Jeudi 13 décembre 2018

Paris

Le nouveau temple des métiers d’art

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007 - 842 mots

La Galerie des Gobelins fait peau neuve et retrouve sa fonction d’origine avec une exposition dévoilant les trésors du Mobilier national et de la Manufacture des Gobelins.

PARIS - Fermée depuis plus de trente ans, la Galerie des Gobelins vient de rouvrir ses portes au public et renoue avec sa fonction première en exposant une partie des collections du Mobilier national et des manufactures des Gobelins (lire l’encadré).

Conçue en 1910 par l’architecte Jean-Camille Formigé, inaugurée douze ans plus tard, la Galerie des Gobelins a connu une histoire chaotique marquée par les deux conflits mondiaux. Transformée en vaste réserve de métiers à tisser au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Galerie a aussi abrité l’Institut de formation des restaurateurs d’œuvres d’art (Ifroa). Le déménagement de ce dernier (décidé dans les années 1990) a permis de lancer un vaste projet de rénovation du site des Gobelins dont l’aménagement de l’atelier Nord et la restauration de l’aile Berbier du Mets ont constitué les deux premières étapes. Venant parachever cette opération globale, les travaux de restauration de la Galerie des Gobelins, menés sous la houlette de Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques, ont permis de corriger quelques défauts inhérents à l’édifice. Ainsi, des cimaises malléables ont été installées au rez-de-chaussée pour masquer les trop nombreuses fenêtres dont l’éclairage naturel risquait d’endommager les tapisseries.

Les baies du pavillon central ont, elles, été maintenues ouvertes pour apporter une source de lumière complémentaire. Un deuxième escalier a été installé afin de créer une circulation fluide, tandis que le sol a été recouvert d’un dallage de granit noir. « Le projet s’est donné comme enjeu de revenir sur l’idée selon laquelle un projet inséré dans un monument historique est nécessairement long et onéreux, explique Jacques Moulin. Avec un coût de 3 300 euros/m2, inférieur à la moitié du prix global de beaucoup de programmes équivalents, l’économie de l’opération provient pour une petite part d’un échelonnement des travaux (toutes les façades n’ont pas encore été restaurées, et cela n’interdit en rien le fonctionnement du bâtiment), mais surtout d’une conception homogène des ouvrages de restauration et d’aménagement ».

« Sentiment de modernité »
Pour ce, l’architecte en chef des Monuments historiques a travaillé en étroite relation avec Didier Blin à qui l’on doit une scénographie sobre et élégante. L’architecte muséographe a tenu à conserver « l’esprit des collections récentes » et un « sentiment de modernité », fil conducteur du parcours qui démarre avec des créations réalisées entre 1997 et 2000 d’après Pierre Alechinsky, Raymond Hains, Jean-Michel Othoniel ou Christian de Portzamparc. Présentée à l’entrée du monument, Le Mur des lisses, installation éphémère de Monique Frydman, témoigne de la vitalité d’une institution qui s’est toujours tournée vers la création contemporaine. « Ce que fait le Louvre depuis deux ans, nous le faisons depuis trois siècles ! », s’amuse Arnaud Brejon de Lavergnée, le maître des lieux. Au premier étage se déploient les commandes royales, parmi lesquelles l’exceptionnel cycle de quinze tapisseries issues de la Tenture d’Artémise.

Commandé par Henri IV, tissé d’après des dessins d’Antoine Caron, cet ensemble a pu être reconstitué grâce au mécénat de Natixis qui a acquis les huit pièces manquantes à hauteur de 1,8 million d’euros. Au regard de cette œuvre monumentale, des soieries, porcelaines, bronzes, meubles et cristaux d’exception révèlent la richesse de l’ancien garde-meuble de la Couronne dont la collection s’élève actuellement à plus de 100 000 pièces. À l’image de ce Serre-papier avec pendule en chêne, marqueterie d’écaille de tortue et cuivre, signé André-Charles Boulle, ou cette paire de torchères (1815-1816) attribuée à François-Honoré-Georges Jacob, tous les objets de l’exposition ont été restaurés dans les ateliers du Mobilier national. Certains sont présentés pour la première fois comme le baromètre de la pendule de la bibliothèque du roi Louis XVI (1788), chef-d’œuvre de l’horlogerie française. À l’automne prochain, la galerie rendra hommage à Pierre Paulin à travers les commandes réalisées pour le Palais de l’Élysée, puis au savoir-faire français avec un panorama des créations de maîtres d’art d’hier et d’aujourd’hui, toujours dans cet esprit de relier collections anciennes et création contemporaine. L’occasion également de restituer au public un patrimoine initialement réservé au pouvoir d’État.

LES GOBELINS 1607-2007 – TRÉSORS DÉVOILÉS, jusqu’au 30 septembre, Galerie des Gobelins, 42, avenue des Gobelins, 75013 Paris, tél. 01 44 08 53 49, tlj sauf lundi et jours fériés, 12h30-18h30. sÀ voir également : 40 ANS DE CRÉATION À LA MANUFACTURE DE BEAUVAIS, du 8 juin au 30 octobre, Galerie nationale de la tapisserie de Beauvais, 22, rue Saint-Pierre, 60000 Beauvais, tél. 03 44 15 39 10, tlj sauf lundi, 9h30-12h30 et 14h-18h. Aux éditions RMN, Dix années de création (1997-2007) – Tapisserie, tapis, mobilier, 112 p., 20 euros, ISBN 9782711853007 ; À l’origine des Gobelins : La Tenture d’Artémise, 64 p., 15 euros, ISBN 9782711853021 ; Fastes du pouvoir : 50 objets d’exception (XVIIIe-XIXe siècles), 112 p., 20 euros, ISBN 9782711853027. LES GOBELINS - Directeur : Arnaud Brejon de Lavergnée - Restauration du bâtiment : Jacques Moulin, architecte en chef des Monuments historiques - Scénographie : Didier Blin, architecte muséographe - Coût de la rénovation : 5 millions d’euros - Surface d’exposition : 1 000 m2

Les Manufactures au service de la création

La Galerie des Gobelins, à Paris, et la Galerie nationale de la tapisserie, à Beauvais, constituent les deux lieux d’exposition d’un vaste service à compétence nationale rattaché au ministère de la Culture, regroupant le Mobilier national, la Manufacture de tapisserie des Gobelins, la Manufacture de tapisserie de Beauvais, la Manufacture de tapis de la Savonnerie (à Paris et Lodève, Hérault), ainsi que les ateliers nationaux de dentelle du Puy (Puy-en-Velay, Haute-Loire) et d’Alençon (Orne). Il regroupe 392 agents : 154 affectés dans les Manufactures nationales de tapis et tapisseries et les ateliers de dentelle, 134 dans les ateliers de restauration et de création du Mobilier national. Pour 2007, son budget de fonctionnement s’élève à 3,85 millions d’euros et son budget d’acquisition à 250 000 euros. Mobilier national et Manufacture des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, 1, rue Berbier-du-Mets, 75013 Paris, tél. 01 44 08 52 00, www.mobiliernational.culture.gouv.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°260 du 25 mai 2007, avec le titre suivant : Le nouveau temple des métiers d’art

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