Vendredi 20 juillet 2018

Irak

Scandale sur Internet

Le Journal des Arts

Le 29 avril 2005 - 579 mots

Des objets archéologiques du Musée de Bagdad sont proposés sur eBay.

BAGDAD - Le site Internet du Musée international de Bagdad (www.baghdadmuseum.org) vient de s’attaquer au géant américain de la vente en ligne eBay. Le message d’accueil du site informe que certaines antiquités volées en Irak font ou ont récemment fait l’objet d’une vente aux enchères sur le site incriminé. Une liste, telle que consultable sur eBay et comprenant environ une quarantaine d’objets très régulièrement renouvelés, indique le prix des pièces, le nombre d’enchères et le temps restant avant la vente, le tout en temps réel. D’après les renseignements fournis sur le site eBay, la majorité des vendeurs résident aux États-Unis, qui disposent d’une importante présence militaire en territoire irakien, mais aussi en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Syrie, aux Émirats arabes unis, au Liban, en Australie, et même en Russie.

Repaire de receleurs
Selon le descriptif des objets – des tablettes cunéiformes et des sceaux-cylindres, pour la plupart –, les vendeurs avancent, du moins pour les pièces les plus précieuses, la provenance de collections européennes. Des affirmations malheureusement difficiles à croire. Des millions de transactions ont lieu chaque jour sur eBay, et ce trafic est trop important pour permettre une vérification systématique, ainsi que l’a affirmé en avril 2003 un communiqué officiel du site américain.
Cette absence de contrôle concerne notamment les antiquités égyptiennes, dont 500 à 700 pièces sont proposées quotidiennement. Un œil expert peut les passer en revue en moins d’une heure : si l’on fait abstraction des papyrus et des babioles de toutes sortes, il ne reste qu’une trentaine de pièces prétendues égyptiennes. La plupart d’entre elles ne sont toutefois que des reproductions. Mais, grâce à leur habile discours, les vendeurs arrivent très souvent à les faire passer pour authentiques. Ainsi, un scarabée ou une statuette que l’on peut acheter à Louxor pour moins d’un euro peuvent atteindre 200 ou 300 dollars sur eBay. Autre exemple, un masque de sarcophage, dont la contrefaçon apparaissait évidente sur la photo en format réduit publiée sur le site, a dépassé les 1 000 dollars. L’ignorance des acheteurs, persuadés d’avoir réalisé l’affaire du siècle, est corroborée par les commentaires qu’ils adressent au vendeur : « superbe », « excellent », « grand eBayeur » (terme employé pour qualifier un vendeur ou un acheteur). Ils regretteront sûrement leurs compliments, lorsqu’ils feront évaluer leur « précieuse antiquité » par un véritable expert.
eBay est un marché aux puces global. Mais, s’il désire devenir une maison de vente aux enchères respectable, le site devra se doter de moyens efficaces pour protéger les acheteurs, d’autant qu’il spécifie que « le référencement (sic) sur le site d’eBay de toute œuvre d’art ou objet de collection qui constitue un bien culturel ou une contrefaçon est strictement interdit ». Des millions de transactions engendrent des gains s’élevant à plusieurs millions de dollars par jour. Un groupe d’experts, capables de vérifier l’authenticité des objets proposés, ne devrait ainsi pas peser trop lourd sur les comptes du géant de San Jose. Si eBay fait la sourde oreille face aux dénonciations du Musée international de Bagdad, et s’il ne prend pas les mesures adéquates, il ne sera plus seulement un lieu privilégié pour des escroqueries en matière d’antiquités, mais deviendra aussi un bon repaire pour toute sorte de receleurs. De son côté, le Musée international de Bagdad tente de limiter les dégâts. Son site Internet propose un lien direct vers un formulaire du FBI à remplir pour dénoncer toute activité illégale.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°214 du 29 avril 2005, avec le titre suivant : Scandale sur Internet

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