Patrimoine XXe : le Phénix de Prouvé

Le Journal des Arts

Le 31 mars 2000

Emblématique d’une construction véritablement industrielle, l’architecture métallique, malgré des avantages indéniables en matière de préfabrication, ne s’est jamais vraiment imposée en France. Le remontage du Pavillon de l’Aluminium de Jean Prouvé vient rappeler l’importance de cette voie insuffisamment explorée de la modernité. Deuxième volet de notre série sur le patrimoine du siècle.

En 1954, sur le quai du Gros-Caillou à Paris, est monté en vingt et un jours le Pavillon du Centenaire de l’Aluminium. En 1999, il n’a fallu guère plus de temps pour remonter cet emblème de l’architecture métallique au Parc des expositions de Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Entre-temps, il aura séjourné à Lille de 1956 à 1993, puis dans des caisses après son démontage. Seule la ténacité de l’Association des Amis de Jean Prouvé a permis d’empêcher la destruction de l’ouvrage, lorsque les installations de la Foire de Lille ont été rasées. “Le pavillon a été sauvé par l’entrepreneur qui l’avait monté, explique Joseph Belmont, président de l’association. Mais après sa mort, son fils n’a pas voulu le conserver. On s’est alors retrouvé avec un monument historique [inscrit le 28 avril 1993] en pièces détachées, promis à la décharge.” “Une véritable course contre la montre” s’est alors engagée. Grâce à la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, le Pavillon a pu être sauvé, même s’il a perdu sa longueur initiale et une partie de sa façade, qui, toutefois, sera reconstituée.

59 161 kg de métal léger
En 1855, le chimiste français Henri Sainte-Claire Deville mettait au point le premier procédé de fabrication de l’aluminium. Pour célébrer le centenaire de cette invention, L’Aluminium français demande à Jean Prouvé de concevoir une construction en métal léger symbolisant cent ans de progrès et destinée à accueillir une exposition. Le constructeur, ainsi que se définit Prouvé, imagine une structure auto-portante composée de 114 fermes, constituées par des tôles embouties en forme de V de 15 mètres de portée, espacées de 1,342 mètre. Les poutres en V servent à recueillir et drainer l’eau de pluie ; par ailleurs, sur le chantier, les ouvriers y circulent pour fixer les plaques de couvrement. Au total, il aura fallu 59 161 kg de métal léger et 13 455 kg de vitres pour constituer cet ouvrage, d’une surface de 2 250 m2.

Ce sauvetage ne doit pas occulter le danger encouru par d’autres constructions de Prouvé, comme un lycée à Sarcelles dont toute la façade est appelée à disparaître. “Tous ces bâtiments ont été mal entretenus, ne sont pas assez vieux, et Prouvé n’a pas encore le renom de Le Corbusier”, déplore Joseph Belmont. Autant de problèmes caractéristiques de ce patrimoine du XXe siècle en gestation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°102 du 31 mars 2000, avec le titre suivant : Patrimoine XXe : le Phénix de Prouvé

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