Dimanche 18 février 2018

Louvre

Pierre Rosenberg, un conservateur sachant prendre des risques

Nouveau président de l’établissement public du musée du Louvre

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 21 avril 2010

Pierre Rosenberg, 58 ans, conservateur en chef du département des peintures, succède pour trois ans renouvelables à Michel Laclotte à la tête du Musée du Louvre. Ce dernier est nommé à la tête de l’Institut d’art.

PARIS - Ce n’est pas seulement un spécialiste de peinture française qui se substitue à un éminent connaisseur de la peinture italienne, mais un homme truculent et médiatique qui remplace un homme discret et effacé. Cette nomination n’est certes pas une révolution, mais elle est le signe d’une évolution du monde des musées en France, dont Pierre Rosenberg a en partie animé le réveil et les métamorphoses successives, depuis son entrée au Louvre en 1962 comme assistant, jusqu’à la fin des années soixante-dix, où il produit de prestigieuses expositions. Chardin, Watteau, Subleyras, Fragonnard, La Hyre et Poussin sont autant d’événements qui ont eu, à des degrés divers, un retentissement national et international auquel la profession n’était pas habituée.

Mais surtout, Pierre Rosenberg s’est fait le champion de la vocation encyclopédique du Louvre, qui n’avait jamais été affirmée avec autant de vigueur. "Nous devons tenter, déclarait-il à l’Express en 1983, au moment où le Grand Louvre en était encore au stade de la préfiguration, de présenter un panorama complet de la peinture, de ses origines jusqu’au milieu du XIXe siècle."

Ce qui devait le conduire à une politique d’achat audacieuse, parfois contestée, comme dans le cas du "Gentilhomme sévillan" de Murillo, de la succession Canson. Infatigable, l’homme à l’écharpe rouge écume les salles de vente, les bureaux de douane, les galeries aux quatre coins du monde, fréquente assidûment les collectionneurs.

Fin connaisseur du marché de l’art, défenseur des collections publiques, il ne mâche pas ses mots pour critiquer la politique des pouvoirs publics dans ce domaine. Dans Le Journal des Arts (n° 5, juillet-août), il avait co-signé avec Françoise Cachin – devenue depuis directeur des Musées de France – un texte déplorant que "de tous les pays européens, la France soit le seul à ne plus disposer d’une véritable protection de son patrimoine artistique". Il formulait diverses propositions pour "protéger le patrimoine privé et enrichir les collections publiques".

Raisonnable et passionné
Raisonnable, Pierre Rosenberg n’en est pas moins un joueur passionné, toujours soucieux d’anticiper les changements de goût, plus préoccupé encore de séduire ses pairs et le public. Qualités unanimement reconnues de Paris à New York, et qui en font, comme on dit, un homme de son temps. L’époque, naturellement, plébiscite volontiers la verve et la rhétorique de la passion, associées à une vision pacifiée et réconfortante de l’histoire de l’art.

Après l’aventure du Musée d’Orsay, Michel Laclotte avait accompagné ces dix dernières années la gestation et la mise en œuvre du Grand Louvre, qui a consacré les ambitions culturelles de la Présidence de la République.

Au-delà de la question du déploiement des collections, Michel Laclotte fut aussi l’artisan d’une politique volontariste qui cherchait à rendre ce lieu prestigieux aussi vivant que possible. Conférences, cinéma, concerts ont prolongé le parcours du visiteur dans une dimension à la fois ludique et pédagogique. Nommé directeur du futur Institut d’art qui ouvrira ses portes d’ici quelques années dans les locaux de la Bibliothèque Nationale, Michel Laclotte aura la délicate mission de réconcilier le monde du musée et de l’université.

Le redéploiement se poursuit cet automne au Musée du Louvre : 450 sculptures italiennes, espagnoles et nordiques (dont presque le tiers sortent directement des réserves) trouveront leur place sur près de 2000 m2 dans l’aile Denon, le long de la Seine. Du Ve siècle au XIXe, on y découvrira, entre autres chefs-d’œuvre, ceux de Donatello, Le Bernin, Michel-Ange, Canova.

Par ailleurs, les façades de la cour Napoléon et de la cour Carrée bénéficient d’une mise en lumière permanente conçue et réalisée par Électricité de France.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°8 du 1 novembre 1994, avec le titre suivant : Pierre Rosenberg, un conservateur sachant prendre des risques

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