Dimanche 21 octobre 2018

Madrid

Le Prado toujours à l’étroit

1 000 toiles sont exposées sur les 8 000 de la collection

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1994 - 631 mots

Redéploiement des Flamands et des Hollandais du XVIIe siècle. Mais le concours international n’est pas encore ouvert pour l’agrandissement du Prado.

Madrid - Après une fermeture pour travaux qui aura duré plus d’un an, les quatorze salles de peinture flamande et hollandaise du rez-de-chaussée ont été rouvertes le 5 août au Musée du Prado. Deux cent cinquante œuvres environ ont trouvé place dans ce nouvel aménagement ; certaines étaient jusque-là dans des emplacements de fortune, ou dans les réserves ; beaucoup d’entre elles n’avaient pas été présentées depuis au moins quinze ans.

L’ensemble le plus important est constitué par les Rubens, avec quinze toiles nettoyées et restaurées, au nombre desquelles figurent Les trois Grâces, si sensuelles, le mythologique Saturne dévorant ses enfants, des œuvres à sujet religieux (L’adoration des Mages, Le martyre de saint André), ainsi que les portraits de Marie de Médicis et du duc de Lerme. Parmi les portraits, on remarque aussi celui d’Artémis par Rembrandt, ainsi que deux superbes van Dyck, Sir Endymion et van Dyck  et Le peintre Martin Ryckaert. Autre maître sorti du dépôt : Jacob Jordaens, dont on retrouve La famille du peintre, une Pietà  et Méléagre et Atalante.

Si le redéploiement a rendu aux visiteurs certaines œuvres devenues inaccessibles, selon un parcours thématique qui permet de confronter le traitement des sujets religieux et mythologiques par les grands maîtres de l’époque, beaucoup ont fait grise mine devant l’accumulation des tableaux accrochés aux murs, jugée excessive, relançant du même coup l’éternel débat sur la nécessité de doter d’espaces convenables les inépuisables collections de la plus importante pinacothèque d’Espagne.

Le besoin d’espace est l’un des problèmes les plus aigus du musée : sur les sept mille six cents autres toiles qui composent la collection du Prado, à peine plus de mille sont aujourd’hui visibles. Mais les problèmes n’affectent pas seulement la collection permanente : il manque des espaces pour les expositions temporaires et les bureaux du personnel, un parc de stationnement (un projet souterrain dort dans les cartons), un restaurant, un vestiaire (l’actuel est scandaleusement insuffisant), et tous ces services annexes que le public est désormais habitué à trouver dans les grands musées français ou américains.

Les bâtiments possibles
Ces exigences ont été répétées par le nouveau directeur du musée, José Maria Luzon, lors de la réunion du conseil d’administration qui s’est tenue à la mi-juin. Dans un rapport en vingt points, il évoque les édifices qui pourraient être utilisés pour l’agrandissement du musée – puisque le Palacio de Villahermosa a été concédé aux Thyssen – tels le musée de l’Armée, Palacio de Velazquez et le ministère de l’Agriculture ; la situation des bureaux, du personnel et des collections ; le budget gelé depuis huit ans.

Ajoutons que le problème des infiltrations d’eau dans la salle des Ménines  – qui avait déjà coûté sa place à Felipe Vincente Garin – reste posé. De son côté, le ministre Carmen Alborch a déclaré au quotidien El Pais que le Prado est "un projet d’État", pour lequel il existe "une volonté politique précise". Toutefois, bien qu’elle se soit déclarée décidée à ouvrir le concours international pour l’agrandissement du musée, l’annonce n’en a toujours pas été faite, et rien ne dit que cela interviendra à brève échéance, ainsi qu’on l’a déclaré au ministère de la Culture. Comme si cela ne suffisait pas, le nombre des visiteurs a diminué, surtout à la suite du transfert de Guernica au Centro de Arte Reina Sofia.

Le Prado reste toutefois en tête des préférences des touristes de passage : le seul mois de juillet en a vu défiler 130 019, contre 137 128 durant le même mois de l’année précédente. Dans le même temps, le Centro Reina Sofia est passé de 151 818 visiteurs en juillet 1993 à 54 476 en juillet de cette année.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°7 du 1 octobre 1994, avec le titre suivant : Le Prado toujours à l’étroit

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