Le choix du conservateur

Marie-Noëlle Maynard, conservateur au Musée des beaux-arts de Carcassonne

Le Journal des Arts

Le 5 novembre 1999

Une fois par mois, nous invitons un conservateur à choisir une pièce de son musée qu’il souhaite mettre en avant et faire mieux connaître du public. Marie-Noëlle Maynard, conservateur du Musée des beaux-arts de Carcassonne, a sélectionné une huile sur toile de Jacques Gamelin (1738-1803), Scène de corps de garde.

Jacques Gamelin est certainement l’artiste le plus apprécié et le plus revendiqué par sa cité natale, Carcassonne. Il est vrai que la richesse et la verve de son inspiration, l’abondance et la qualité de son œuvre justifient cet enthousiasme. Aussi est-il particulièrement bien représenté dans les collections du musée de cette ville, riches de trente-deux huiles sur toile et trente-six œuvres sur papier – mines de plomb, plumes ou lavis.

Cette œuvre récemment acquise, grâce au Fonds régional d’acquisition muséographique, pourrait n’être qu’une de plus dans un fonds déjà représentatif. Tout au contraire, ce petit tableau, s’il reprend un genre dans lequel l’artiste excelle, la peinture militaire, n’est pas la représentation d’une scène de bataille pleine de fureur, mais une calme scène de corps de garde. Le traitement ténébriste de la scène reste tout à fait exceptionnel dans cette œuvre. Les reflets sur le casque, la lumière qui ourle la lettre, les ombres portées sur le mur prouvent la connaissance de Gamelin de la peinture italienne et sans doute de l’œuvre de Salvator Rosa. Aussi cette peinture est-elle éventuellement à rattacher à sa période romaine, de 1765 à 1774. Membre de l’Académie Saint-Luc de Rome, Gamelin y est du reste élu en 1771 en tant que peintre de bataille ; et les membres de l’Académie offriront au pape Pie VI le tableau de réception de Gamelin qu’il avait beaucoup admiré lors d’une visite à l’Académie. Parallèlement, les trognes des soldats près du feu, le garçon endormi au premier plan et le chien tapi sous la table témoignent de son goût pour la peinture hollandaise.

Les effets coloristiques puissants – manteau rouge se reflétant sur la cuirasse, drapeau bleu soutaché d’or – peuvent aussi par leur qualité relier cette toile aux premières années du retour en France, période particulièrement créative et riche.

De façon brillante, cette toile apporte au fonds Gamelin de Carcassonne un nouveau témoignage de la variété et de la diversité de l’expression de ce peintre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°92 du 5 novembre 1999, avec le titre suivant : Marie-Noëlle Maynard, conservateur au Musée des beaux-arts de Carcassonne

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