Rembrandt dans ses meubles

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 1999

Après un an de travaux, la maison de Rembrandt a retrouvé son aspect du XVIIe siècle, avec ses meubles et ses objets, tandis que les gravures qui étaient accrochées dans les pièces de la demeure ont trouvé place dans un bâtiment voisin. Une exposition inaugurale sur « Les trésors de Rembrandt » complète cette singulière plongée dans l’univers du peintre.

AMSTERDAM (de notre correspondant) - Alors que l’exposition “Rembrandt par lui-même” a rejoint La Haye après Londres, la maison du peintre à Amsterdam a rouvert ses portes après une année de rénovation, pour ne pas dire de transformation, dont le but était de recréer la Rembrandthuis telle qu’elle se présentait en 1656. À toute chose, malheur est bon, puisque le contenu de sa demeure nous est connu grâce à l’inventaire dressé lors de la faillite de l’artiste, cette année-là.

Le musée avait ouvert au public en 1911, avec une collection de gravures, et, pendant une bonne partie du siècle, la maison est restée volets clos, encombrée et sans âme. Un nouveau bâtiment construit à proximité afin d’exposer les estampes a donné l’occasion de la restaurer convenablement. Désormais, le visiteur peut vivre l’étrange expérience de flâner dans la cuisine de Rembrandt, dans sa chambre-salon – dotée d’un lit encastré datant du début du XVIIe siècle, prêté par le Rijksmuseum, semblable à celui sur lequel il a dessiné Saskia –, dans son cabinet d’estampes, dans le grand atelier, l’atelier d’enseignement et la boutique, tous reliés par un escalier de bois en colimaçon. Au-delà du hall d’entrée, nous trouvons l’artiste-marchand dans une pièce où seront accrochées des peintures du sol au plafond. Pour le moment, y prend place un lit de camp du XVIIe siècle, destiné aux clients qui préféraient réfléchir une nuit avant de se décider à acheter. Maintenant que les volets sont ouverts, la lumière avec laquelle le maître peignait inonde les pièces. À travers les fenêtres à petits carreaux, reconstituées à partir des dessins de Rembrandt, la perspective sur la Jodenbreestraat et le canal n’a pratiquement pas changé.

Le cabinet de curiosités de Rembrandt, près de son atelier, est à ce jour la pièce la mieux restaurée. L’impact est saisissant : elle est non seulement remplie de plâtres de bustes classiques et d’albums de gravures, mais également de porcelaine chinoise, de verres de Venise, d’armes et armures exotiques, d’objets ethniques, de coquillages énormes, fossiles et coraux pointus, et, suspendus au plafond, de tous les spécimens imaginables de reptiles séchés, de défenses de morse, de tortues et d’os de baleine. L’artiste est présenté une nouvelle fois comme un amateur d’antiquités et un fou de brocante, qui achetait tout ce qui passait sur les marchés cosmopolites du port d’Amsterdam. Ne manquent plus que l’odeur de térébenthine, de tourbe ardente et du petit déjeuner de Rembrandt.
Pour compléter la découverte de cette Kunstkammer, une superbe exposition inaugurale, “Les trésors de Rembrandt”, rapproche directement l’ensemble complet et étrange de sa “matière première” – comprenant naturellement les dessins et les gravures d’autres artistes – et ses créations. Avec la restauration en cours, d’autres objets de ce bazar seront dévoilés, à condition que les mécènes, Unilever et Mediamax, ne démentent pas leur générosité envers l’ambitieuse société privée chargée de gérer la Rembrandthuis.

Les trésors de Rembrandt

Jusqu’au 9 janvier, Museum het Rembrandthuis, 4 Jodenbreestraat, Amsterdam, tél. 31 20 52 00 400, tlj 10h-17h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°92 du 5 novembre 1999, avec le titre suivant : Rembrandt dans ses meubles

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