Dimanche 15 septembre 2019

Mexique

Les orangers et les bananiers dissimulaient El Pital

Découverte d’une ville entière qui pourrait bouleverser toute l’histoire du Mexique précolombien…

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1994 - 460 mots

L’archéologue américain Jeffrey Wilkinson, qui travaille pour le compte de la National Geographic Society, vient d’annoncer une découverte qui pourrait bien bouleverser l’histoire du Mexique précolombien : non loin du village d’El Pital, sur la côte du golfe du Mexique, à cent kilomètres au nord-ouest de Veracruz, il a retrouvé une ville entière enfouie sous la végétation. Dans les années quarante, quelques archéologues mexicains avaient déjà cherché à localiser cette cité.

MEXICO - La zone archéologique, enfouie sous les plantations luxuriantes d’orangers et de bananiers, s’étend sur une superficie de 40 kilomètres sur 18. On y dénombre pas moins de cent cinquante pyramides, dont certaines sont hautes de 50 mètres. Antérieure à la colonisation aztèque, la cité semble être née entre 500 et 100 av. J.-C. ; sa période de plus grande prospérité se situe entre 100 et 500 de notre ère. Elle pourrait constituer le "maillon manquant entre la culture préhispanique du haut plateau et celle du golfe du Mexique", selon la définition proposée par Wilkinson. Les indices qui permettent d’établir ce lien sont la présence du "jeu de balle", usage commun à de nombreuses peuplades précolombiennes, et les tertres en forme de pyramide semblables aux temples de Teotihuacán, centre de l’une des plus importantes civilisations précolombiennes, dont l’apogée se situe entre 200 et 700 de notre ère.

Une ville portuaire maya
El Pital était apparemment la métropole portuaire la plus grande et la plus importante de tout le continent, et dominait sans partage le golfe du Mexique pour le commerce maritime et pour la production alimentaire. Elle disposait en outre d’un système perfectionné d’irrigation, constitué de canaux artificiels et de terrasses s’étendant sur des centaines de kilomètres carrés : ce modèle de développement à la fois agricole et urbain témoigne du haut niveau atteint par une civilisation épanouie mille ans avant celle des Aztèques, et contemporaine de la première phase de celle des Mayas.

Les anciens habitants d’El Pital, dont le nombre peut être estimé à 20 000 environ, étaient divers groupes ethniques parlant probablement la langue huastèque (ou un dialecte nahua) caractéristique de la région de Teotihuacán.

Les fouilles ont à peine commencé et l’on estime qu’il faudra environ une centaine d’années pour dégager l’intégralité du site. Parmi les trouvailles de surface, on relève quelques sculptures cérémonielles et votives, une représentation du dieu Soleil, un long couteau en forme de feuille – probablement utilisé pour les sacrifices humains – et surtout de nombreux vestiges d’embarcations légères et rapides. Ces dernières auraient permis aux navigateurs d’El Pital d’entrer en contact avec les populations de l’embouchure du Mississipi, auxquelles ils auraient enseigné la culture du maïs.

On ignore pour l’instant les raisons de la disparition brutale de la cité : l’hypothèse la plus probable est celle d’une inondation fluviale catastrophique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : Les orangers et les bananiers dissimulaient El Pital

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