Vendredi 13 décembre 2019

L’héritage musulman de Saragosse

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 14 juin 2002 - 424 mots

Au cours de travaux de réaménagement urbanistique à Saragosse, dans le nord de l’Espagne, des vestiges de l’époque musulmane ont été mis au jour. Si les chantiers ont été momentanément suspendus, le sort de ces découvertes fondamentales pour l’histoire de la cité est contesté. Il revient au maire d’approuver ou non la conservation de ces témoignages.

SARAGOSSE (de notre correspondant) - En décembre, la ville de Saragosse a entrepris un chantier de construction de l’immeuble qui accueillera le siège des Archives générales d’Aragon et des Archives historiques de la province de Saragosse. Sur le terrain de cette ancienne caserne sont apparus les vestiges d’un quartier musulman des Xe et XIe siècles. Puis, au cours de la construction d’un parking souterrain sous l’artère principale – l’avenue de l’Indépendance –, des sondages archéologiques ont révélé le tracé urbain d’une partie du quartier des Sinhaya datant du XIe siècle. Attendue par les spécialistes, cette découverte à un peu moins d’un mètre de profondeur sous le sol a révélé des ruines d’un quartier occupé par une tribu berbère du Maroc actuel, établie au sud de la cité islamique au XIe siècle. Les archéologues et les spécialistes de l’histoire médiévale travaillent désormais à comprendre si ces deux quartiers, de nature et de tracé similaires, sont les extensions d’un même faubourg ou de deux faubourgs distincts. La direction générale du Patrimoine d’Aragon doit encore se prononcer sur la modification du projet initial afin d’y inclure les ruines retrouvées qui mettent en lumière un chapitre central de l’histoire de cette ville, devenue Sarakusta après la conquête arabe en 712. Selon le professeur José Luis Corral, il s’agit d’une construction de forme nouvelle comportant un réseau octogonal de voies publiques avec une mosquée, des bains et des commerces ayant la double fonction de campement militaire et de lieu de résidence. Après la conquête chrétienne en 1118, le quartier avait été abandonné par ses habitants partis vers la région du Levant. Au Moyen Âge, monastères et fermes ont occupé les lieux et les cultures ont contribué à la conservation des structures malgré la fragilité des architectures réalisées en pisé. Une fois écartée la réalisation du parking, un groupe de douze experts en archéologie et histoire médiévale a insisté sur l’importance extraordinaire des vestiges archéologiques malgré l’absence d’accord sur l’avenir du site. Une majorité souhaite l’intégration des ruines dans le projet de restructuration de l’avenue tandis qu’une minorité doute de leur valeur et conseille de les enterrer. En dernière instance, le maire José Atarés se prononcera sur la solution qu’il jugera la plus appropriée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°151 du 14 juin 2002, avec le titre suivant : L’héritage musulman de Saragosse

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