Mercredi 19 décembre 2018

XXe siècle

Par amour de l’art

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 13 février 2008 - 489 mots

Peu avant sa disparition en 2007, Alice Tériade, veuve de l’éditeur d’art, a fait une nouvelle donation exceptionnelle au Musée départemental Matisse du Cateau-Cambrésis.

CATEAU-CAMBRESIS - « Notre famille, c’était les peintres. C’était Chagall ou Picasso qui venaient déjeuner à la villa Natacha le dimanche », racontait Alice Tériade, femme du célèbre éditeur d’art décédé en 1983 (lire l’encadré ci-dessous). En 2000, elle avait déjà légué les livres de peintres, les numéros de la revue Verve et les lithographies édités par Tériade au futur Musée départemental Matisse, inauguré deux ans plus tard au Cateau-Cambrésis (Nord), ville natale de l’artiste. Peu avant sa mort, en février 2007, Alice Tériade décide d’offrir à l’institution un nouveau pan de sa collection, des peintures,  sculptures et dessins réalisés par des artistes avec lesquels son mari avait travaillé. Pont d’orgue de cet ensemble visible depuis fin janvier dans les trois nouveaux espaces permanents de l’institution : la Salle à manger réalisée par Matisse pour la villa Natacha à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes) dont le décor est aujourd’hui reconstitué. Pour cet espace, Matisse avait composé Les Poissons chinois (1951), un vitrail inondant la pièce d’une lumière colorée, et Le Platane (1952). Ces deux panneaux de céramique peints à l’émail noir occupaient deux murs en angle, permettant à l’arbre de se déployer à l’horizontal dans toute sa plénitude. Toujours pour la Salle à manger, Alberto Giacometti avait conçu un lustre ainsi que deux coupes en plâtre blanc, et Henri Laurens, une Sirène ailée. Dans le jardin de la villa, on pouvait également rencontrer la Grande Femme III (1960), de Giacometti, et La Lune (1946) en bronze de Laurens. Ces sculptures peuplent aujourd’hui la cour du Musée Matisse, tandis que la céramique de Miró baptisée Ubu, elle aussi imaginée pour la résidence du Midi, est partie rejoindre la suite de la donation réunie dans les deux autres salles. Parmi les trente-neuf œuvres que celle-ci compte, citons les peintures de Fernand Léger, Le Roi de carte (1927), Nu avec branche (1931), Fleurs et dominos (1947) ; la toile de Picasso, Tête couronnée de fleurs ; et, de Matisse, la Jeune femme à la pelisse (1944). Ce dernier tableau constitue, selon la conservatrice du musée, Dominique Szymusiak, « à la fois un des points d’aboutissement de la quête de Matisse dans sa recherche d’un accord entre la couleur et le dessin, et le début d’une nouvelle étape de simplification des formes ». Des archives et photographies d’époque – notamment des vues de la villa Natacha par Henri Cartier-Bresson – permettent de retracer l’histoire du couple Tériade et de s’immiscer dans l’atmosphère singulière d’un lieu entièrement vouée à la création moderne.

LA DONATION ALICE TÉRIADE, Musée départemental Matisse, palais Fénelon, 59360 Le Cateau-Cambrésis, tél. 03 27 84 64 54, tlj sauf mardi 10h-18h. Catalogue, éd. Gourcuff Gradenigo, 136 p., 25 euros. DONATION ALICE TÉRIADE - Nombre d’œuvres : 39
- Nombre de salles : 3
- Conservatrice du musée : Dominique Szymusiak

Un Tériade italien en Finlande L’éditeur et galeriste italien Rolando Pieraccini a fait don à l’Ateneum, musée national de Finlande, d’un ensemble composé de plus de 550 tableaux, aquarelles et œuvres graphiques du Novecento. Comprenant des œuvres de Giorgio De Chirico, Giorgio Morandi, Massimo Campigli, Gino Severini, Carlo Carrà et Luigi Bartolini, la collection dévolue au mouvement néoclassique italien des années 1920 sera exposée à l’automne 2009 à l’Ateneum. Installé en Finlande, Pieraccini a publié de nombreux livres d’art consacrés aux artistes contemporains finlandais ainsi que des ouvrages de poésie. L’ami des artistes D’abord critique d’art puis directeur artistique de la revue surréaliste Minotaure, Efstrathios Eleftheriades dit « Tériade » (1897-1983) s’initie au métier d’éditeur d’art au début des années 1930. En 1937, il crée la revue Verve qu’il dirigera jusqu’en 1960. Il publie 26 numéros mêlant art moderne, ethnologie, photographie, art ancien et textes littéraires, et auxquels participent Matisse, Picasso, Giacometti, Brassaï, Le Corbusier, Léger, Chagall. De 1943 à 1974, il réalise 27 ouvrages, œuvres d’art à part entière, leur conception étant confiée pour chacune à un artiste. Ainsi du célèbre Jazz de Matisse et du Chant des morts, recueil de poèmes de Pierre Reverdy auxquels Picasso associa ses lithographies rouges.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°275 du 15 février 2008, avec le titre suivant : Par amour de l’art

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