Dimanche 21 juillet 2019

L’Ermitage rénové

Par Éric Tariant · L'ŒIL

Le 16 avril 2014 - 1281 mots

Fondé en 1764, le fleuron de Saint-Pétersbourg fête cette année ses 250 ans. Les célébrations vont permettre aux visiteurs de découvrir le Grand Ermitage, aboutissement de vingt années de travaux d’agrandissement et de réaménagement. Pour l’occasion, un nouvel écrin, le Palais de l’état-major général, ouvre ses portes au public.

Ce n’est pas de l’art, c’est de la voracité. Je ne suis pas une amateur mais une gloutonne », avouait sans fausse pudeur Catherine II évoquant les dizaines de milliers d’œuvres d’art qu’elle accumula tout au long de son règne. Une boulimie qui tenait tant à son amour du beau qu’à sa volonté de consolider le prestige de son jeune pays et de s’affirmer comme un monarque éclairé. Les premiers achats destinés aux salles du Palais d’hiver ont été suivis d’acquisitions de collections entières. L’année 1764, marquée par l’entrée au Palais d’hiver de la première grande collection de peintures – 225 tableaux achetés au marchand berlinois Gotzkowski –, est considérée comme la date de naissance du Musée de l’Ermitage. Les enrichissements se poursuivront ensuite à vive allure. En 1769, 600 tableaux flamands, hollandais et français, des Rembrandt, Rubens, Poussin et Watteau notamment, de la collection du comte Heinrich von Brühl, chancelier de l’Électeur de Saxe, rejoignent les bords de la Neva. L’habileté de son réseau de diplomates et d’ambassadeurs, assistés de conseillers qui ont pour nom Diderot et Voltaire, permettra à la tsarine de mettre la main, en 1772, sur l’exceptionnelle collection Crozat puis, en 1779, sur celle de l’ancien Premier ministre de Grande-Bretagne, sir Robert Walpole. Sa galerie d’art désormais saturée, Catherine II fera ériger un ensemble de nouveaux bâtiments autour du Palais d’hiver : le Petit Ermitage en 1775, le Grand Ermitage en 1787 et le Nouvel Ermitage en 1851. Le Palais de l’état-major verra, lui, le jour en 1827. Avec la révolution d’Octobre 1917, le musée devient propriété du peuple russe. D’importantes collections privées nationalisées dont celles des industriels moscovites Chtchoukine et Morozov, avec leurs bataillons de Cézanne, Renoir, Gauguin, Matisse et Picasso, intègrent alors les collections. Le musée pétersbourgeois réunit aujourd’hui plus de trois millions d’œuvres d’art.

Un projet anti-Rem Koolhas
En 1993, l’Ermitage hérite de l’aile est de l’immense bâtiment de l’état-major général situé face au Palais d’hiver : 800 pièces réparties sur 38 000 m2 de planchers. Mikhaïl Piotrovski, aux commandes du musée, profite de l’aubaine pour lancer le Grand Ermitage. Le projet vise à rénover et moderniser les lieux et à améliorer l’accès aux collections. Les bâtiments historiques sont restaurés, de nouveaux espaces d’exposition des collections créés, l’état-major général réaménagé de façon à accueillir les collections d’art moderne et impressionniste, des réserves ultramodernes et ouvertes au public érigées à Staraïa Derevnia, dans les faubourgs de la ville. À la tête de ce gigantesque projet, deux architectes, Nikita et Oleg. En Russie, on les appelle les frères Yavein. En 2002, ces Pétersbourgeois ont remporté au nez et à la barbe de Rem Koolhas, le concours visant à réhabiliter le Palais de l’état-major général. La mission des directeurs du Studio d’architectes 44 ? Transformer un fleuron du néoclassicisme tardif, dû à l’Italien Carlo Rossi, en un musée du XXIe siècle. « C’est un projet anti-
Koolhas », s’amuse Nikita Yavein dissimulé derrière un collier de barbe broussailleux.

Formé de deux enfilades de pièces qui abritaient autrefois les ministères des Affaires étrangères, des Finances et de la Guerre, le bâtiment se prête bien à la création d’un complexe muséal polyvalent. Le « génie » des frères Yavein a consisté à couvrir les cinq vastes cours intérieures de l’état-major général pour créer une grande enfilade permettant de traverser le musée de part en part, depuis la grande arche jusqu’au canal de la Moïka. On accède aux collections permanentes par un monumental escalier-amphithéâtre en marbre. Celui-ci s’ouvre sur une porte en chêne de 12 m de hauteur, suivie de quatre autres, en enfilade, tout aussi imposantes. « L’état-major général est un peu l’équivalent du Musée d’Orsay. Un Musée d’Orsay qui disposerait en plus de salles dédiées à l’art contemporain », explique fièrement Mikhaïl Piotrovski. Au rez-de-chaussée, les visiteurs ont accès à des cafés, restaurants, librairies, salles de conférences et autres espaces récréatifs. Le premier étage est dédié aux collections d’arts décoratifs du XIXe siècle, le second aux peintures et sculptures européennes des années 1800-1860. Le troisième, véritable caverne d’Ali Baba, abrite, sous des puits de lumière, toutes les stars des collections impressionnistes et modernes de la collection Chtchoukine et Morozov qui drainent ici chaque année des centaines de milliers de visiteurs. 

