparatoire

Le Journal des Arts

Le 13 janvier 2009

Le nettoyage et la restauration du retable de Caravage, dit la Madone des Palefreniers ou la Madone au serpent, a révélé des nouveautés surprenantes, au point de relancer le débat sur les techniques d’exécution du maître romain.

ROME (de notre correspondant) - Commandée par l’Archiconfrérie des Pale­freniers pour leur autel particulier à Saint-Pierre, la Madone des Palefre­niers – ou encore Madone au serpent – est peinte par Caravage entre la fin de 1605 et les premiers mois de 1606. Elle illustre un sujet d’une grande actualité dans le monde religieux de l’époque : le dogme de l’Immaculée Concep­tion. Dès le mois d’avril de la même année toutefois, le retable est retiré de l’autel parce que les figures sont trop réalistes, “vilement représentées”. En juin, il est acheté pour un prix dérisoire par l’un des clients les plus enthousiastes et les plus “antidogmatiques” de Caravage : le cardinal Scipion Borghèse, l’homme le plus proche du trône pontifical.

Dans ses récentes études, l’historien de l’art Maurizio Calvesi suggère que derrière les nombreux “refus” opposés par les commanditaires des chefs-d’œuvre du peintre – dont, précisément, le tableau en question –, se cacheraient des manœuvres de puissants et avides collectionneurs, motivés par l’activité restreinte du peintre.

Un dessin préparatoire
Conservée au Musée Borghèse, la Madone des Palefreniers était jusqu’à récemment recouverte d’une épaisse couche de vernis brun, appliquée en 1936 et mélangée aux fumées et aux suies. Une restauration effectuée en France au début du XIXe siècle, pour le compte de Camille Borghèse, avait en outre provoqué des brûlures importantes sur le fond en raison de la chaleur excessive du repassage lorsque la toile avait été retendue. Enfin, un nettoyage trop agressif avait enlevé une partie des glacis d’origine.

La restauration actuelle, dirigée par l’historienne de l’art Anna Coliva, s’est avant tout efforcée de retrouver la gamme chromatique originale. Celle-ci, à base de tons froids, se retrouve dans les œuvres contemporaines de Caravage, telles que la Mort de la Vierge, du Louvre, ou le retable de la Ma­done de Lorette dans l’église Sant’Agos­tino, à Rome. Le vêtement de Marie est ainsi de couleur rouge cinabre, celui de sainte Anne gris-bleu, et l’on a pu récupérer les valeurs tonales des étoffes blanches. Les volumes sont très marqués, donnant une forte profondeur à l’espace pictural.

Mais la découverte la plus extraordinaire, révélée grâce à la radiographie et à la réflectographie, a été la mise au jour du dessin préparatoire, exécuté dans les moindres détails. Jusque-là, les surfaces travaillées par le peintre montraient une préparation sommaire et des traits rapides et synthétiques, tracés à l’aide d’un instrument pointu, qui servaient simplement à donner les grandes lignes de la composition. Désormais, conclut l’historienne, il faudra revoir la technique de travail de Caravage.

Une première contribution sera la publication prochaine des résultats de cette restauration. D’ici là, la Madone des Pale­freniers, fraîchement restaurée, sera exposée au public dans le palais du Quirinal.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°56 du 13 mars 1998, avec le titre suivant : Un Caravage surprenant

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