Japon

L’Ermitage courtisé par Hiroshima

Le Journal des Arts

Le 9 janvier 2004

En 2005, le musée russe exposera ses collections dans la ville japonaise, prête à en accueillir une antenne.

TOKYO - Le Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg voit grand. Il y a quelques semaines, nous annoncions l’ouverture prochaine d’une antenne du musée russe dans un complexe historique au cœur d’Amsterdam (lire le JdA n° 178, 10 octobre 2003). À la fin du mois d’octobre 2003, le bureau du gouverneur de Hiroshima, Yuzan Fujita, a annoncé l’organisation prochaine dans sa ville d’une importante exposition de chefs-d’œuvre de l’Ermitage. Cette manifestation, prévue en 2005, devrait stimuler l’intérêt de la région sur l’éventuelle implantation d’une antenne du musée russe à Hiroshima. Les responsables de cette municipalité du sud-ouest du Japon pourront ainsi estimer l’impact qu’une telle antenne serait susceptible de produire sur le tourisme.
Cela fait trois ans que la préfecture de Hiroshima étudie la possibilité d’un ancrage de l’Ermitage, sans pour autant avoir fait de proposition officielle au musée.
À Hiroshima, le flot régulier de touristes favorise les institutions qui retracent la tragédie liée à la bombe atomique de 1945, comme le Peace Memorial Museum. Depuis plusieurs années, la préfecture souhaite diversifier les centres d’intérêt de la ville. Ainsi, en septembre 2000, des officiels de Hiroshima se sont rendus à Saint-Pétersbourg pour s’entretenir avec les responsables de l’Ermitage. Deux ans plus tard, un comité consultatif de personnalités scientifiques, politiques et financières locales a publié un rapport statuant que ce projet pourrait « placer Hiroshima au centre d’un réseau artistique national et international » et garantirait un afflux important de visiteurs. En octobre 2003, le gouverneur a envoyé une nouvelle équipe d’officiels à Saint-Pétersbourg pour rencontrer le directeur de l’institution russe, Mikhail Piotrovsky.
Mais ce projet ne manque pas de détracteurs, avec pour principale critique le coût de l’opération. Le climat économique actuel étant clairement défavorable à toute campagne de levée de fonds, le gouverneur Fujita propose d’installer le musée dans une structure préexistante. Deux édifices font actuellement l’objet d’études : le Musée d’art de la préfecture, qui accueillera l’exposition de 2005, et l’ancien dépôt de vêtements de l’armée impériale. Les officiels estiment entre 100 et 200 millions de yens (752 4800 euros et 1,5 million d’euros) le coût de la rénovation du premier, et entre 1,3 et 1,9 milliard de yens (9,8 et 14,3 millions d’euros) celle du second.
Cette attitude circonspecte fait écho aux déboires financiers qui fragilisent depuis quatre ans la toute jeune branche du Boston Museum of Fine Arts (MFA) à Nagoya. Avec une économie asphyxiée, des taux d’intérêt au plus bas et un nombre de visiteurs largement en dessous des espérances, Nagoya peine à honorer le paiement de sa redevance au Boston MFA, d’un total de 50 millions de dollars (40,2 millions d’euros) échelonnés sur une période de vingt ans. Ces difficultés notoires n’ont pas manqué d’être mentionnées lors des sessions de l’assemblée préfectorale de Hiroshima, ainsi que dans la presse locale. Un responsable de la préfecture de Hiroshima nous a indiqué que les officiels de la préfecture en ont débattu avec leurs homologues de Nagoya, sans toutefois souhaiter s’exprimer sur ce sujet.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°184 du 9 janvier 2004, avec le titre suivant : L’Ermitage courtisé par Hiroshima

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