Les fresques du dôme d’Orvieto

La chapellle San Brizio retrouve son éclat

Le Journal des Arts

Le 25 novembre 2009

La restauration de la chapelle de la Madone de San Brizio, dans le dôme d’Orvieto, est enfin achevée. Les célèbres fresques de Fra Angelico, Benozzo Gozzoli et Luca Signorelli ont retrouvé leur luminosité et seront visibles d’ici la fin de l’année. Ces travaux ont coûté quelques 7 milliards de lires (24 millions de francs), entièrement financés par l’État italien. Giusi Testa, co-responsable du chantier, précise l’étendue de la restauration et les redécouvertes auxquelles elle a donné lieu.

ORVIETO - Pour la première restauration, qui concerne à la fois les fresques et la structure architectonique de la chapelle de la Madone de San Brizio, la phase préliminaire a été particulièrement longue. Pas moins de deux années d’études ont été nécessaires avant de traiter l’algue rose qui avait proliféré sur les fresques en les endommageant gravement, notamment dans la partie où sont représentées la Résurrection et la Déposition. Les agrafes métalliques posées lors de précédentes interventions ont été enlevées, la couche picturale a été nettoyée par pulvérisation de carbonate d’ammonium, les soubassements ont été reconstitués, et divers éléments décoratifs ont également été restaurés (autels, tableaux, chandeliers, portail…) afin de restituer la chapelle dans sa globalité.

La main de Benozzo
Alors qu’il était occupé à la réalisation des fresques de la chapelle Nicolina au Vatican, Fra Angelico fut appelé à Orvieto en 1447 par la famille Soprastanti, commanditaire de la chapelle. Aidé principalement de son assistant Benozzo Gozzoli et d’un peintre d’Orvieto, Pietro di Nicola Baroni, Fra Angelico entreprit la décoration de la voûte – à savoir, les compartiments figurant le Christ en majesté entouré d’anges et les Prophètes –, ainsi que des nervures et des frises latérales.

Longtemps, les critiques ont été partagés quant à la paternité de telle ou telle partie des fresques, et la récente restauration a apporté quelques éclaircissements : le visage du Christ, ceux de certains anges rangés à sa droite et de nombreux prophètes sont sans doute l’œuvre de Fra Angelico. En revanche, le visage des deux prophètes les plus jeunes et certaines têtes des frises, comme celle de la jeune fille et de l’homme au turban, seraient de la main de Benozzo.

Les prétentions du Pérugin
Après le retour de Fra Angelico à Rome, Benozzo ne fut pas jugé digne de poursuivre le chantier, ce qui ne l’empêchera pas d’exécuter les magnifiques fresques de la chapelle du palais Médicis-Riccardi à Florence dix ans plus tard… Durant cet intervalle, la famille Soprastanti tenta vainement de convaincre le Pérugin de réduire ses prétentions pour prendre la relève de Fra Angelico, mais ce n’est que cinquante plus tard, le 5 avril 1499, qu’un contrat fut conclu avec Luca Signorelli. Celui-ci s’engageait à compléter la voûte, en achevant au besoin les figures commencées par Fra Angelico, et à peindre les fresques des parois, dont celle de l’Enfer que devait étudier Michel-Ange avant de réaliser la chapelle Sixtine. 

La restauration a rendu leur luminosité aux fresques et a permis de dévoiler une partie du travail de Signorelli, partiellement détruit en 1715 lors du démontage de l’autel : un damné qui se mord la main (probablement Caïn), des diables qui jouent des cymbales et des scènes d’assassinat y sont peints en monochrome. Une fresque de Pietro di Nicola Baroni représentant une Pietà, réalisée en 1468, a également été retrouvée derrière un mur que Signorelli avait préféré ériger devant l’œuvre plutôt que de repeindre directement par dessus. Toutes les données techniques et scientifiques, ainsi que les recherches documentaires et les découvertes mises au jour pendant les travaux ont été recueillies dans une monographie qui sera publiée à l’occasion de l’ouverture de la chapelle au public, attendue pour la fin de l’année.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Les fresques du dôme d’Orvieto

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