Sous les murailles d’Ébla

Découvertes importantes sur ce site syrien

Le Journal des Arts

Le 19 juin 1998

Les fouilles de l’antique cité d’Ébla, au nord-ouest de la Syrie, débutées en 1964, continuent de livrer de passionnants résultats. La dernière campagne a ainsi permis d’approfondir la connaissance du système de fortifications, l’un des plus spectaculaires du Proche-Orient.

ROME (de notre correspondant) - L’exploration archéologique de l’antique Ébla, au nord-ouest de la Syrie, est l’une des gloires de l’université romaine La Sapienza. Commencées en 1964, en vue d’améliorer les connaissances sur le développement de la civilisation urbaine en Syrie septentrionale entre les IIIe et IIe millénaires av. J.-C., les fouilles, sous la direction du professeur Paolo Matthiae, ont livré des résultats exceptionnels : il suffit de rappeler la découverte des archives d’État et de quelque 17 000 tablettes cunéiformes.

Depuis 1990, les fouilles se sont concentrées sur l’étude du Palais archaïque, dont les vestiges sont partiellement recouverts par un autre édifice administratif appelé le Palais septentrional, ainsi que sur le stupéfiant système de fortifications. Édifié autour de la ville vers 1800 av. J.-C., il est composé d’une muraille longue de plus de 3 kilomètres, épaisse de 45 mètres et haute de 22. Dans le cadre du Ier Congrès international d’archéologie du Proche-Orient qui s’est tenu du 18 au 23 mai à l’université de Rome, Paolo Matthiae a présenté les résultats de la 34e campagne de fouilles, en août 1997. Deux grandes forteresses ont été mises au jour, qui ont servi à la fois de casernements, d’arsenaux, de tours de guet et de repérage, d’entrepôts commerciaux... Le Fort occidental, presque entièrement exhumé, a révélé une structure plutôt complexe, avec un grand bastion à sept salles, pour une superficie totale de 7 200 m2. Le Fort septentrional, attenant à la principale porte de la ville, dite porte d’Alep, est partiellement dégagé, mais il a déjà livré un fragment de texte lexical cunéiforme dont la présence laisse supposer la proximité d’archives. Un troisième chantier s’est intéressé à la porte de l’Euphrate, dallée de briques cuites et rythmée par trois paires de gros piliers de soutènement séparant deux espaces intérieurs, d’une longueur totale de 18 mètres. D’autres fouilles ponctuelles ont porté sur le Palais archaïque, où l’on a identifié quatre phases successives de construction, échelonnées entre 2100 et 1800 av. J.-C., et le téménos sacré de la déesse Ishtar. Dans ce dernier, on a dégagé deux bases de statues en basalte avec des lions sculptés, qui supportaient sans doute des effigies royales divinisées telles qu’on les retrouvera en Syrie, un millénaire plus tard. Les fouilles reprendront cet été pour une durée de trois mois, et à la fin de 1999. “Ébla sera le site avec les fortifications les mieux connues”, promet Paolo Matthiae. Cela n’est pas insignifiant pour la cité la plus antique de la Syrie septentrionale et pour l’un des établissements urbains les plus complexes et les plus puissants du Moyen Orient – au moins jusqu’à la conquête hittite de 1600 av. J.-C.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°63 du 19 juin 1998, avec le titre suivant : Sous les murailles d’Ébla

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