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ENTRETIEN

Tim Reeve : « Le V&A East montrera ce qui se fait de plus moderne dans les pratiques muséales »

directeur adjoint et chef des opérations du Victoria and Albert Museum (V&A)

LONDRES / GRANDE-BRETAGNE

Le Victoria and Albert Museum (V&A) de Londres va ouvrir une nouvelle annexe dans l’est de la capitale britannique au printemps 2025.

Tim Reeve. © Victoria and Albert Museum, Londres
Tim Reeve.
© Victoria and Albert Museum, Londres

Retardé à cause de la pandémie de Covid, le projet comprend un musée et la nouvelle réserve de l’institution accessible au public.

En quoi le V&A East diffère-t-il du V&A historique de Kensington, à l’ouest de Londres ?

L’ensemble fait partie du Queen Elizabeth Olympic Park, l’ancien site des Jeux olympiques de Londres de 2012 transformé en un quartier culturel grâce au soutien de la Mairie. Ce projet nous renvoie ainsi aux racines du V&A, qui avait été construit à la suite de l’Exposition universelle de 1851. Mais, en même temps, l’ensemble montrera ce qui se fait de plus moderne dans les pratiques muséales. Si le V&A East Museum, qui contient deux galeries, est plus traditionnel dans sa forme, la Storehouse, la nouvelle réserve du V&A, sera quant à elle ouverte au public.

Vous décrivez le fonctionnement de cette Storehouse comme étant « unique ». Pourquoi ?

Notre ambition est d’offrir une expérience de muséologie. C’est là que nous nous occupons de nos objets, que nous les mettons en quarantaine, c’est de là qu’ils partent quand ils sont prêtés. Nous voulons montrer un bâtiment en travail, sans médiation, contrairement à un musée traditionnel. Nous voulons être capables d’expliquer ce que nous faisons, mais sans rompre le charme en donnant trop d’explications.

Comment cette réserve sera-t-elle organisée ?

Nous réfléchissons à disposer les collections de manière différente, plutôt que de les avoir cloisonnées dans différents départements en fonction de la façon dont nous avons récupéré leurs éléments. Nous pouvons rassembler ces objets par catégorie : les meubles avec les meubles, les textiles avec les textiles, au lieu de ranger la mode asiatique dans le département de l’Asie, par exemple. De gros objets qui ne peuvent pas être exposés à Kensington y trouveront une place. Nous pouvons aussi faire ressortir du reste de la réserve une certaine partie de la collection pour illustrer la façon moderne d’organiser un musée ou de collecter des objets. Un QR code pourra expliquer qu’une œuvre est partie pour une exposition dans telle ou telle institution. Nous essayons encore de trouver le bon équilibre.

Comment avez-vous géré la question de la sécurité d’une réserve ouverte ?

Le fait de déplacer toute cette collection de l’ouest à l’est de Londres nous a donné l’opportunité d’accélérer nos systèmes de sécurité, de contrôler l’état des œuvres et de les reconditionner. Nous avons pu mettre un code-barres sur tous les objets et créer une empreinte numérique pour chacun d’eux. L’objectif n’est pas de mettre des agents de sécurité dans tous les coins. Au contraire, l’idée est de retirer une sorte de barrière de verre entre les œuvres et le public. Après tout, la collection appartient aux contribuables britanniques. C’est la vision derrière ce projet. Plus nous partageons ce que nous faisons avec le public, plus il comprendra ce que nous faisons et plus il y verra de la valeur.

Cette vision prévaut-elle aussi pour le V&A East Museum ?

S’il s’agit d’un musée plus classique, il a été pensé pour le public spécifique du quartier d’East Bank. C’est une population très jeune, très diversifiée, avec un héritage singulier. Elle pense que les musées nationaux ne sont pas pour elle. Par nos expositions, qui tourneront de façon plus rapide qu’au V&A de Kensington, nous raconterons des histoires qui parleront à ce public. Nous mettrons aussi au cœur de notre programmation l’idée que tout le monde a le potentiel de créer.

Comment allez-vous attirer ce public jeune au V&A East Museum ?

Des programmes sont déjà en cours. Le directeur du V&A East Museum se rend dans chacune des écoles du quartier pour présenter des pièces de la collection aux élèves. Nous avons aussi créé V&A East Youth Collective, un groupe de 20 personnes issues du quartier. Nous les impliquons dans le design des galeries et dans nos décisions. Nous en sommes au quatrième groupe.

Votre exposition inaugurale portera sur l’impact de la musique noire britannique sur la culture nationale et mondiale. A-t-elle été pensée avec l’un de ces groupes ?

L’idée vient de notre équipe, mais le V&A East Youth Collective a adoré le concept ! Si cela n’avait pas été le cas, nous aurions mis le projet en pause pour réfléchir à d’autres options. Nous testons nos idées auprès d’eux et prenons leurs opinions très au sérieux.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°626 du 2 février 2024, avec le titre suivant : Tim Reeve : « Le V&A East montrera ce qui se fait de plus moderne dans les pratiques muséales »

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