Escapade à Staraïa Derevnia
Afin de libérer de l’espace pour exposer les collections du musée, l’ancien directeur de l’Ermitage, Boris Piotrovski, le père de Mikhaïl, a décidé, dans les années 1980, de créer des réserves à Staraïa Derevnia, un quartier situé dans les faubourgs de la ville. Entrées en service en 2003 et ouvertes au public, ces réserves, parmi les plus modernes au monde, abritent aussi des laboratoires de restauration et de conservation. Sur ce même site, une bibliothèque d’art signée Rem Koolhaas sortira de terre en 2015.

La Nouvelle Hollande d’Abramovitch
Roman Abramovitch a acquis il y a quelques années pour 300 millions d’euros l’île de la Nouvelle Hollande. Cette enclave architecturale du XVIIIe siècle, créée entre les canaux de la ville, abritait autrefois une base militaire. Un complexe de plus de 100 000 m2 devrait y être construit. Il comprendra une annexe du Garage, le centre d’art contemporain de Moscou dirigé par Dasha Zhukova, ainsi que des lieux d’exposition et des galeries d’art, des bureaux, des appartements, un hôtel, des restaurants et des espaces commerciaux.

Les trésors du Musée Russe
Abrité dans le Palais Mikhaïlovski conçu par Carlo Rossi, il retrace huit siècles d’art russe, des icônes religieuses et autres portraits de Pierre le Grand à l’art soviétique tardif qui suit la disparition de Staline. L’aile Benois héberge la collection moderne. On remarquera notamment les salles 72 à 78 qui accueillent les œuvres de l’avant-garde russe dont les peintures de Natalia Gontcharova et Mikhaïl Larionov, le Carré noir de Malevitch et les sculptures et toiles des constructivistes Rodtchenko et Vladimir Lebedev.

Le best of des célébrations de l’ermitage

À l’Ermitage, les célébrations du 250e anniversaire ont débuté dès la fin de l’année 2013. Elles vont se poursuivre durant toute l’année 2014. Des cérémonies d’ouverture auront lieu notamment au Petit Ermitage, sur le site des nouvelles réserves du musée à Staraïa Derevnia, mais aussi au Palais de l’état-major, le 28 juin, jour du lancement de la dixième édition de Manifesta qu’il abritera en son sein. Le 28 juin, la totalité des espaces d’exposition du Palais de l’état-major général sera ouverte au public. L’édifice néoclassique sera investi jusqu’au 31 octobre par une cinquantaine d’artistes sélectionnés par Kasper König, le commissaire de cette dixième édition de la biennale d’art contemporain. Joanna Warsza, ancienne commissaire adjointe de la Biennale de Göteborg, dotée d’une fine connaissance de la scène contemporaine russe et de celle des anciennes républiques socialistes soviétiques, sera chargée de concevoir le programme des expositions hors les murs de l’Ermitage. À Saint-Pétersbourg, une attention toute particulière sera portée à la scène russe et à celle des ex-pays du bloc de l’Est. Plusieurs autres grandes expositions, organisées dans les palais du musée, émailleront l’année 2014 : « L’Histoire de l’Ermitage » (à partir du 15 novembre), « À la cour des empereurs de Russie. Costumes du XVIIIe siècle au début XXe dans les collections du musée » (jusqu’au 21 septembre), « les acquisitions des vingt dernières années » (du 4 octobre au 18 janvier 2015), « La conservation, l’épreuve du temps » (du 4 octobre au 18 janvier 2015), « Dada et le surréalisme » (du 19 novembre au 15 février).

Séjourner à Saint-Pétersbourg

À l’occasion des célébrations des 250 ans de l’Ermitage, la Galerie des Voyages, à Paris, organise des séjours sur mesure. Vivant depuis plus de 20 ans entre Paris et Saint-Pétersbourg, son directeur Hubert de Roquemaurel-Galitzine partage sa passion pour cette ville devenue l’une des capitales mondiales des beaux-arts et de la musique (théâtres Mariinsky I, II et III).
La Galerie des Voyages/RG Tourisme, 2, passage Saint-Philippe-du-Roule, Paris-8e, tél. 01 45 72 19 88
www.rgtourisme.com

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°668 du 1 mai 2014, avec le titre suivant : L’Ermitage rénové

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