Dimanche 17 novembre 2019

Palmarès des musées 2013 : l’essor persistant en régions

Par Jean-Christophe Castelain · L'ŒIL

Le 25 juin 2013 - 739 mots

Malgré l’apparente domination de l’Île-de-France, le Palmarès des musées L’œil-Le Journal des Arts montre que le développement des musées en région se poursuit.

De prime abord, « Paris et le désert français », pour reprendre le titre du célèbre livre du géographe Jean-François Gravier paru en 1947, semble encore d’actualité. Qu’on en juge. Alors que l’Île-de-France n’accueille que 18 % des habitants de l’Hexagone, ses 53 musées participants au 10e Palmarès L’œil-Le Journal des Arts concentrent 40 % de la totalité des espaces muséaux et reçoivent 73 % des visiteurs. Cette hypertrophie parisienne est l’héritage d’un centralisme jacobin historique qui a multiplié les équipements culturels au point de doubler ou de tripler les musées spécialisés, ce qui confine parfois à l’absurde. L’abondance de l’offre augmente mécaniquement la demande, d’autant plus que les transports publics convergent vers la capitale. L’Île-de-France bénéficie également d’un afflux touristique incessant (29 millions en 2012) qui profite naturellement aux grands musées (57 % de leur fréquentation).
Derrière, les autres régions françaises font pâle figure. Rhône-Alpes, PACA et Nord-Pas-de-Calais attirent chacune un peu plus de 3 % des visiteurs. Et, entre 2012 et 2011, les musées franciliens ont accueilli 3,4 % de public en plus quand la fréquentation des musées de province n’a crû que de 0,7 %.

Des atouts pour les élus locaux
Mais cette photographie globale rend compte imparfaitement du formidable développement régional. Pris individuellement, les quatre grands musées parisiens sont maintenant talonnés par leurs homologues des capitales régionales. Le Palais des beaux-arts de Lille (5e, gain de 2 places), le Musée Fabre de Montpellier (6e, gain de 3 places) et le Musée des beaux-arts de Lyon (7e, gain d’une place) progressent dans le classement des musées des villes de plus de 200 000 habitants et ne sont pas très loin en nombre de points derrière le quai Branly et Orsay.
Depuis les grandes lois de décentralisation de 1982-1983, les élus, à commencer par ceux des grandes villes, ont bien compris l’importance d’un équipement muséal de qualité pour l’attractivité de leur ville et ont tous entrepris de gros travaux de rénovation et d’agrandissement afin de le mettre aux normes internationales : 1997 pour le PBA de Lille, 1998 pour le MBA de Lyon et 2007 pour le Musée Fabre. Non contents de soigner l’écrin de leurs collections historiques, ils ont également construit de nouvelles infrastructures pour accueillir l’art du XXe siècle et la création contemporaine.
On trouve ainsi plusieurs de ces institutions, dont certaines ont été dessinées par des architectes internationaux, dans le haut du classement des grandes villes : le Musée d’art contemporain de Lyon (10e, 8), celui de Strasbourg (11e, 1), Les Abattoirs de Toulouse (18e, - 1) ou le CAPC de Bordeaux (22e, - 2). Cette vague de travaux ne concerne pas seulement les grandes agglomérations. La Piscine à Roubaix, qui a été entièrement transformée en 2001, a repris la tête du classement des villes moyennes, tandis que le Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, qui a lui aussi été restructuré en 2002, a détrôné le château de Fontainebleau de la première place du classement des petites villes.

Les expositions, un savoir-faire 
Il ne faudrait pas réduire cet élan de rénovation ou de construction à un lifting architectural abritant des expositions sans consistance. Même si près de la moitié des effectifs scientifiques sont en Île-de-France, ceux-ci n’ont pas le monopole de la recherche en histoire de l’art. Les conservateurs territoriaux ont même une légère avance sur leurs collègues parisiens dans le premier récolement décennal : 44 % des œuvres ont ainsi été localisées et inventoriées contre 40 % pour les collections en Île-de-France. Ils savent aussi parfaitement produire des expositions originales et bien construites, comme « Die Brücke » à Grenoble ou « Caravage et le caravagisme européen » à Montpellier et à Toulouse. Cette dernière illustre d’ailleurs une nouvelle ère dans laquelle sont entrés les musées en région : celle des regroupements afin de créer des manifestations thématiques en plusieurs lieux. En 2013, Normandie impressionniste [lire p. 74], Matisse à Nice [lire p. 82] ou Renaissance Nancy [lire p. 172] en sont de bons exemples. Les projets de développement en milieu urbain ne ralentissent pas. Il serait cependant souhaitable qu’une nouvelle frontière s’ouvre vers les quartiers défavorisés et les zones rurales.

Palmarès des musées des villes de plus de 200 000 habitants

Palmarès des musées des villes de 200 000 à 20 000 habitants

Palmarès des musées des villes de moins de 20 000 habitants

10e Palmarès des musées

Pour sa dixième édition, le Palmarès de L’œil-Le Journal des Arts a été entièrement revu. Les 61 critères qui le composent sont davantage relativisés (par rapport au nombre d’habitants, à la superficie…), et la méthodologie a été auditée par la Junior-Entreprise de l’ENSAE. Les 320 musées les plus importants de beaux-arts ou d’histoire ne sont plus classés dans un palmarès général, mais répartis en trois groupes selon la taille des villes qui les abritent. Palmarès général sur www.lejournaldesarts.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°659 du 1 juillet 2013, avec le titre suivant : Palmarès des musées 2013 : l’essor persistant en régions

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