Mercredi 19 décembre 2018

Marseille en mouvement

Pour le "grand stade" de Marseille, Buffi calme le jeu…

... et marque en finesse

Le Journal des Arts

Le 1 décembre 1995 - 657 mots

Outre le \"grand stade\" de Saint-Denis et le Parc des Princes parisien, huit autres stades (ceux de Lens, Nantes, Saint-Étienne, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Montpellier et Marseille) ont été retenus pour accueillir les épreuves de la Coupe du monde de football en 1998. Un important programme de rénovation exigeait de porter la contenance du stade de Marseille de quarante à soixante mille places. À l’issue d’un concours organisé par la municipalité, le projet très équilibré de l’architecte Jean-Pierre Buffi a été désigné lauréat parmi ceux des sept autres candidats en lice (Perrault, Architecture-Studio, Calatrava, Sloan, Gregotti, Mistral, Hutter).

Né en 1937 à Florence, Jean-Pierre Buffi a obtenu en 1991 la reconnaissance de la critique pour son projet des "Collines de l’Arche", ensemble de bureaux construits de part et d’autre de l’Arche de la Défense. Sans doute y a t-il aujourd’hui une secrète logique à ce que cet architecte pétri de culture italienne ait été retenu pour rebâtir le mythique Stade vélodrome de Marseille, seule ville française capable de rivaliser en ferveur footballistique avec ses prestigieuses rivales transalpines.

Un budget minimum pour un projet très urbain
Construit dans les années trente, le Stade vélodrome occupe à Mar­seille la position d’un monument, tout comme pourrait le faire un théâtre municipal ou bien une gare : implanté à proximité du centre-ville, le long du boulevard Michelet, sa position en fait un symbole de la cité phocéenne. Formé à l’école de l’architecture urbaine, Jean-Pierre Buffi a bien perçu cette vocation du stade à dialoguer avec la ville.

Soucieux de l’insertion du projet dans son environnement, son projet ne conserve de l’ancien vélodrome que le plus symbolique : la façade principale et sa colonnade monumentale. Sa proposition la dégage nettement, en créant face à elle une véritable place publique qui fait le lien avec le boulevard Michelet. Destiné à accueillir un public populaire très attaché à l’identité de sa ville, le stade est conçu, selon les mots de l’architecte, "non comme un théâtre, mais comme une arène ouverte sur Marseille". Portées par des bracons métalliques – qui se veulent un clin d’œil aux bateaux sur cales du port –, trois tribunes s’élèvent en pente douce, ouvrant le stade vers l’extérieur.

Pourtant, si le projet de Jean-Pierre Buffi (associé pour l’occasion aux architectes Pierre Averous et Georges Warnitzky) a été désigné lauréat, c’est d’abord parce qu’il a su donner l’expression la plus exacte de la volonté de la Ville de posséder un nouvel équipement sans véritablement en payer le prix, contrainte que traduisait – imparfaitement – la suggestion de conserver tout ou partie de l’ancien vélodrome. Le projet Buffi offre en effet un stade presque entièrement neuf, tout en respectant le buget alloué, très faible, de deux cent soixante quinze millions de francs – à comparer avec les deux milliards sept cents millions de francs – soit dix fois plus ! – que doit coûter le futur grand stade de Saint-Denis...

Une stratégie payante
Pour rentrer dans ce budget minimum, les projets de Vittorio Gregotti et de Sergio Hutter avaient pris le parti inverse de construire des tribunes neuves au-dessus de l’ancien stade, propositions qui, du coup, ne répondaient que faiblement à l’attente d’un renouveau. Dans un même esprit, mais au nom cette fois-ci d’une réduction du programme à son "concept", Dominique Perrault accolait à l’un des grands côtés de l’ancien stade une nouvelle tribune trois fois plus haute.

Calatrava, Sloan et Architecture-Studio proposaient, comme Buffi, un stade quasiment neuf, mais achopaient sur les contrain­tes budgétaires, du fait en particulier de la proposition – non exigée dans le programme – de couverture totale des tribunes. Pro­position mise de côté par Buffi, soucieux d’atténuer l’impact du futur stade dans un site sensible, mais sachant aussi qu’il serait toujours temps de la présenter plus tard. C’est ainsi que, fidèle en cela au fameux "réalisme" du football de ses compatriotes, Jean-Pierre Buffi nous démontre qu’en architecture comme en sport, il faut parfois jouer fin pour gagner beaucoup.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°20 du 1 décembre 1995, avec le titre suivant : Pour le "grand stade" de Marseille, Buffi calme le jeu…

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