Dimanche 26 septembre 2021

Unesco

L’Unesco étoffe la Liste du patrimoine mondial

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 7 septembre 2021 - 951 mots

MONDE

N’ayant pas pu statuer en 2020 pour cause de pandémie, le Comité du patrimoine mondial, réuni cette année en Chine, a ajouté trente-quatre nouveaux sites à la Liste du patrimoine mondial. Généreux dans les inscriptions, il s’est montré plus réservé pour placer certains sites sur la Liste du patrimoine en péril.

Église Saint George de Lalibela. © Hervé Doulat
Église Saint George de Lalibela.
© Hervé Doulat

Tenue en distanciel depuis Fuzhou (Chine), la 44e session du Comité du patrimoine mondial a examiné les propositions de nouveaux sites soumises en 2020 (21 sites) et 2021 (15 sites). Trois biens préalablement inscrits ont par ailleurs reçu une extension de leur surface.

Seules deux propositions sur trente-six ont été rejetées (le chantier naval de Gdansk en Pologne et les monuments des pierres à cerfs mongols) : alors que le nombre de recalés oscille généralement entre six et huit pour un nombre de propositions moindre, le Comité a été particulièrement clément en ne suivant pas les recommandations de ses organes consultatifs. En effet, l’Icomos et l’IUCN sont deux associations de professionnels qui conseillent le comité quant à la recevabilité des dossiers d’inscription. Elles avaient recalé une dizaine de sites pour des dossiers jugés peu satisfaisants ou nécessitant des révisions. Parmi eux, la ville de Nice pour son patrimoine de villégiature, inscrit sur la Liste de l’Unesco le 27 juillet dernier, avait répondu promptement aux inquiétudes de l’Icomos : l’association souhaitait auparavant voir les lieux protégés au titre des Sites patrimoniaux remarquables. Ce que la municipalité a mis en œuvre depuis fin juin.

D’autres biens inscrits ont été évalués bien plus sévèrement, comme le Paseo del Prado madrilène ou du chemin de fer transiranien, candidatures qui ne remplissaient pas les critères nécessaires : dans ces deux cas, l’analyse comparative, qui justifie la valeur universelle exceptionnelle du bien, a été jugée peu convaincante. Pour ces deux biens, ainsi que trois autres sites culturels et deux sites naturels, l’Icomos et l’IUCN ont recommandé de différer l’inscription dans l’attente d’une révision substantielle des dossiers. Le Comité du patrimoine mondial en a décidé autrement et a inscrit l’ensemble de ces sites sur la Liste du patrimoine mondial.

Pas de doutes en revanche sur l’inscription du phare de Cordouan, dans l’estuaire de la Gironde, dont la valeur universelle exceptionnelle n’a pas été difficile à démontrer, et qui vient couvrir « une typologie de patrimoine qui n’est pas spécifiquement représentée sur la Liste du patrimoine mondial », relève l’Icomos. La chapelle des Scrovegni à Padoue, avec son cycle de fresques peintes par Giotto, rejoint également la Liste de l’Unesco. Le patrimoine du XXe siècle est représenté par deux biens, l’église d’Atlantida en Uruguay, un exemple innovant de bâtiment en brique armée conçu par l’ingénieur Eladio Dieste en 1960, et le Mathildenhöhe de Darmstadt, colonie d’artistes qui offre un témoignage de l’Art nouveau allemand.

Trois biens transnationaux intègrent la Liste du patrimoine mondial : les colonies de bienfaisance du XIXe siècle en Belgique et aux Pays-Bas, les limes de l’Empire romain sur le Danube, partagées entre l’Allemagne, l’Autriche et la Slovaquie, ainsi que les grandes villes d’eau d’Europe, inscription portée par sept pays. Ce dernier bien inclut le patrimoine thermal de Vichy, troisième site français bénéficiant de l’inscription cette année.

Liverpool perd sa place

Lors de cette 44e session, le comité a également pris une décision rare : le retrait du site portuaire de Liverpool de la Liste du patrimoine mondial. Placé sur la Liste du patrimoine en péril en 2012, le site britannique est menacé par le projet de développement immobilier « Liverpool Waters », qui comporte notamment la construction d’un nouveau stade pour l’équipe de football d’Everton. Seuls deux biens avaient auparavant connu le même sort : le paysage de la vallée de l’Elbe à Dresde en 2009, et le sanctuaire des oryx arabes à Oman en 2007.

Sept autres sites déjà inscrits auraient pu rejoindre la Liste du patrimoine mondial en péril. Parmi eux, la Grande Barrière de corail australienne, qui fait face à des menaces environnementales, ainsi que la région d’Ohrid en Macédoine du Nord, deux biens affectés par le surtourisme, ou la vallée de Kathmandu au Népal, dont la conservation laisse à désirer depuis le séisme dévastateur de 2015. Aucun des sept sites ne sera finalement inscrit sur la Liste du patrimoine en péril, une inscription souvent considérée comme une sanction par les délégués des États parties. L’Icomos a rappelé, cette année, que l’objectif de la Liste du patrimoine en péril est bien d’assister les États dans la conservation des sites en danger.

Venise et sa lagune sont sauvées in extremis : quelques jours avant la réunion du comité, l’Italie a annoncé l’interdiction d’accès du cœur de la lagune aux grands navires touristiques. La mesure entrée en vigueur au 1er août évite adroitement l’entrée sur la Liste du patrimoine en péril.

Un seul site s’ajoute à la Liste des biens en danger : le paysage minier de Rosia Montana en Roumanie. Nouvel inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, ce site témoin d’une industrie extractiviste dès la période romaine est menacé par des permis d’exploitations minières, et rejoint donc simultanément la Liste des biens en péril, conformément aux recommandations de l’Icomos.

Le sort préoccupant des églises de Lalibela  

Afrique. Au nord de l’Éthiopie, le conflit armé opposant les rebelles du Tigré au gouvernement d’Addis-Abeba s’est étendu fin août à la ville de Lalibela. Tombée aux mains des rebelles, la petite cité compte onze églises creusées dans la roche durant les XIIe et le XIIIe siècles, un patrimoine exceptionnel inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 2018. L’Unesco s’est dit « sérieusement préoccupé » par le sort de ces églises et « appelle au respect de toutes les obligations établies afin d’assurer la protection de la valeur universelle exceptionnelle et la préservation de ce site précieux ». L’organisation redoute les pillages et les saccages sur le site inscrit.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°572 du 3 septembre 2021, avec le titre suivant : L’Unesco étoffe la Liste du patrimoine mondial

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