Réouverture

Sous les auspices de Bouddha

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 24 juin 2005

Entièrement rénové et agrandi, le Musée Cernuschi–Musée des arts asiatiques de la Ville de Paris a enfin rouvert ses portes au public après trois ans et demi de travaux.

PARIS - Prévue à l’origine pour 2003, maintes fois reportée, la réouverture du Musée Cernuschi, institution parisienne dévolue aux arts d’Extrême-Orient fermée depuis 2001, a enfin eu lieu le 17 juin, après avoir été inauguré par le maire, Bertrand Delanoë. L’hôtel particulier du collectionneur Henri Cernuschi, légué à la Ville de Paris en 1896 et ouvert au public deux ans plus tard, a retrouvé toute sa luminosité. La lumière semble bien avoir été le maître mot des travaux menés par l’agence Architecture & associés (déjà auteur de l’aménagement des galeries Antiquités grecques, étrusques et romaines au Musée du Louvre), qui a décloisonné les espaces pour y faire pénétrer la lumière naturelle. L’équipe d’architectes a notamment fort à propos rouvert les fenêtres des anciens salons de réception du collectionneur, donnant sur le parc Monceau et le jardin du Musée Nissim de Camondo. Les nouveaux aménagements permettent enfin à l’institution de déployer un ensemble significatif de sa collection, riche de plus de 12 000 œuvres. L’exposition permanente, essentiellement consacrée à la Chine ancienne, se déploie au premier étage, selon un parcours chronologique allant du néolithique au XIIIe siècle, en passant par l’époque des Han (206 av. J.-C.- 220 ap. J.-C.), les dynasties des Wei du Nord (386-534) ou la période Tang (618-907). Soigneusement sélectionnées, les œuvres, tel ce rare disque en néphrite orné d’un oiseau de la culture de Longshan (2000-1600 av. J.-C.), le célèbre vase you dit « la Tigresse », découvert au Hunan et typique de la production du centre-sud de la Chine, ou ce Fonctionnaire militaire en terre cuite de la dynastie des Wei, se détachent sur des socles d’albâtre, un matériau qui met particulièrement les objets en valeur. Le parcours présente également des acquisitions et legs récents : laques des Royaumes Combattants (481-221 av. J.-C.), plaques animalières et naturalistes de la culture dian, statuettes funéraires, vases en bronze des époques de Erligang (1550-1300 av. J.-C.)...
Au total, de 1993 à 2004, plus de 200 œuvres ont fait leur entrée dans les collections du musée.

D’importantes restaurations
Agrémenté d’une mezzanine, l’espace du premier étage est dominé par l’imposant Buddha de Meguro, bronze japonais de la fin du XVIIIe siècle, restauré pour l’occasion. Les travaux menés pendant trois ans et demi se sont en effet accompagnés d’une vaste campagne de restauration. Les calligraphies et peintures chinoises montées sur rouleaux ou sur châssis ont pu recouvrer leur éclat originel, tout comme les pièces japonaises rapportées pour la plupart par Henri Cernuschi lors de son voyage autour du monde entre 1871 et 1873. Avec plus de 3 500 pièces, la collection japonaise présente de beaux bronzes et des céramiques, essentiellement de la période Edo. Le fonds de peinture chinoise est, pour sa part, installé au rez-de-chaussée, qui accueille par ailleurs un espace réservé aux expositions temporaires. La première exposition temporaire doit être inaugurée en septembre (lire l’encadré). Outre les mises aux normes indispensables (climatisation, réserves adaptées, accès handicapées), le musée s’est aussi doté d’une salle de conférence et d’un cabinet d’art graphique pour conserver un fonds de 1 200 peintures, dessins et estampages.
Si les délais sont respectés, le Petit Palais et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, dont les travaux avaient pris beaucoup de retard (lire le JdA no 210, 4 mars 2005), devraient à leur tour être inaugurés à la fin de l’année.

Musée Cernuschi–Musée des arts asiatiques de la ville de Paris

7, avenue Vélasquez, 75008 Paris, tél. 01 53 96 21 50, tlj sauf lundi, 10h-18h, entrée gratuite. - Directeur : Gilles Béguin - Budget de rénovation : 7,2 millions d’euros - Architectes : agence « Architecture & associés » (Pierre Beucler, Pierre-François Codou, Frank Hindley et Jean-Christophe Poggioli) - Surface utile : 3 241 m2 (soit 923 m2 supplémentaires) - Nombre d’œuvres : 900 (soit 300 de plus qu’avant)

L’art subtil du céladon

Pour sa première exposition dans ses espaces entièrement rénovés, le Musée Cernuschi mettra en exergue en septembre un ensemble de céramiques chinoises provenant de six musées de la province du Zhejiang (musées de Cixi, Hangzhou, Longquan, Qingyuan, Shangyu et Xiaoshan), berceau de cet art auquel la France donna le nom de « céladon » au XVIIIe siècle. À travers 97 pièces, le parcours retrace l’histoire et le développement du céladon sur plus de deux mille ans, depuis la dynastie des Zhou (1050-256 av. J.-C.) jusqu’à celle des Yuan (1279-1368). Les œuvres témoignent d’une grande variété de formes (jarres, vases, verseuses, tripodes, brûle-parfums, lampes, encensoirs, bols, boîtes), de décors, et révèlent toutes les nuances de tons du céladon, comme la « couleur secrète », un vert délicatement lustré, réservée à l’usage de la cour impériale et des classes dirigeantes. « Trésors céramiques de Chine (XIe av. J.-C.- XIVe ap. J.-C.) », du 9 septembre au 30 décembre, Musée Cernuschi, Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°218 du 24 juin 2005, avec le titre suivant : Sous les auspices de Bouddha

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