Samedi 17 février 2018

Miracle à l’américaine

Le musée de l’Université du Texas sort de sa chrysalide

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 7 août 2008

Longtemps considéré comme le canard boiteux du campus, le musée de l’Université du Texas – rebaptisé Jack S. Blanton Museum of Art – va connaître une grandiose métamorphose. La construction d’un nouvel édifice par les architectes Herzog et de Meuron, l’acquisition de la collection Suida-Manning d’art italien baroque et une série de dons totalisant 40,5 millions de dollars (environ 225 millions de francs) devraient permettre de déplacer les foules.

FORT WORTH, TEXAS - Depuis sa création, il y a trente-cinq ans, le musée de l’Université du Texas n’avait guère de quoi pavoiser. Dédoublé entre deux bâtiments du campus, dont il n’était même pas propriétaire, il présentait une collection peu susceptible d’attirer l’attention, malgré quelques points forts.

Or, son trente-cinquième anniversaire lui apporte un prestigieux renouveau, avec deux bouleversements concomitants qui portent à la fois sur les collections et les locaux. Le très renommé duo d’architectes bâlois Herzog et de Meuron a été choisi pour construire le Jack S. Blanton Museum of Art (ancien membre du conseil de l’université et défenseur du musée). Conformément au plan d’ensemble établi par l’architecte Cesar Pelli en 1994, il occupera un emplacement très en vue dans la partie sud du campus, qui dessert à la fois l’université et l’extérieur. D’une superficie d’environ 30 000 m2, le nouveau musée, devrait ouvrir en 2002. Son coût est estimé à 30 millions de dollars (167 millions de francs), dont 12 millions seront financés par des dons.

Un cercle vertueux
L’annonce du projet a déclenché les gestes de générosité. Jack Blanton et son épouse ont promis 5 millions de dollars. S’y ajoutent 12 millions de dollars apportés par la Fondation Houston (dont Jack Blanton fut un temps président), 5 millions de dollars offerts par un autre ancien membre du conseil de l’université, 2 millions donnés par Nancy Lee et Perry Bass, 1,5 million provenant de fondations privées du Texas, et enfin 10 millions que l’écrivain James Michener et sa femme Mari ont proposés en plus de leur collection d’art moderne américain.

D’autre part, à peu près au même moment, Jonathan Bober, conservateur des gravures, dessins et peintures européennes, s’entretenait avec Robert Manning, originaire du Texas, du sort de la collection Suida-Mannning : quelque 700 tableaux, dessins et sculptures de la Renaissance et du Baroque italien, comportant des chefs-d’œuvre de Vouet, Tiepolo, du Lorrain ou du Guerchin. Le conservateur a su flairer la possibilité de doter son musée d’une collection intacte, par le biais d’achats et de dons. Il a recueilli à cette fin 5 millions de dollars, auprès de donateurs anonymes qui avaient déjà soutenu ses ambitieuses acquisitions de gravures et dessins.

Tout en insistant sur la synergie possible entre l’achat de cette collection et la construction d’un nouvel édifice, Jonathan Bober a souligné que le Musée Blanton pourra désormais se targuer de posséder un fonds cohérent qui permettra, grâce au nombre et à la qualité des œuvres, de dispenser un enseignement sur l’art baroque. La fille de Robert Manning, Alessandra Manning Dolnier, souligne que “la collection Suida-Manning est en elle-même assez importante pour faire de l’Université du Texas un centre pour l’art baroque de l’Italie du Nord et de Gênes”.

Jesse Otto Hite, directeur du Blanton Museum, peut ainsi déclarer fièrement : “Notre enseignement en histoire de l’art et en muséographie s’adresse à des étudiants qui, pour la plupart, retourneront dans leur ville natale, au Texas. Nous représentons donc une richesse pour notre État.”

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°77 du 19 février 1999, avec le titre suivant : Miracle à l’américaine

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