Prague à l’heure des restitutions

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 10 octobre 1997 - 350 mots

Après sept années de démarches administratives, la famille Roudnice Lobkowicz vient enfin de retrouver sa collection d’œuvres d’art, constituée par de nombreuses générations et confisquée par l’ancien régime communiste à la fin des années quarante. C’est la plus importante collection privée en République tchèque et l’une des plus intéressantes d’Europe pour les peintures. De nouveau réunie au château de Nelahozeves, près de Prague, elle est présentée au public depuis quelques mois.

PRAGUE. Réfugiés aux États-Unis jusqu’à l’effondrement du bloc communiste, William et Alexandra Lobkowicz ont, dès leur retour en République tchèque, entrepris de récupérer la collection appartenant à leur famille depuis trois siècles. Bénéficiant de la loi de 1991 sur les restitutions, ils ont toutefois dû faire face à une longue procédure administrative, véritable “cauchemar bureaucratique” selon leurs propres termes. En effet, dans l’obligation de faire valoir leurs droits sur les œuvres, ils se sont lancés dans une fastidieuse recherche de documents juridiques, compliquée par la dispersion des archives tchèques pendant la guerre. Leur démarche a finalement été couronnée de succès puisqu’ils sont parvenus à rentrer en possession de 60 000 livres, 5 000 instruments de mu­sique, de partitions annotées par Mozart et Beethoven, de meu­bles, d’armes, de céramiques italien­nes, de porcelaines de Meissen, ainsi que du tout premier service sorti de la manufacture de Delft, d’objets du Moyen Âge et de la Renaissance... mais surtout, de plus de 1 000 tableaux. La collection compte des toiles de maîtres comme Cranach, Véro­nèse, Rubens, Vélasquez, Cana­letto, Bellotto. Et si Les faucheurs de foin de Bruegel l’Ancien en sont le fleuron, les portraits espagnols des XVIe et XVIIe siècles constituent l’un des ensembles les plus importants existant hors d’Espagne. Le musée, agencé avec l’aide de spécialistes et de conservateurs tchè­ques et étrangers, est financé par deux fondations, l’une locale, l’autre américaine. Ce projet, qui marque le début d’une reconstruction culturelle du pays, n’a bénéficié d’aucun soutien de l’État, dont l’aide s’est limitée pour les Lobko­wicz à une déductibilité d’impôt sur leur investissement... Le mécénat d’entreprises internationales ayant un siège en Tchécoslovaquie constituera certainement une alternative efficace au discret concours des pouvoirs publics.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°45 du 10 octobre 1997, avec le titre suivant : Prague à l’heure des restitutions

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